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Image du film "Les Moissons du ciel" de Terrence Malick, 1979, un film très cher à Stanley Cavell
Épisode 4 :

La projection du monde à l'écran

58 min
À retrouver dans l'émission

Stanley Cavell fut le premier à introduire dans les années 60 l'étude de film au sein des études philosophiques. Son apport à la réflexion sur le cinéma est fondamental. Son ouvrage « La projection du monde » nous rappelle que notre rapport au cinéma nous renseigne sur notre rapport au monde...

Image du film "Les Moissons du ciel" de Terrence Malick, 1979, un film très cher à Stanley Cavell
Image du film "Les Moissons du ciel" de Terrence Malick, 1979, un film très cher à Stanley Cavell Crédits : Solaris Distribution

Dernier temps de notre série consacrée au philosophe Stanley Cavell (1926-2018), grande voix de la philosophie contemporaine, disparu récemment.

Stanley Cavell a marqué le paysage philosophique des années 1960 car aucun professeur avant lui n'avait osé enseigner le cinéma, non pas comme objet d'étude philosophique mais comme interlocuteur hors pair qui vient nourrir les réflexions sur la signification des mots que nous prononçons, la culture populaire partagée, et ce que Cavell nomme « l’éducation des adultes », qui s'applique tant à la philosophie qu'au cinéma.
Son ouvrage La projection du monde paru en 1971 propose une ontologie du cinéma, son essence même, et pose l'idée de partir, non d'un film, mais de l'expérience du spectateur face au film qu'il regarde.
Qu'est ce qui se joue alors dans ces moments de cinéma qui nous émeuvent ?

Les invités du jour :

  • Elise Domenach, maître de conférences en études cinématographiques à l’École normale supérieure de Lyon, autrice de Stanley Cavell, le cinéma et le scepticisme aux éditions PUF
    Article d'Elise Domenach : Stanley Cavell, Les murs de Jéricho, à retrouver dans le dernier numéro de septembre de la revue de cinéma Positif éditée par l'Institut lumière et Actes Sud.
  • Arnaud Desplechin, cinéaste, qui partageait avec Stanley Cavell la passion des films et l’idée commune que le cinéma n’illustre pas une pensée mais nous renseigne sur nous-mêmes à un endroit que ne peut atteindre la philosophie.

Stanley Cavell, philosophe précurseur

La date de parution de « La projection du monde », 1971, nous conduit 20 ans avant les livres de Deleuze sur le cinéma ! 1971 est l’époque où le cinéma devient un objet d’étude à l’université mais certainement pas dans les départements de philosophie quand Cavell enseigne dans le sein des seins de l’université d’Harvard et où il a commencé à y enseigner le cinéma en 1963.            
Elise Domenach

Aux origines de « La projection du monde », un sentiment de perte du cinéma

Stanley Cavell est un penseur qui a connu à un moment dans sa vie intellectuelle une sorte de désamour vis-à-vis du cinéma qu’il allait voir comme spectateur. Quand il était jeune, il était spectateur des comédies hollywoodiennes de remariage, particulièrement en 1948. Il a dévoré les comédies hollywoodiennes puis la fascination s’est interrompue à un moment où le cinéma a lui-même changé. Il a alors ressenti un sentiment de perte. Sans ce sentiment de perte d’un rapport naturel et fusionnel au cinéma, il n’aurait jamais écrit « La projection du monde » et n’aurait jamais eu cette impulsion d’enseigner sur l’ontologie du médium.            
Elise Domenach

Stanley Cavell et le cinéma de Terrence Malick

Stanley Cavell a vu avec émotion à quel point le cinéma de Terrence Malick répondait à cette promesse de spontanéité du médium cinématographique et c’est ce qui l’a émerveillé dans ces films, le spectacle de la beauté du monde dans « La Balade sauvage » puis dans « Les Moissons du ciel ». Cavell était admiratif de ces deux premiers films de Malick, de la façon dont il rend compte de la manière dont le cinéma peut faire un éloge du monde. Le cinéma de Malick rend par les peintures de paysages, de nature, une célébration des paysages de l’Amérique auxquels Cavell est très sensible comme penseur du cinéma.    
Elise Domenach

Quand la réalité est projetée à l'écran, elle scintille et signifie

Cavell se demande ce qui arrive à la réalité quand elle est projetée. Pour lui, et selon moi, la réalité scintille et signifie. Dans la vie on fait l’expérience quotidienne de la réalité qui ne signifie rien, c’est la dépression, la réalité semble terne, et voilà qu’il suffit de la projeter pour qu’elle se mette à signifier. Cette façon de voir le cinéma comme une machine à provoquer de la signification et donc de nous rendre un monde enchanté quand on croit le perdre, c’est ce que je cherchais en tant que cinéphile, j’allais et je continue d’aller au cinéma pour me rassurer sur le fait que le monde scintille et signifie…          
Arnaud Desplechin

Texte lu par Vincent Schmitt

  1. Extrait sur la mondanéité du monde et Buster Keaton, dans Le cinéma nous rend-il meilleurs ? de Stanley Cavell, aux éditions Bayard 2010, page 71-72

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive de Stanley Cavell sur le cinéma comme une image mouvante du scepticisme, France Culture, INA, 1997
  • Extrait du film Les Moissons du ciel de Terrence Malick
  • Extrait du film Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin suivi d'une musique de Grégoire Hetzel, Sonate k.27 en si mineur - Marcela Roggeri
  • Chanson de la BO de Rois et reine d'Arnaud Desplechin, Rose Murphy, Little bird told me

Chroniques

10H55
5 min

Le Journal de la philo

Quand les philosophes (se) racontent
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