LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Jacques Demy
Épisode 2 :

Les parapluies de Cherbourg, tragédie inouïe

58 min
À retrouver dans l'émission

En 1964, Les Parapluies de Cherbourg sortent au cinéma. Le film raconte l'histoire d'un couple séparé par la guerre, d'adieux déchirants sur le quai d'une gare, et de retrouvailles plus tristes encore... le tout en chansons !

Catherine Deneuve dans le film de Jacques Demy Les parapluies de Cherbourg
Catherine Deneuve dans le film de Jacques Demy Les parapluies de Cherbourg Crédits : Ciné Tamaris/ Allociné

1964. Jacques Demy, après Lola et La baie des anges, revient avec Les Parapluies de Cherbourg. Un film entièrement chanté, qui pourtant décrit le revers sombre des histoires d’amour peintes dans ses précédents films. Les parapluies appellent les mouchoirs, à la pluie qui tombe se mêlent les larmes qui coulent, et l'amour déchire le cœur des personnages, et des spectateurs, qui se demandent pourquoi diable les acteurs se mettent à chanter - surtout quand ils travaillent dans un garage !

Un film inouï

C'est en effet ce qui fait l'originalité et même l'unicité des Parapluies de Cherbourg : ce film n'est pas une comédie musicale, mais un film "en-chanté", selon le mot de Demy. Dans l'héritage du cinéma français, on trouve certes beaucoup de chant, mais il est toujours mêlé à du dialogue. Les Parapluies de Cherbourg, dont tous les dialogues sont chantés, constituent ainsi une nouveauté absolue. C'est, comme le rappelle ici Camille Taboulay, critique de cinéma spécialiste de l'oeuvre de Jacques Demy, un film tout à fait inouï - aux sens propre et figuré du terme - :

C'est la grande originalité de ce film, unique dans l'histoire du cinéma, d'être complètement chanté, et de faire chanter les gens dans la plus grande trivialité. Cette étrangeté a pu choquer les spectateurs à l'époque, mais c'est aussi ce qui fait qu'on tombe amoureux du film : on est tout à coup captés par cette chose inouïe. 

En effet, ce degré d'innovation a évidemment bousculé les habitudes des spectateurs de l'époque, qui ont même pu être choqués par ce film - ce qui est d'ailleurs encore valable pour ceux d'aujourd'hui. La critique a été mitigée, et parfois violente. Ainsi, dans une archive du Masque et la plume du 5 mars 1964, on entend ici Goerges Charensol pourfendre le film de Demy : 

Le côté guimauve des Parapluies de Cherbourg est lourdement souligné par la médiocrité de la musique de Michel Legrand. La musique est tellement fade que l'on reste au niveau du sol.

Pourtant, comme le souligne Camille Taboulay, c'est précisément la musique qui, par les effets physiques qu'elle produit, permet de faire du film plus qu'un simple mélodrame larmoyant. C'est ce qui fait son unicité et sa beauté.

L'harmonie et le tragique

Le chant participe aussi à la volonté de Demy de réarranger le réel au sein du cinéma : il crée à cette fin une harmonie visuelle et auditive à l'écran. Mais, comme toujours dans ses films, cette harmonie de l'image ne sert qu'à raconter le tragique de la vie. Ici, on a bien sûr affaire à une histoire d'amour passionnée et déchirante. Mais, de manière plus profonde encore, c'est tout simplement à notre condition humaine de mortel que Jacques Demy nous ramène, en illustrant le désaccord entre nos rêves et ce que la réalité nous propose - et nous impose. Selon Camille Taboulay, "C'est cruel, mais on va te le montrer joliment" pourrait être le mot d'ordre de toute l'oeuvre de Demy. 

Nino Castelnuovo et Catherine Deneuve dans Les Parapluies de Cherbourg.
Nino Castelnuovo et Catherine Deneuve dans Les Parapluies de Cherbourg. Crédits : Ciné Tamaris / Allociné

La tragédie est aussi la question du choix. Cette question apparaît de manière particulièrement poignante dans la scène de la galette des rois dans les Parapluies : on entend Geneviève, jouée par Catherine Deneuve, déclarer "Je n'ai pas le choix. Vous êtes mon roi.", pour ensuite la voir mettre la couronne, symbole du poids du choix qu'elle porte désormais. On retrouve ainsi le dilemme propre à la tragédie, qui met toujours les personnages dans une situation où, quel que soit le choix qu'ils font, ils sont finalement perdants.

C'est aussi pour ça que ce film nous touche tant : il illustre le fait que toute notre vie soit hantée par le deuil de toutes les autres vies que l'on aurait pu vivre et que l'on n'a pas vécues - et, par là même, tout le tragique de notre condition humaine. 

Extraits sonores :

  • Les Parapluies de Cherbourg, Jacques Demy (1964)
  • Archive : "Le Masque et la plume", 5 mars 1964
  • Archive : Demy dans "Dimanche dans un fauteuil", 9 février 1964
  • Archive : Clément Rosset interviewé par Pierre Dumayet, INA
  • The fools who dream par Emma Stone, bande originale du film La La Land
Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Chroniques
10H55
5 min
Carnet de philo
Le nouveau visage du visage
Intervenants
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......