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"Triomphe des Armes. ou le retour solennel des objets des science et des beaux arts", Allégorie du retour des objets d'art et de science enlevés à Anvers, 1815, Adriaan Gerrit van Prooijen, d'après Jean Joseph Verellen, 1821
Épisode 5 :

A qui rendre ?

58 min
À retrouver dans l'émission

Comment de nouveaux concepts patrimoniaux se sont-ils mis en place en 1815? Bénédicte Savoy s’attache aux réflexions qui entourent les œuvres à restituer, alors que 20 ans se sont parfois écoulés depuis leur départ et que leur valeur a pu se modifier dans un paysage géopolitique lui-même bouleversé.

"Triomphe des Armes. ou le retour solennel des objets des science et des beaux arts", Allégorie du retour des objets d'art et de science enlevés à Anvers, 1815, Adriaan Gerrit van Prooijen, d'après Jean Joseph Verellen, 1821
"Triomphe des Armes. ou le retour solennel des objets des science et des beaux arts", Allégorie du retour des objets d'art et de science enlevés à Anvers, 1815, Adriaan Gerrit van Prooijen, d'après Jean Joseph Verellen, 1821 Crédits : A. Gerrit van Prooijen/J.-J. Verellen/Rijksmuseum

Pourquoi est-ce l’Autriche qui a rendu à Venise les chevaux de Saint-Marc ?

Bénédicte Savoy, Titulaire de la chaire internationale « Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, XVIIIe-XXesiècle », au Collège de France et Professeur à l’Université technique de Berlin, nous entraîne, dans une grande enquête autour du moment 1815, quand le Musée Napoléon, futur musée du Louvre, a dû restituer les chefs d’œuvre qu’il avait conquis. Aujourd’hui elle suit l'évolution des concepts patrimoniaux du départ des œuvres d'art pour la France, à la question de leur retour dans leur lieu d'origine, quelques 10 ou 20 ans après leur départ. Elle s'attache aux opinions publiques qui ne supportent plus l’idée que de très belles œuvres puissent retourner dans des collections privées, des châteaux fermées, quand le Louvre leur a donné une belle visibilité.

Du début des négociations officielles du congrès de Vienne, à partir du 1er novembre 1814, jusqu’à l'Acte final du 9 juin 1815, une nouvelle carte du continent se dessine, avant la défaite napoléonienne de Waterloo, le 18 juin et l’abdication de Napoléon le 22 juin 1815. L’historien Guillaume de Bertier de Sauvigny, spécialiste de la Restauration française et du chancelier autrichien Metternich, rappelle que la Grande-Bretagne, la Prusse, la Russie et l’Autriche, les quatre principales puissances victorieuses de Napoléon ont décidé « de convoquer à Vienne un congrès de tous les États d'Europe ». En effet, souligne-t-il :

« Vingt années de guerre et de bouleversements territoriaux ne permettent pas d'en revenir simplement au statut de 1789 ; un nouvel ordre européen doit être établi qui perpétuera la paix retrouvée ». 

L'historien résume ainsi « les résultats du Congrès » : 

« la France est tenue en respect par une couronne d'États tampons (royaume de Piémont-Sardaigne, Confédération helvétique, Rhénanie prussienne, royaume des Pays-Bas comprenant la Hollande et la Belgique) ; le butin territorial est réparti entre les grands vainqueurs ; une Confédération germanique composée de trente-quatre États souverains et de quatre villes libres, liés par un pacte défensif et une diète confédérale à Francfort, est établie ; l'Italie est divisée en sept États sous l'hégémonie autrichienne (…); on accepte un code d'étiquette diplomatique. »

C'est en tenant compte de cette nouvelle carte, en sachant que la Belgique n’est pas encore la Belgique et que l’Italie est sous la coupe des Autrichiens, que la question posée aujourd’hui par Bénédicte Savoy, "A qui rendre? » nous fait entrer dans toute la complexité du dossier des restitutions des objets d'art et de la question des "translocations" de ces objets. Elle rappelle que cette question "A qui rendre" occupe beaucoup les esprits autour de 1815. 

Dans bien des cas, comme l'historienne le rappelait en introduction de sa série, "1815 : Année zéro. L'Europe à l'heure des restitutions d'œuvres d'art" les pièces qui avaient été prises dans les pays européens ne l'avaient pas toujours été dans des musées.  Quand une pièce est prise dans un musée public, on peut y répondre assez simplement. On rend au musée les collections qui lui appartenaient. En revanche, indique-t-elle :

"Les choses sont extrêmement compliquées, beaucoup plus compliquées, lorsque, par exemple, des livres ou des tableaux sont pris dans des monastères, dans des collections religieuses... Quand ces objets sont renvoyés en Allemagne ou quand ils sont sur le point d'être repris par l'Allemagne, les monastères, par exemple, n'existent plus. Alors, que faire de ces objets? Est ce qu'on les met dans des bibliothèques universitaires qui n'existent pas encore? Qu'il va falloir créer? Est ce qu'on les confie à la garde d'autres nations qui ont d'autres moyens déjà de conserver ces œuvres, etc...?"

Alors comment reconstituer toutes les œuvres qui sont parties ? Une fois inventoriées que faire de cette masse d’objets ? Où les remettre ? Comment Guillaume 1er, roi des Pays-Bas, à la tête d’un complexe nouvel Etat, qui mêle flamands et francophones, catholiques et protestants a-t-il géré la redistribution des œuvres qui ont été récupérées ? Qu’est-ce qui s’est joué pour le musée de Bruxelles, lui-même déjà composé d’oeuvres envoyées par Paris avant le démembrement du Louvre de 1815 ? 

Nous gagnons le Collège de France, le 22 mars 2019 pour le cours de Bénédicte Savoy, aujourd’hui « A qui peut-on rendre les œuvres d’art qui ont été prises ? »

Pour prolonger

Sa Leçon inaugurale a été publiée chez Fayard en 2014, sous le titre, Objets du désir, désir d’objets

Bénédicte Savoy a aussi publié Patrimoine annexé. Les biens culturels saisis par la France en Allemagne autour de 1800, aux Éd.de la maison des sciences de l’homme, en 2003.

Autour de l'image de Une : Bénédicte Savoy commente le "Triomphe des Armes. Ou le retour solennel des objets des science et des beaux arts", Allégorie du retour des objets d'art et de science enlevés à Anvers, oeuvre d'Adriaan Gerrit van Prooijen, d'après Jean Joseph Verellen (1821) qui revient sur le grand moment de translocations des oeuvres en 1815. Cette allégorie appartient aux collections du Rijksmuseum.

Références musicales :

Générique de fin  : Yokota Susumu, "Flaming love and destiny", extrait de l'album Symbol (Lo Recording, 2004). 

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