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Jean-Paul Sartre en 1948
Épisode 2 :

L’homme est-il condamné à être libre ?

59 min
À retrouver dans l'émission

Pour Jean-Paul Sartre, l'homme n'a pas le choix, il est libre, et à jamais responsable de cette liberté, quoiqu'il en pense.

Jean-Paul Sartre en 1948
Jean-Paul Sartre en 1948 Crédits : STF - AFP

Condamnés à être libres, sans rémission, et d'une liberté illimitée ! Telle est l'annonce paradoxale que Sartre nous adresse dans L'Être et le Néant. Mais alors, n'y a-t-il vraiment rien qui vienne contraindre notre liberté ? Ai-je choisi ma vie de A à Z, d'un choix absolu ? Non, et cela semble l'évidence même. Comment alors la liberté pourrait-elle être infinie ? 

Le texte du jour

« (…) Le complexe d’infériorité lui-même est un projet de mon propre pour-soi dans le monde en présence de l’autre. Comme tel, il est toujours transcendance, comme tel encore, manière de se choisir. Cette infériorité contre laquelle je lutte et que pourtant je reconnais, je l’ai choisie dès l’origine ; sans doute est-elle signifiée par mes diverses « conduites d’échec », mais précisément elle n’est rien d’autre que la totalité organisée de mes conduites d’échec, comme plan projeté, comme devis général de mon être et chaque conduite d’échec est elle-même transcendance puisque je dépasse à chaque fois le réel vers mes possibilités (…). Il est impossible de considérer sérieusement le sentiment d’infériorité sans le déterminer à partir du futur et de mes possibilités. Même des constatations comme « je suis laid », « je suis bête », etc., sont, par nature, des anticipations. Il ne s’agit pas de la pure constatation de ma laideur, mais de la saisie du coefficient d’adversité que présentent les femmes ou la société à mes entreprises. Et cela ne saurait se découvrir que par et dans le choix de ces entreprises. Ainsi le complexe d’infériorité est projet libre et global de moi-même, comme inférieur devant l’autre, il est la manière dont je choisis d’assumer mon être-pour-autrui, la solution libre que je donne à l’existence de l’autre, ce scandale insurmontable. Ainsi faut-il comprendre mes réactions d’infériorité et mes conduites d’échec à partir de la libre esquisse de mon infériorité comme choix de moi-même dans le monde. » 

Jean-Paul Sartre, L’être et le néant, « Être et faire : la liberté » (Gallimard, Collection Tel) p. 610-611

Lectures

Jean-Paul Sartre, L’être et le néant, « Être et faire : la liberté » (Gallimard, Collection Tel) p. 610-611

Jean-Paul Sartre, L’être et le néant, (Gallimard, Collection Tel), p. 690

Extraits

Archive Sartre : lettres d’insultes, lettre lue par Jean-Bertrand Pontalis (émission su Paris Inter, 03/11/1947)

Archive : Sartre : La République du silence, éditorial de Sartre enregistré le 09/09/1944 par la RDF

Archive Sartre, dans l’ « Anthologie sonore de la pensée française : philosophes du XXème siècle »

Références musicales

The Rolling Stones, I’m free

Claude François, On ne choisit pas

Alban Berg, Kammerkonzert

Pierre Henry, Coups du sort

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