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The Thing de John Carpenter (1982)

The Thing : une phénoménologie de l'horreur

59 min
À retrouver dans l'émission

Les films d’horreur repoussent-ils les limites de notre corps ?

The Thing de John Carpenter (1982)
The Thing de John Carpenter (1982) Crédits : UNIVERSAL PICTURES / ARCHIVES DU 7EME ART / PHOTO12 - AFP

Le corps a commencé à être bien avant que nous ne prenions conscience de lui. Sa matière était là bien avant de prendre forme humaine dans un état que nous ignorons. Mais que reste-t-il en nous de cette matière étrangère à la vie ? Jusqu'où faire remonter l’existence de ce corps antérieur à la conscience ? Dans les cellules ? Dans la matière ?

La phénoménologie est la partie de la philosophie qui s’intéresse au vécu des choses et non à ce qu’elles sont en soi. En ce sens, la question des origines du corps ne lui est jamais resté étrangère, puisque c’est du corps que partent toutes nos expériences. Dylan Trigg est l’un des représentants actuels de ce mouvement, avec une différence, celle d’être à la fois grand connaisseur de Levinas, de Merleau-Ponty, et un passionné de films d’horreur.

Alors, qu’ont à nous dire les films d’horreur des origines du corps ? de la conscience ? et de tout ce qui provoque en nous la peur d’être étranger à lui ?

Le texte du jour

« C’était le jeudi 14 mai 1908 que survint mon étrange crise d’amnésie. Elle fut brutale et imprévue. Néanmoins, je me souvins par la suite, j’avais eu, quelques heures auparavant, des visions confuses qui me troublèrent fort en raison de leur caractère insolite et qui devaient constituer des symptômes précurseurs : je souffrais d’une violente migraine, et j’éprouvais la singulière impression que quelqu’un tentait de s’emparer de mes pensées. Vers 10h20 du matin, pendant que je faisais à des premières années, un cours sur les différentes tendances passées et présentes de l’économie politique, je vis des formes étranges danser devant mes yeux et je crus me trouver dans une salle bizarrement décorée. Mes paroles et mes pensées s’écartèrent du sujet traité, et les étudiants comprirent qu’il se passait quelque chose de grave. Puis je perdis connaissance et m’affaissai sur mon fauteuil, plongé dans une torpeur dont personne ne put me tirer. Il s’écoula cinq ans, quatre mois et treize jours avant que je retrouve l’usage normal de mes facultés et une vision juste du monde. (…) Quand j’eus constaté l’échec de tous mes efforts pour dissimuler mon amnésie, je la reconnus franchement et me montrai avide de renseignements de toute espèce. En fait, les médecins eurent l’impression que je ne m’intéressai plus à ma personnalité véritable dès l’instant où ma perte de mémoire fut acceptée comme une chose naturelle. Ils s’aperçurent que je possédais, chose inexplicable, des connaissances stupéfiantes que je semblais désirer cacher plus qu’étaler. (…) Je me heurtai à un manque de sympathie presque unanime. Quelque chose dans mon aspect et mon langage semblait susciter crainte et aversion chez ceux que je rencontrais, comme si j’eusse été situé aux antipodes de tout ce qui est normal et sain. L’idée d’une horreur secrète en relation avec des abîmes de distance incalculable était curieusement répandue dans les esprits.»

- Howard P. Lovecraft, Dans l’abîme du temps, 1936, trad. Jacques Papy, p.16-17

Extraits

- The Thing, film de John Carpenter (1982)

- La Mouche, Fil de David Cronenberg (1986)

Références musicales

- Ennio Morricone , Bestiality

- Ennio Morricone, Sterilization

- Carpenter, Mirror image

- David Bowie, Scary Monsters

- The sisters of Mercy, Flood 1

- Penderecki, Utrenja

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