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Clin d'oeil au tableau de Fragonard, "La Liseuse" ? Le réalisateur Wes Anderson met souvent en scène littérature et livres, avec de nombreux titres inventés comme ce récit que lit Suzy (Kara Hayward), lectrice rebelle dans "Moonrise Kingdom" (2012)
Épisode 1 :

La littérature, pour quoi faire ? Leçon inaugurale d'Antoine Compagnon

58 min
À retrouver dans l'émission

Que peut la littérature ? Permet-elle de "respirer", de "mieux jouir de la vie", de "mieux la supporter" ?... La littérature pour quoi faire ? s'interroge Antoine Compagnon qui revient sur ses pouvoirs. Il nous explique pourquoi faire l'éloge de la littérature en 2006.

Clin d'oeil au tableau de Fragonard, "La Liseuse" ? Le réalisateur Wes Anderson met souvent en scène littérature et livres, avec de nombreux titres inventés comme ce récit que lit Suzy (Kara Hayward), lectrice rebelle dans "Moonrise Kingdom" (2012)
Clin d'oeil au tableau de Fragonard, "La Liseuse" ? Le réalisateur Wes Anderson met souvent en scène littérature et livres, avec de nombreux titres inventés comme ce récit que lit Suzy (Kara Hayward), lectrice rebelle dans "Moonrise Kingdom" (2012) Crédits : Wes Anderson/Indian Paintbrush, American Empirical Pictures, Moonrise

A l’heure où le « lieu » de la littérature et de la lecture s’est amenuisé, la question n’est plus « qu’est-ce que la littérature ? » mais « la littérature pour quoi faire »? C’est la question que pose Antoine Compagnon quand il inaugure sa chaire. Il avoue avoir été « déconcerté par le demande, le besoin de littérature » à son arrivée au Collège de France. Comme Bergson au début du siècle, Antoine Compagnon suscite les passions. « On fait la queue » pour ses leçons. Son cours sur Montaigne, adapté en chronique sur France Inter, puis en livre, sous le titre, Un Eté avec Montaigne est devenu un inattendu best-seller en 2013. L’écrivain Philippe Besson décrit Antoine Compagnon en « passeur, en intercesseur », « Comme Montaigne, son modèle ».

« Son enseignement convoque la raison et non la mémoire. Les gens doivent se sentir plus intelligents en sortant. C’est-à-dire aussi plus sceptiques ».

Au micro de Christine Goémé, ce fils d’un général qui a entraîné sa famille de l’Europe aux Etats-Unis, évoque sa « formation stimulante » à Polytechnique et « une licence de lettres pour se distraire ». A propos de sa thèse, sur l’histoire de la citation chez Montaigne, il parle d’une « recherche naïve d’ingénieur qui se demande comment les livres sont faits ». Marc Fumaroli qui l’a intronisé au Collège de France rappelle que

« c’est Roland Barthes qui a « converti » Antoine Compagnon, au sens presque religieux du texte, à la littérature ».

De Barthes, dont il fut l’élève et l’ami, Antoine Compagnon retient l’acte de foi :

« la littérature ne permet pas de marcher, mais elle permet de respirer »

Alors qu'il rappelle les "explications familières du pouvoir de la littérature", Antoine Compagnon note dans sa leçon inaugurale : 

"Nous lisons parce que, même si lire n’est pas indispensable pour vivre, la vie est plus aisée, plus claire, plus ample pour ceux qui lisent que pour ceux qui ne lisent pas. (...) la culture littéraire fut longtemps censée rendre meilleur et donner une vie meilleure."

Pour Antoine Compagnon Francis Bacon "a tout dit" : 

"La lecture rend un homme complet, la conversation rend un homme alerte, et l’écriture rend un homme précis. C’est pourquoi, si un homme écrit peu, il doit avoir une bonne mémoire ; s’il cause peu, il doit avoir l’esprit vif ; et s’il lit peu, il doit avoir beaucoup de ruse, pour paraître savoir ce qu’il ne sait pas.

Antoine Compagnon conclut : 

"Suivant Bacon, proche de Montaigne, la lecture nous évite de devoir recourir à la sournoiserie, l’hypocrisie et la fourberie ; elle nous rend donc sincères et véritables, ou tout simplement meilleurs."

En 1964, Jean-Paul Sartre demande ce que peut la littérature ?

« L’écrivain engagé impute à la littérature le pouvoir de nous faire échapper aux forces d’aliénation ou d’oppression, – même si aucun livre n’a jamais empêché un enfant de mourir ».

Antoine Compagnon qui se partage entre l’université de Columbia et le Collège de France, ne cesse de réunir la théorie, l’histoire et la critique, pour « percer la contradiction entre la littérature et la modernité ». Le philologue-historien de la littérature nous entraîne des exercices spirituels de Montaigne aux affirmations d’un Johnson :

« la seule fin de la littérature est de rendre les lecteurs capables de mieux jouir de la vie ou de mieux la supporter »

Pour le philologue, il est temps de faire "à nouveau l’éloge de la littérature, de la protéger de la dépréciation". 

Nous rejoignons Antoine Compagnonpour sa leçon inaugurale « La Littérature pour quoi faire ? » le 30 novembre 2006 au Collège de France.

Pour prolonger :

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Sa leçon inaugurale, dont le beau texte est disponible en ligne en openedition s'ouvre par le souvenir de sa première visite en auditeur au Collège de France :

"Je me revois la première fois que je franchis les portes de cette maison – pour y rencontrer des géants. Je venais d’intégrer une école voisine ; c’était aux environs de 1970 ; j’avais vingt ans : Paris était une fête de l’esprit. La mère d’un ami m’avait conseillé de visiter le Collège de France. J’étais venu, j’avais consulté l’affiche – aussi ébahi que le narrateur de la Recherche du temps perdu devant la colonne Morris annonçant la Berma dans Phèdre –, et un matin, non sans appréhension, j’avais pénétré dans une salle de cours, là-haut, je ne sais plus où car tout a été bouleversé depuis. Rencogné au dernier rang, j’avais entendu un petit homme qui avait l’air d’un oiseau frêle. Il expliquait – minutieusement et somptueusement – un sonnet de Du Bellay, comme je n’avais jamais vu faire ni imaginé qu’on pût faire. J’appris bientôt son nom : c’était, invité par Claude Lévi-Strauss, Roman Jakobson que je venais d’écouter, l’immense linguiste et poéticien qui a traversé tout le xxe siècle, de Moscou à Prague, puis New York et Harvard".

Ecouter l'émission La nuit rêvée, France Culture."Antoine Compagnon, star discrète des amphis", Juliette Cerf, Télérama. Article publié en 2014.

Autour de l'image de Une : 

François Truffaut, Jean-Luc-Godard, Wes Anderson mettent volontiers en scène dans leurs films leur passion des livres et de la littérature...

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