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Stanley Cavell à Paris, en 2015
Épisode 1 :

À la recherche de l'ordinaire

58 min
À retrouver dans l'émission

Stanley Cavell (1926-2018), grande voix de la philosophie contemporaine, s’est éteint le 19 juin dernier. La philosophe Sandra Laugier revient aujourd'hui sur son rapport au « langage ordinaire » : dans les années 60, il trouve une nouvelle manière de philosopher en prise avec le langage commun.

Stanley Cavell à Paris, en 2015
Stanley Cavell à Paris, en 2015 Crédits : a.zielinska / Wikicommons

Stanley Cavell (1926-2018), grande voix de la philosophie contemporaine, s’est éteint le 19 juin dernier à l’âge de 91 ans.

Stanley Cavell fait irruption sur la scène philosophique américaine en 1969 avec Must We Mean What We Say, en français Dire et vouloir dire. Il propose une voix nouvelle et singulière qui clame haut et fort que le langage n’est pas ce que nous croyons et que la tâche de la philosophie est de nous ramener à nous-mêmes.
Il s’est attaché, toute sa vie durant, à élargir le champ de la philosophie aux arts et faisait dialoguer la pensée et le cinéma comme moyen d’explorer l’existence.
Il s’intéressait aux liens entre quotidien et extraordinaire et se questionnait sur ce qui peut rendre la vie meilleure.
Les interactions entre les disciplines, les juxtapositions des langues, sont ce qui le passionnait, si bien qu’il est difficile de le situer.
Deux éléments marquent pourtant son travail : d’un côté le « perfectionnisme moral » hérité de Wittgenstein, et le scepticisme.

Au fil des quatre émissions consacrées à Stanley Cavell, nous reviendrons donc tour à tour sur son rapport à la philosophie du « langage ordinaire », au « perfectionnisme moral » ainsi qu’à la projection du monde à l’écran.

L'invitée du jour :

Sandra Laugier, professeure de philosophie à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne et directrice du Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne, autrice de Recommencer la philosophie : Stanley Cavell et la philosophie américaine aujourd'hui aux éditions Vrin.

La voix humaine, la première découverte de Stanley Cavell

La philosophie de Stanley Cavell a voulu faire entendre la voix humaine. Le langage n’est pas seulement un vocabulaire, un ensemble de règles ou une capacité cognitive mais quelque chose de dit par un être humain dans une voix qui lui est propre et liée à son souffle, une forme de vitalité, et qui s’arrêtera un jour.                    
S'exprimer c’est aussi parler pour d’autres, pour tous. La voix est aussi le « claim », un terme central chez Cavell, la revendication dans la voix-même. La voix humaine est la première découverte de Cavell.  
Sandra Laugier

Le lien entre la voix humaine et le monde ordinaire

La voix humaine a toujours été un thème pour la philosophie et l’expression singulière dans le langage mais Cavell est le premier à avoir pensé ce lien entre la voix humaine et le monde ordinaire. Il se distingue de formes de philosophie plus traditionnelles parce qu’il va vraiment penser cette voix comme au cœur de ce rapport que l’on a à la vie et au monde, de cette dimension réaliste du langage. Avec « Dire et vouloir dire », il se distingue dans le cœur de la philosophie analytique en discutant des auteurs qui sont fondamentaux pour elle : Austin et Wittgenstein. Il pense cette philosophie du langage qui s’attache aux usages ordinaires et va essayer de trouver dans la description précise des usages du langage une nouvelle découverte, un nouvel accès à la réalité.  
Sandra Laugier

La tonalité juste de la philosophie

Il y a toujours chez Cavell une volonté de trouver le ton juste, une justesse musicale qui est différente de la vérité telle qu'elle est parfois définie comme correspondance ou en terme métaphysique par d’autres philosophes. Il a toujours voulu comprendre comment on pouvait arriver à cette justesse de la voix, c’est ça la tonalité de la philosophie, arriver à trouver sa voix à la fois de façon singulière et de façon collective.  
Sandra Laugier

Lecture de Vincent Schmitt :

  1. Stanley Cavell, Dire et vouloir dire, (1969), chapitre : Devons-nous vouloir dire ce que nous disons ? Traduction de Sandra Laugier et Christian Fournier, Les éditions du Cerf, page 122 et 123

Sons diffusés dans l'émission :

  • Chanson d'ouverture de Janis Joplin, Cry Baby 
  • Archive de Stanley Cavell sur l'enfance et la musique dans À voix nue de France Culture, 24 janvier 2008
  • Archive de Stanley Cavell évoquant Austin, INA Archive, 9 janvier 1997
  • Musique d'Aron Ottignon, Hot Tub
  • Musique d'Alexandre Desplat, Hotel Messages
  • Musique d'Ezechiel Pailhes, Piano box
  • Chanson de Chanson Plus Bifluorée, Jour ordinaire

Chroniques

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