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"Re-Animator" de Stuart Gordon, 1985
Épisode 2 :

Le sang à l'écran

58 min
À retrouver dans l'émission

Sang coagulé, sale, répugnant : telle est l'origine du terme "gore". Et c'est bien les hectolitres de sang versés qui signent le plus souvent l'appartenance d'un film au registre du gore. De "Blood feast" à "Braindead", en passant par "L'Exorciste" : à quoi rime tant d'hémoglobine ?

"Re-Animator" de Stuart Gordon, 1985
"Re-Animator" de Stuart Gordon, 1985 Crédits : Metropolitan FilmExport

Saviez-vous que le mot "gore" ne date pas d’hier ? Il apparaît dès le douzième siècle dans la langue anglaise et désire le sang coagulé et par extension la saleté, les excréments. Bien avant que l’adjectif ne soit appliqué au cinéma, le terme "gore" fut utilisé par William Shakespeare dans Macbeth quand celui-ci raconte à la scène 3 de l’acte II comment il tua les gardes du roi Duncan…
Dans ses mots, "gore" s’oppose à "blood" qui désigne plutôt le sang qui coule dans les veines ou hors des veines. Le gore renvoie donc au sale, aux viscères, à ce qui fait plisser les yeux et retrousser le nez, exprime le dégoût et l’amusement face à l’artifice qui ne se cache pas.
Comment est né le cinéma gore et pourquoi ce terme s’applique-t-il aujourd’hui de manière quasi exclusive au 7ème art ?

L'invité du jour :

Philippe Rouyer, critique et historien de cinéma, auteur de Le Cinéma gore, une esthétique du sang aux éditions du Cerf

Aux origines du cinéma gore

En 1981, le réalisateur Sam Raimi signe "Evil Dead". Le début des années 80 est l’âge d’or du cinéma gore. Le réalisateur Herschell Gordon Lewis et son producteur David Friedman ont décidé qu’ils feraient un film gore, ils l’ont annoncé et l’ont fait en 1963, c’est "Blood Feast". Avant, ils faisaient des "nudies", des films avec des scènes de nu, et ils se sont aperçus au début des années 60 que la production hollywoodienne normale commençait à les concurrencer… Que faire ? Pas de talent, pas d’argent, il fallait faire quelque chose que les autres ne feraient pas : tuer les gens de manière atroce ! Leur idée de représenter ainsi la mort était un geste purement commercial et c’est ça qui est fascinant, ils se sont inscrits dans un sous-genre du cinéma d’horreur, ils ont créé le dégoût et pas la peur en montrant des choses affreuses et finalement, une esthétique va naître de ça…
Philippe Rouyer

"Blood Feast", premier film gore

Herschell Gordon Lewis et David Friedman travaillent en binôme, ils font un long-métrage avec 24 000 dollars, ce qui n’était rien du tout ! Ils choisissent le terme gore parce qu'ils ne voulaient pas seulement du sang mais du sale ! C’est ce que raconte "Blood Feast", l’histoire d’un traiteur égyptien qui prépare un repas uniquement en ayant cuisiné des organes prélevés sur des jeunes femmes vierges… Tout un programme ! Evidemment, plus que le repas, on voit comment le traiteur va faire son marché… Il y a dans le film un côté artisanal et boucherie, les corps ne se démantibulent pas comme ça, il faut y aller à la scie, il y a tout un travail très physique dans le gore, et après il y a la sidération du corps mutilé…
Philippe Rouyer

Texte lu par Ivan Morane :

  • Le gore peut-il être sublime ? Extrait de Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau de Edmund Burke, éditions Vrin
    suivi de la musique du film Evil Dead de Sam Raimi, 1981

Sons diffusés :

  • Shakespeare et les origines du terme "gore", dans Macbeth, acte II, scène 3
  • Extrait du film Evil Dead de Sam Raimi, 1981
    suivi de la musique de Sharkey Todd & The Monsters, The Horror Show
  • Extrait du film Blood Feast de Herschell Gordon Lewis, 1963
  • Extrait du film M*A*S*H de Robert Altman, 1970
  • Extrait du film L'Exorciste de William Friedkin, 1973
  • Extrait du film Monthy Python : Sacré Graal ! de Terry Gilliam, Terry Jones, 1975
  • Extrait du film Frissons de David Cronenberg, 1975
  • Extrait du film Braindead de Peter Jackson, 1992
  • Chanson de fin : Agent Orange, Bloodstains
Chroniques
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