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"Indiscrétions" ("The Philadelphia story") de George Cukor, 1947
Épisode 3 :

Qu’est-ce que le perfectionnisme moral ?

58 min
À retrouver dans l'émission

Stanley Cavell développa à partir des années 1960 une pensée autour du « perfectionnisme moral », une tradition née dans le coeur de la philosophie antique qui engage à se faire confiance et à trouver sa voix...

"Indiscrétions" ("The Philadelphia story") de George Cukor, 1947
"Indiscrétions" ("The Philadelphia story") de George Cukor, 1947 Crédits : Warner Bros France

Troisième temps de notre série consacrée au philosophe Stanley Cavell (1926-2018), grande voix de la philosophie contemporaine, disparu récemment.

Nous nous intéressons aujourd'hui à la notion de  « perfectionnisme moral » pensée par Stanley Cavell alors que dominait plutôt dans les années 1960 la doctrine de l’utilitarisme qui visait à prescrire une maximisation du bien-être collectif quand le perfectionnisme moral, qui n'a rien à voir avec la perfection, valorisait davantage un rapport à soi dans une transformation perpétuelle.

Ainsi, pour les doctrines de l'utilitarisme ou celle du kantisme, le perfectionnisme est avant tout individualiste, dépourvu du concept de moralité parce que non tourné vers le bien commun.
Mais qu’est-ce que le perfectionnisme s’il n’est pas une théorie morale ?
Pour Stanley Cavell, qui refusait toute définition, le perfectionnisme moral est une manière de vivre qui met en avant les relations personnelles et la transformation de soi et de la société.
Stanley Cavell fonde sa pensée sur les matériaux de la vie quotidienne comme le cinéma (voir l'émission du mardi 4 septembre avec Marc Cerisuelo) ou la littérature. Il suppose que le perfectionnisme moral s'appuie sur l'exemple de situations plutôt que sur des principes et des raisonnements moraux.

L'invité du jour :

Daniele Lorenzini, chercheur postdoctoral en philosophie au Centre Prospéro de l’Université Saint-Louis – Bruxelles, auteur de La force du vrai : de Foucault à Austin aux éditions Le Bord de l’eau et Ethique et politique de soi : Foucault, Hadot, Cavell et les techniques de l’ordinaire, aux éditions Vrin.

Le refus de Cavell de définir le « perfectionnisme moral »

Le refus de Cavell de donner une définition précise de ce qu’il entend par perfectionnisme moral est étonnant. Il a plutôt tendance à donner des listes de caractères, d’aspects qui peuvent définir une perspective perfectionnisme mais il insiste surtout sur le fait que le perfectionnisme moral n’est pas une théorie mais une dimension de la vie morale. Cette idée est centrale parce qu’il s’agit pour Cavell d’insuffler de la vie dans la théorie. Le problème des éthiques normatives, qui veulent nous dire ce que nous devons faire, l’utilitarisme ou le kantisme, nous donnent de la vie morale une description abstraite comme si la seule chose qui comptait c’était le moment de choix explicite.      
Daniele Lorenzini

La fragilité humaine, départ du perfectionnisme moral

Le perfectionnisme ne commence jamais avec une idée de perfection mais avec l’idée de faillibilité humaine, de la finitude, avec l'idée que l’homme ne pourrait jamais être parfait mais qu’il est toujours poussé par une dynamique de déception vis-à-vis de ce qu’il est, de ce qu’il voit autour de lui et des désirs de transformer à la fois soi-même, les autres et le monde.                      
Daniele Lorenzini

L'attention à la texture fine de notre vie

Quand Cavell dit que le perfectionnisme moral est une dimension de la vie morale il veut dire qu’il s’agit de prêter attention à cette texture fine de notre vie de tous les jours parce que c’est à travers l’attention que nous prêtons aux moments de tous les jours même lorsqu’il ne s’agit pas de faire des choix explicites que les destins de notre vie morale, que notre caractère, se jouent, se forment et se reforment de manière incessante.                      
Daniele Lorenzini

Lectures de Vincent Schmitt :

  1. Lecture sur le perfectionnisme comme n'étant pas une théorie morale, extrait de Conditions nobles et ignobles, La constitution du perfectionnisme moral émersonien, de Stanley Cavell, éditions de l'éclat, 1993, repris dans Qu'est-ce que la philosophie américaine ? Gallimard, 2009, pages 208-209
  2. Lecture sur le perfectionnisme en démocratie extrait de La Confiance en soi, 1841, Ralph Waldo Emerson, cité par Cavell dans Conditions nobles et ignobles, La constitution du perfectionnisme moral émersonien, de Stanley Cavell, éditions de l'éclat, 1993, repris dans Qu'est-ce que la philosophie américaine ? Gallimard, 2009, page 422
  3. Vrai ou faux perfectionnisme ? Extrait de Conditions nobles et ignobles, La constitution du perfectionnisme moral émersonien, de Stanley Cavell, éditions de l'éclat, 1993, repris dans Qu'est-ce que la philosophie américaine ? Gallimard, 2009, page 231
    Suit après la lecture un spot TV de l'Armée de terre, 2010

Sons diffusés dans l'émission :

  • Musique de Johnny Cash, Personal Jesus
  • Archive de Stanley Cavell dans À voix nue, France Culture, 24 janvier 2008, sur la notion de confiance chez Emerson
  • Extrait du film Indiscrétions de George Cukor, 1940
  • Chanson de The Heavy, What Makes A Good Man ? de l'album The Glorious Dead, 2012
Chroniques
10H55
5 min
Carnet de philo
2001, l'Odyssée de l'espace : le mystère à l’écran
Intervenants
  • chercheur postdoctoral en philosophie au Centre Prospéro de l’Université Saint-Louis – Bruxelles
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