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Image du film "Crash" de David Cronenberg
Épisode 1 :

Crash, les eaux troubles de la perversion

59 min
À retrouver dans l'émission

"Crash" de Cronenberg sort en France en 1996. Chaque scène de ce film lancinant revient sur les mêmes thèmes : le réel de la mort, le sexe, le démembrement… La seule façon de créer des relations passe par la perversion et la seule manière de vivre une expérience c’est par l’accident : le crash.

Image du film "Crash" de David Cronenberg
Image du film "Crash" de David Cronenberg Crédits : Bac Films
  • Première diffusion de cette émission le 29/10/2018, et première diffusion du Journal de la philo de Géraldine Mosna-Savoye, en fin d'émission, le 16/04/2019, à réécouter ici :

J’ai une obsession particulière pour le corps...                      
David Cronenberg, 2018

Et depuis 1969, cette obsession s’exprime dans des films devenus cultes : Scanners, Vidéodrome, Dead Zone, La Mouche, Crash, eXistenZ, A History of Violence, Les Promesses de l’ombre...
La peau se tend, se fend, craque, glisse de pénétrations en cicatrices, de métamorphoses en combats, de scènes de repas ordinaires en moments de lutte armée ou à poings nus.
Le corps l'obsède mais aussi la technologie, les jeux vidéo, les écrans, la téléportation, la maladie, l’argent, l’ombre et la lumière...
Cronenberg projette sur l’écran sa passion du réel et du fantastique qui dans son univers avance main dans la main jusqu’au crash.
En 1996, on découvre Crash, inspiré du livre Crash! de J.G. Ballard. Dans le film, on vient fabriquer du simulacre pour essayer de jouir, de vivre, d’expérimenter. 

L'invitée du jour :

Cynthia Fleury, philosophe, psychanalyste, professeure titulaire de la Chaire "Humanités et Santé" au Conservatoire National des Arts et Métiers, dirige la Chaire de philosophie au GHT Psychiatrie et Neurosciences de Paris
Autrice de Pretium Doloris : l’accident comme souci de soi aux éditions Fayard

Cronenberg et le voyeurisme comme jouissance

Baudrillard a consacré un essai au livre "Crash" comme premier roman de la simulation, de la construction du simulacre avec ceci que seul le simulacre est vrai.      
"Crash" de Cronenberg reconstruit un événement mortel qui devrait mener à la mort. Finalement, ça se terminera par un flirt terrible avec la mort et c’est ce qui est pervers, le tout mis en scène comme un spectacle avec l’œil des autres... Le voyeurisme est un thème connexe dans l’univers de Cronenberg : dans son cinéma, il n’y a pas de jouissance possible s’il n’y a pas un œil extérieur, c’est une structure perverse. Crash raconte la perversité entre des êtres mais aussi comment la seule manière de faire communauté c’est de se réunir autour ce délire pervers.      
Cynthia Fleury

La métamorphose et la destruction

Qu’est-ce que l’accident de voiture ? Un arrêt dans la vitesse, un événement sublime en soi, une apothéose, quelque chose de métamorphique, c’est un grand thème chez Cronenberg : on a toujours dans ses films cette ligne mêlée de métamorphose et de destruction qui vient raconter toujours l’émergence d’autre chose…      
Cynthia Fleury

Crash ou la jouissance de la disparition de soi

La peau, la chair, ce n’est absolument pas quelque chose de matériel, ça n’existe pas, c’est la vie, la continuité d’une âme. On n’a pas ce sentiment quand tout va bien mais quand précisément on est frappé, il y a un sentiment d'effraction, de viol, c’est une atteinte maximale à soi et donc aussi à la possibilité de se raccorder au monde. Dans "Crash", on est dans une jouissance de la disparition de soi.      
Cynthia Fleury

Crash, une esthétique du Caravage

Ballard a toujours considéré que la science humaine la plus efficace et la plus pertinente c’était la science-fiction, il y a un côté dystopique dans son œuvre : on va flirter avec le pire d’une société, d’une réflexion psychique, d’un inter-relationnel entre humains, pour raconter et l’homme et la société dans laquelle il vit. "Crash" de Cronenberg, est plus subtil, le film jouit de ça à tous les niveaux, c'est un univers de l’ambivalence : il y a une esthétisation maximale qui évoque parfois Le Caravage. Lent, il s’attarde sur les corps, sur la ferraille, sur les lumières qui fusent, il y un aspect pictural, artistique fondamental et une manière de sublimer et de dire que sous couvert de disparition, il y a la sublimation de l’être humain.        
Cynthia Fleury

Sons diffusés :

  • Archive de David Cronenberg parlant du corps, France Inter, 2016 et extrait de la bande originale du film Crash
  • Archive de David Cronenberg sur la condition humaine, France Inter, 2012
  • Extrait du film La Mouche de David Cronenberg, 1986, on entend la peau qui se craquelle
  • Extrait du film Crash de David Cronenberg, 1996, scène sexuelle à l'hôpital
  • Extrait du film Crash, reconstitution du crash de James Dean
  • Extrait du film Crash, les personnages Ballard et Vaugham dans la voiture
  • Dernier extrait du film Crash, circulation et société
  • Lecture d'un extrait de Pretium Doloris : l'accident comme souci de soi de Cynthia Fleury sur une musique de la bande originale de Crash
  • Chanson de fin : Queen, I'm in love with my car
Intervenants
  • Philosophe et psychanalyste, professeure au Conservatoire National des Arts et Métiers, professeure associée à l'Ecole des Mines de Paris et directrice de la chaire de philosophie à l'hôpital Ste-Anne
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