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Albert Camus en 1959

"Un monde sans esprit : la fabrique des terrorismes" de Roland Gori

51 min
À retrouver dans l'émission

Et si l'art était le meilleur antidote à notre monde sans esprit ? Et si entendre Albert Camus, Stefan Zweig ou encore Tolstoï faire "retentir le silence par l'art", était la plus belle oeuvre contre notre monde rationaliste, nihiliste et terroriste ?

Albert Camus en 1959
Albert Camus en 1959 Crédits : STF - AFP

"Le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à retirer l'écrivain de l'exil, chaque fois, du moins, qu'il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence et à le faire retentir par les moyens de l'art." CAMUS, Discours de Suède du 10 décembre 1957

Le texte du jour

"Il nous est aujourd’hui facile, à nous qui avons rayé depuis longtemps de notre vocabulaire le mot « sécurité », tenue pour une chimère, de railler l’illusion optimiste de cette génération aveuglée par un idéalisme lui faisant croire que le progrès technique de l’humanité devait fatalement entraîner une ascension morale aussi rapide. Nous qui avons appris dans le nouveau siècle à ne plus nous laisser surprendre par aucune explosion de bestialité collective, nous qui attendions de chaque jour à venir plus d’abominations encore que du jour précédent, nous sommes devenus singulièrement plus sceptiques quant à la possibilité d’une éducation morale de l’être humain. Nous avons dû donner raison à Freud quand il ne voyait dans notre culture, dans notre civilisation qu’une mince couche susceptible à tout instant d’être transpercée par les forces de destruction des bas-fonds, nous avons dû progressivement nous habituer à vivre sans avoir de sol sous nos pieds, sans droit, sans liberté, sans sécurité. Il y a longtemps que pour notre propre existence nous avons abjuré la religion de nos pères, leur foi en une ascension rapide et perpétuelle de l’humanité ; pour nous qui sommes instruits par de cruelles leçons cet optimisme précipité paraît bien fade au vu d’une catastrophe qui nous a rejetés d’un seul coup mille ans en arrière, effaçant tant d’efforts vers plus d’humanité. Pourtant, même si ce fut une illusion, c’était une illusion merveilleuse et noble que servaient nos pères, plus humaine et plus noble que les slogans d’aujourd’hui. Et il y a en moi quelque chose qui, mystérieusement, en dépit de tout ce que nous savons et de notre déception, ne peut tout à fait se détacher d’elle. Ce qu’un homme a absorbé de l’air du temps pendant son enfance, il ne pourra l’éliminer de son sang. Et malgré tout, malgré tout ce que chaque jour me hurle aux oreilles, malgré tout ce que moi-même et mes innombrables compagnons d’infortune avons subi d’humiliation et d’épreuves, je suis incapable de renier tout à fait la croyance de ma jeunesse et je crois toujours que recommencera un jour le mouvement ascendant."

Stefan Zweig, Le monde d’hier. Souvenirs d’un européen (Gallimard Pléiade 2013), p. 864

Extraits

-Archive François Hollande : discours de François Hollande devant le Congrès de Versailles le 16 novembre 2015 au lendemain des attentats

- Archive Albert Camus : discours de Suède du 10 décembre 1957 prononcé suite à l’obtention du Prix Nobel

Référence musicale

- Brassens, Le grand pan

Roland Gori
Roland Gori Crédits : Radio France

Chroniques

10H48
5 min

Petit précis de philosophie à l'usage des candidats

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Bibliographie

L'individu ingouvernable

L'individu ingouvernableRoland GoriLes Liens qui libèrent, 2015

Intervenants
  • Psychanalyste et professeur émérite de psychologie et de psychopathologie clinique à l'université Aix-Marseille
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