LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Edgar Morin à Paris le 31 janvier 2012
Épisode 24 :

Edgar Morin, paraphilosophe

58 min
À retrouver dans l'émission

Portrait d'Edgar Morin, penseur de la complexité, philosophe qui se considère comme un philosophe "à l'état sauvage".

Edgar Morin à Paris le 31 janvier 2012
Edgar Morin à Paris le 31 janvier 2012 Crédits : Christophe Morin - IP3 PRESS - Maxppp

Les Chemins de la philosophie du vendredi vous emmènent chaque semaine à la rencontre de ceux qui ont fait de la philosophie leur métier.   

La philosophie est-elle une vocation ? Comment viennent les  idées ? Comment se fabrique un concept ? À quoi ressemble l'atelier du  philosophe ? Et quel rôle le philosophe doit-il jouer dans la cité ?

L'invité du jour :

Edgar Morin, philosophe et sociologue

Un "paraphilosophe"

Je me considère comme « paraphilosophe » comme il y a des parapharmacies. Un philosophe à l’état sauvage, pas tout à fait officiel comme les bonnes pharmacies. Et je me considère aussi comme à la fois philosophe, anthropologue, sociologue… C’est-à-dire que pour moi la philosophie n’est jamais détachée du type d’objet auquel elle se voue et qui nécessite d’être regardé. [...] Ce qu’il y a de plus philosophique en moi c’est l’obsession sur la connaissance. Cette source permanente d’erreurs, d’illusions, d’à peu près, c’est peut-être ça qui est mon noyau philosophique

La pensée complexe 

La complexité est un défi permanent à la connaissance si on prend le mot de complexité dans le sens du mot « complexus » en latin qui signifie « ce qui est tissé ensemble ». Dans la réalité de nos vies, du monde, il y a des interactions sans cesse, tout est relationné. Ma maxime favorite est de Pascal qui dit « Toute chose étant causée et causante, toute chose étant aidée et aidante, tout étant lié par un lien imperceptible qui les relie toutes les unes aux autres. Je tiens pour impossible de connaitre le tout si je ne connais les parties, et de ne connaitre les parties si je ne connais le tout. » C’est un défi à la connaissance et d’ailleurs on ne peut jamais connaitre tout. La pensée complexe reconnait qu’on n’a jamais la totalité et qu’on trouve toujours un résidu d’incertitude. Mais c’est une façon de dépasser la pensée unilatérale, cloisonnée, disciplinaire. 

Autocritique 

"Autocritique" a un aspect je dirais philosophique et "paraphilosophique". Parce que si beaucoup d’anciens communistes témoignent comment on les a trompés, moi je n’ai jamais dit que personne ne m’a trompé. Mais pourquoi je me suis trompé ? J’examine la façon dont je me suis converti et j’examine aussi le lent processus de déconversion. C’est aussi une réflexion sur la façon dont la connaissance peut se croire rationnelle et en fait, en profondeur, elle est religieuse, elle est mystique. Ce livre a donc un aspect philosophique par sa réflexivité et par cette résolution que je me suis donné après l’avoir écrit : celle de ne jamais tomber dans la pensée unilatérale, de me révolter toujours contre la réduction d’autrui à ce qu’il a de plus bas, ou faussement, a des trahisons ou des vilenies, ce qui est de plus en plus courant dans notre monde politique. Ça m’a donc donné un élan pour penser d’une façon meilleure. 

Recommencer à proposer une pensée politique

Ce que je fais est tellement loin des préoccupations des politiques actuels qui sont au jour le jour, avec une politique réduite à l’économie, ou qui n’ont pas le temps de lire etc. Malheureusement, je fais un travail qui a un sens politique mais sans aucun retentissement. Je souhaiterais que mon travail soit pris en compte non pas par les politiques eux-mêmes mais par des gens qui souhaitent une autre voix politique. Actuellement, je pense qu’il y a un travail de recommencement à zéro pour refaire une pensée politique. Il faut repenser à partir de toutes nos nouvelles connaissances sur l’homme, sur l’histoire, sur la vie, sur le monde. Il faut recommencer à proposer une vision et une pensée d’action. C’est ce que j’essaye de faire, mais là, j’ai prêché dans le désert. Et je continue à prêcher dans le désert, ce qui ne me décourage pas d’ailleurs ! 

Sons diffusés : 

  • Cornélius Castoriadis sur la question de l’éducation à la politique, dans l'émission Là-bas si j'y suis par Daniel Mermet, le 25 novembre 1996
  • Edgar Morin, dans l'émission Un certain regard, ORTF, en avril 1973
  • L’Opéra de Quat’sous, Chant de Barbara, comédie en musique de Bertholt Brecht et Kurt Weill, 1931 
  • Extrait du film Le Chemin de la Vie, de Nikolaï Ekk, 1931
  • Extrait du film Marius, de Marcel Pagnol et Alexander Korda, 1931
  • Allegro ma non troppo de la Neuvième Symphonie, de Beethoven, par John Elliott Gardiner et l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique
  • Chez les Yéyé de Serge Gainsbourg, 1964
Chroniques
10H55
5 min
Carnet de philo
De quoi le blanc est-il la couleur ?
Intervenants
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......