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"Le Voyage de Chihiro"
Épisode 2 :

Porco Rosso, mythologie du ciel

59 min
À retrouver dans l'émission

En 1993, on découvre en France le cinéma de Miyazaki avec "Porco Rosso", un homme au visage de porc qui combat les pirates du ciel à bord de son hydravion. Au-delà de la beauté, le film soulève les questions de Miyazaki : comment l'aviation, si belle invention, peut-elle servir à faire la guerre ?

Image du film "Porco Rosso" d'Hayao Miyazaki
Image du film "Porco Rosso" d'Hayao Miyazaki Crédits : Copyright Studio Ghibli

En 1993, Porco Rosso est présenté pour la première fois en France au Festival d’animation d’Annecy où il remporte le prix du meilleur film d’animation. La sortie en salles françaises se fera le 21 juin 1995.

J’aime les hydravions. Bien que je fasse des films pour enfants, ce film-là a été réalisé parce que je voulais exprimer mon amour pour ces avions.                          
Hayao Miyazaki

À la fin des années 1920, dans une petite partie du monde, au cœur des mers Adriatiques et Egee, Porco Rosso raconte les aventures aériennes d’un ancien pilote de l’armée de l’air devenu chasseur de primes et affublé d’un visage de porc, Marco Pagotto. Marco, surnommé Porco Rosso (le porc rouge), mène une lutte contre des pirates de l’air...
Au-delà de la beauté d'un avion faisant une ligne blanche dans un ciel d'un bleu éclatant sur une mer toute aussi éclatante, le film agit comme une prémonition annonçant le dernier film de Miyazaki, Le Vent se lève, véritable film politique du cinéaste qui développe toutes les questions amorcées dans Porco Rosso. Quelles sont-elles ? Quel est le dilemme de Miyazaki et ses interrogations profondes ?

L'invité du jour :

Hervé Joubert-Laurencin, professeur en études cinématographiques à l'université de Paris Nanterre, codirecteur du département des arts du spectacle et de l'unité de recherches "HAR", traducteur et spécialiste de l’œuvre de Pier Paolo Pasolini, coréalisateur, avec Marianne Dautrey, du film documentaire Bazin roman et éditeur des Écrits complets du même auteur aux éditions Macula, livre et film sortis fin 2018.

Simplicité miyazakienne

On l’a compris avec "Porco Rosso" et ensuite on l’a redécouvert dans d’autres films, il y a quelque chose d’extrêmement simple et essentiel, une ligne Miyazaki, le film montre un avion qui fait une ligne blanche dans un ciel bien bleu sur une mer bien bleue. On revient toujours à ça dans le cinéma de Miyazaki. Et "Le Vent se lève", le dernier film de Miyazaki, répond à "Porco Rosso" qui est comme une prémonition, une préfiguration, on s’aperçoit alors du sujet profond. Le père et l'oncle de Miyazaki travaillaient à fabriquer des avions, notamment au moment de la guerre, et ça a décidé de la vie de Miyazaki.                
Hervé Joubert-Laurencin

À quoi sert un avion ?

Après tout construire des avions c’est faire des calculs très précis pour faire voler quelque chose qui est plus lourd que l’air, ça pourrait être une définition de l’animation, du dessin animé. Dans l’animation on ne cesse de calculer, recalculer, créer des intervalles, faire des répétitions de dessin, on fait du dessin qui n’est pas du dessin industriel mais du dessin très précis pour à la fin faire voler un objet inutile mais très utile à l’imagination, au désir. D’une certaine manière c’est l’interrogation de Miyazaki : est-ce que ça sert à quelque chose ? Un avion de chasse pendant la Seconde guerre mondiale, est-ce que ça sert à faire la guerre et à tuer les gens ? Miyazaki dit qu’il a détesté son père et sa famille qui fabriquait des avions Zero dont les pilotes, les kamikazes, en se suicidant, allaient donner la mort. Il est né durant l’après-guerre, la génération qui a des pères fascistes.                 
Hervé Joubert-Laurencin

La contradiction fondamentale de Miyazaki

L’étymologie de "kamikaze" vient de kami, le dieu, kaze, le vent. Un paradoxe terrifiant… puisqu’on a fanatisé les kamikazes dans un pays totalitaire et impérialiste à tel point qu’ils se sont crus les dieux du vent, en devenant des terroristes, des gens qui utilisent la masse des avions (construits par la famille de Miyazaki) en les précipitant sur les bateaux ennemis. C’est la grande contradiction fondamentale de la vie de Miyazaki : il y a une beauté extraordinaire à voir voler un avion et là on revient à l’invention de l’aviation… tout le monde comprend que c’est magnifique de s’élever du sol... Entre "Porco Rosso" et "Le Vent se lève", on a exactement ça : la beauté de l’élévation et la chute, le fait qu’on construise du matériel pour tuer les autres.              
Hervé Joubert-Laurencin

Sons diffusés :

  • Montage de Thomas Beau mêlant des extraits de Porco Rosso et Le Vent se lève, de Miyazaki
  • Plusieurs extraits de Porco Rosso, Miyazaki, 1993
  • Lecture d'Adèle Van Reeth, extrait de L’air et les songes : essai sur l’imagination du mouvement, chapitre 1, Le rêve du vol, de Gaston Bachelard, 1943
  • Extrait du Vent se lève, de Miyazaki, 2014, ambiance de bruits d'avion par des voix humaines
  • Chanson de fin : Le Temps des cerises, interprétée par Tokiko Kato
Chroniques
10H55
4 min
Carnet de philo
Thucydide, Sun Tzu et Guiguzi ou l’art de (conceptualiser) la guerre
Intervenants
  • professeur en études cinématographiques à l'université de Paris Nanterre, codirecteur du département des arts du spectacle et de l'unité de recherches "HAR", traducteur et spécialiste de l’œuvre de Pier Paolo Pasolini
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