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Suivons Roland Barthes à la découverte des tempuras
Épisode 2 :

Roland Barthes, l’empire des signes

59 min
À retrouver dans l'émission

En 1970, après un voyage au Japon, le sémiologue Roland Barthes écrit "L'empire des signes". Le Japon opère un vide de parole, selon Barthes, pourtant il lui consacre cet ouvrage d'anthologie. Comment faut-il comprendre le titre de ce livre ? Le Japon est-il le lieu où les signes règnent en maître ?

Suivons Roland Barthes à la découverte des tempuras
Suivons Roland Barthes à la découverte des tempuras Crédits : Michael H - Getty

Le Japon est un espace de signes très sensuel et très esthétique, une leçon d’élégance dans la sensualité, c’est ce qui m’a touché au Japon…                  
Roland Barthes

L'empire des signes de Roland Barthes s’inscrit dans le sillon de son oeuvre philosophique mais il est également ancré dans l’époque philosophique dans années 1970, année de sa publication. Dans l'entreprise philosophique des années 70, il s'agissait alors de s'extraire de l’homme, de la notion du sujet, du moi. Ce qui compte alors sont les structures, le texte, les régimes d’autorité, le signe.

Roland Barthes est sémiologue, il étudie les signes, et le Japon est pour lui le pays du signe et de l’écriture. Pendant son voyage, ne connaissant ni le pays et ni la langue, il se retrouve entouré de choses qu'il analyse sans en connaître le sens, des signifiants et non des signifiés. 

Suivons Roland Barthes à travers ce voyage à la découverte des tempuras, du théâtre Bunraku ou encore du jeu Pachinko...

L'invité du jour :

Eric Marty, écrivain et universitaire, il enseigne la littérature française à l'Université Paris Diderot-Paris 7
Auteur de Roland Barthes, le métier d'écrire : essai et Roland Barthes, la littérature et le droit à la mort aux éditions du Seuil, co-dirige  Roland Barthes : en sortant du cinéma aux éditions Hermann.

Le Japon et sa vertu d'ébranlement

Comment accéder à l’altérité ? C’est en méconnaissant que Barthes y parvient, en refusant cette arrogance de la connaissance et du savoir mais plutôt en laissant le Japon le pénétrer, l’habiter,  faire vaciller le système symbolique qui est le sien. Le Japon a une vertu heuristique d’ouverture, de découverte et d’ébranlement…                            
Eric Marty

La tempura ou la manifestation du sacré

En faisant de la tempura un signe, Barthes ne prônait-il pas une certaine théologie sémiologique de la nourriture ? Pour lui tout est langage mais ça va plus loin : il parle d’un signe vide comme une forme de hiérophanie où le sacré se montre sans le sacré mais en tout cas il y a une sorte de révélation du signe comme tel par la nourriture.      Quand on parle de signe vide on pense à une sorte d’Eucharistie, quelque chose qui se transmet, élaboré, sophistiqué, qui se transmet par la nourriture. C’est là qu’est le paradoxe chez Barthes, à la fois il oppose de manière très radicale Orient et Occident, nourriture européenne et nourriture japonaise et en même temps ce qu’il met en évidence c’est qu’au Japon et notamment dans les objets les plus humbles comme la tempura, il y a une forme de hiérophanie, de moment où le signe se révèle comme signe, une mutation de la matière en langage s’opère.                            
Eric Marty

Le Japon place Barthes dans un état d'hallucinations

"L’empire des signes" c’est l’idée qu’il n’y a pas un seul espace qui soit délaissé, aucun lieu, aucun sujet, le monde ne connaît pas la déréliction qui serait l’absence de signes, le chaos, le grisâtre… Tout est pris dans cette possibilité de signifier et d’être inscrit dans un monde cerné presque halluciné… Il y a une forme d’hallucination dans la description que fait Barthes de la tempura et tout est comme ça ce que voit… À plusieurs reprises, Barthes se dit qu’au fond le Japon le place dans un état de drogue, de vision, d’hallucinations du monde où la matière le réel se diffracte dans un univers de traits, de pleins, de vides...                            
Eric Marty

Lectures de Shemss Audat :

  • La grammaire de la tempura, extrait de L'empire des signes de Roland Barthes, 1970
    suivi d'un bruit de dégustation de tempura
  • Le théâtre du Bunraku, extrait de L'empire des signes de Roland Barthes, 1970
    suivi d'un extrait de théâtre Bunraku, Imoseyama Onna Teikin

Sons diffusés :

  • Début d'émission : Archive de Roland Barthes sur L'empire des signes (1975, Radioscopie) suivi d'une lecture d'Adèle Van Reeth sur le Satori, sur une musique de Akira Kosemura, Drizzle
  • Extrait de L'empire des signes, Le pachinko, lu par Roland Barthes lui-même en 1975 dans Poésie ininterrompue
  • Musique de Daisuke Tanabe, Pinebee
  • Musique de Kengo Saito, Sakura Variations Part 1, extrait de l'album Japanistan
  • Chanson de fin : Keiko Mari, Tsukikage No Rendez-Vous

Chroniques

10H55
4 min

Le Journal de la philo

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Intervenants
  • Ecrivain et professeur de littérature française à l’Université Paris Diderot-Paris 7
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