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Anton Tchekhov en 1900
Épisode 3 :

"Les Trois soeurs" ou la difficulté de vivre

58 min
À retrouver dans l'émission

Tchekhov est au sommet de sa gloire lorsqu'il écrit en 1900 "Les Trois Sœurs", un extraordinaire tableau du quotidien provincial de trois sœurs et de leur frère, débutant par un rêve et un souhait de départ... Mais pourquoi veulent-ils rejoindre Moscou ?

Anton Tchekhov et sa femme Olga Knipper en 1890
Anton Tchekhov et sa femme Olga Knipper en 1890 Crédits : Mondadori Portfolio / Contributeur - Getty

Fort du succès de La Mouette et d'Oncle Vania, le dramaturge reçoit la commande d'une nouvelle pièce pour le Théâtre de Moscou. La première a lieu en 1901, et dans le rôle de Macha, le public peut admirer Olga Knipper, que Tchekhov épousera un an plus tard. Si l'accueil est d'abord très mitigé, le public sera finalement très enthousiaste face à ces trois sœurs. 

L'invité du jour : 

Georges Banu, professeur à Paris III, essayiste et critique spécialiste du théâtre

Moscou, une utopie rétroactive

Cette idée du retour à Moscou, c’est une idée très importante, presque essentielle, de la pièce. Ça m’amuse toujours car vous savez, le mot « limoger » vient d’un général qui a été limogé à Limoges. Et le père des sœurs, c’est un peu un nul qui a été limogé à Limoges. Les femmes ce sont libérées. C’est l’idée qu’une nouvelle ère commence. Cette nouvelle ère est animée par l’espoir de retrouver Moscou. Pour ces trois sœurs, Moscou ce n’est pas la ville, c’est l’enfance, c’est l’ailleurs, c’est un paradis perdu. En philosophie, il y a plusieurs distinctions sur le thème de l’utopie et Moscou pour elles, c’est ce qu’on appelle une utopie rétroactive. C’est donc un espace utopique mais qui se trouve derrière nous, qui n’est pas projeté dans l’avenir. Je crois qu’analyser la pièce sous cette perspective est très juste car Moscou n’existe pas, on ne peut pas prendre le train pour y aller. Georges Banu

Tchekhov et la contradiction

La  nouveauté de l’écriture tchékhovienne, c’est que ce n’est pas une écriture univoque, qui n’est pas non plus binaire, mais c’est une écriture fondée sur les contradictions. Tchekhov avance des professions de foi que la vie contrarie. Je crois que la pièce est construite constamment là-dessus : les filles ont construit pour leur frère un avenir universitaire, mais la vie va contrarier complètement cet avenir. Le frère finira comme un mari cocu, fonctionnaire de l’administration locale. Donc le discours sur le travail est un discours rhétorique et je crois que Tchekhov, qui était particulièrement pudique, inscrit dans tous ses textes une sorte d’ironie, une distance à l’égard des discours très emportés, très enflammé. Tchekhov nous convie à ce double besoin : d’un côté la projection vers un avenir et d’un autre côté la confrontation avec le réel qui est le plus sombre des nids. Georges Banu

Texte lu :

  • Tchekhov, Lettre à Maria Vladimirovna Kisseleva, 14 janvier 1887, Moscou, dans Correspondances, Robert Laffont, p. 80. 

Sons diffusés : 

  • Extraits de la pièce Les Trois Sœurs, mise en scène par Jean-Paul Roussillon pour la Comédie Française en 1979
  • Extrait du téléfilm Les Trois Sœurs de Valéria Bruni Tedeschi, diffusé sur Arte en 2015
  • Quatuor à cordes n°3 de Tchaïkovski
  • Chanson Trois Sœurs de Boris Grebenchikov
  • Morceau Three Sisters de Dmitri Pokrovsky

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Bibliographie

Les Trois Soeurs d'Anton Tchekhov, paru chez Actes Sud en 2002

Les Trois SoeursAnton TchekhovActes Sud, collection Babel, 2002

Intervenants
  • Professeur à Paris III, essayiste et critique spécialiste du théâtre
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