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American director Martin Scorsese on the set of his movie The Age of Innocence, based on the novel by Edith Wharton.
Épisode 3 :

"Les Affranchis" ou l’éthique du gangster

59 min
À retrouver dans l'émission

À 8 ans, Scorsese, est fasciné par le monde qui l’entoure, et les habitants de son quartier sicilien à New York. Devenu adulte et réalisateur, il décide de prendre en compte l’être humain avec ses défauts, et offre en 1990 avec “Les Affranchis” un film de gangster qui questionne les normes.

Ray Liotta, Robert de Niro, Paul Sorvino and Joe Pesci
Ray Liotta, Robert de Niro, Paul Sorvino and Joe Pesci Crédits : Sunset Boulevard/Corbis - Getty

En 1990 sort Les Affranchis. Il raconte l’histoire vraie de Henry Hill, un gangster new-yorkais dont l'ouvrage Wiseguy du journaliste Nicholas Pileggi raconte la vie, dont scorsese se saisit pour formuler à l’écran plusieurs questions décisives. Qu’est-ce qu’un gangster ? Quels sont ses désirs ? Ses codes, sa morale ? Son but est-il de changer le monde ou de lui imposer une nouvelle norme ?

L'invitée du jour :

Sophie Djigo, philosophe et militante, fondatrice du collectif MIGRACTION 59 (hébergement citoyen des exilés de Calais), spécialiste de philosophie sociale, politique et éthique, elle pratique une philosophie de terrain qui repose sur l'enquête (dans ses deux derniers livres, elle a passé 6 mois à enquêter dans les campements de migrants notamment à Calais, puis un an et demi auprès d'un groupe d'exilés suivis de Calais à Paris, Bruxelles et Londres)

Le gangster et les chemins buissonniers de la morale

En philosophie, on a beaucoup de traditions différentes qui ont à coeur de bâtir des distinctions entre la morale comme un ensemble de règles socialement établies, et l’éthique, qui est du côté de l’individu, du singulier, de conduites inédites adaptées à des situations spécifiques. On peut voir ces tendance se rejoindre, l’éthique se sédimentant au fil du temps, et devenant la source de nouvelles normes. Chez les gangsters, ce qui m’intéresse c’est leur position à l’écart puisqu’ils se définissent comme des hors-la-loi, ils nous ouvrent une réflexion sur les chemins buissonniers de la morale.          
Sophie Djigo

Une violence jamais superflue

Chez Scorsese, la violence n’est jamais superflue, sans propos. Elle a une fonction particulièrement obscène parce qu’elle est mise en scène exactement comme les gangsters la mettent en scène dans la vie réelle. On sait qu’il y a une symbolique de la violence physique dans le milieu de la mafia, où très souvent le but est de parvenir à une humiliation publique, d’où la mise en scène…          
Sophie Djigo

Evolution de la figure du gangster

L’archétype du gangster est sanguin, colérique, tueur… dans ce film, il y a un affranchissement des codes du gangster traditionnel tel qu’on le trouve dans les films des années 30. Dans les films des années 80/90, les personnages de gangsters visent moins cette ascension météorique à laquelle succède souvent une chute d’autant plus violente, on va plutôt avoir des gangsters qui ont un souci de la discrétion, d’intégrer les générations futures…          
Sophie Djigo

Texte lu par Maëlys Ricordeau :

  • Extrait de L’homme sans qualités, de Robert Musil, traduit de l’allemand par Philippe Jaccottet, nouvelle édition préparée par Jean-Pierre Cometti d’après l’édition d’Adolf Frisé, éditions Seuil, 1930, I, p. 34-35

Sons diffusés :

  • Extraits du film Les Affranchis, de Scorsese, 1990
  • Archive de Scorsese, dans l'émission Boomerang, France Inter, 27 novembre 2019
  • Archive de Scorsese, dans l'émission Boomerang, France Inter, 8 février 2017
  • Musique de Cream, Sunshine of your love

Chroniques

10H55
5 min

Le Journal de la philo

Haut les masques !
Intervenants
  • philosophe et militante, fondatrice du collectif MIGRACTION 59
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