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Incipit, "Enfance" de Nathalie Sarraute, p.7, Folio, 2000
Épisode 2 :

Ecrire la vie, par Antoine Compagnon

58 min
À retrouver dans l'émission

Quel est le rapport entre le monde et la littérature? Comment situer le succès du concept anglo-saxon "life writing", le retour des récits de vie, des écrits personnels? Antoine Compagnon analyse "l'écriture de vie" selon l'expression de Roland Barthes, appliquée à Montaigne, Chateaubriand et Proust

Incipit, "Enfance" de Nathalie Sarraute, p.7, Folio, 2000
Incipit, "Enfance" de Nathalie Sarraute, p.7, Folio, 2000 Crédits : M. Moneghetti - Radio France

Rediffusion du _ _29 août 2016 

Quel regard avez-vous sur notre monde ? 

Depuis 1530, le Collège de France ne s’interdit aucun domaine de recherche ou curiosité pour décrire le monde et accompagner ses mutations. Quelle que soit la discipline, scientifique, littéraire, historique, linguistique, la recherche y est en marche, souvent fondamentale et toujours « libre » :

« pas des vérités acquises » disait Maurice Merleau-Ponty, mais l'idée d'une recherche libre."

Avec comme seule obligation de "traiter tous les ans un nouveau sujet", comme le rappelle Claude Levi-Strauss. Le pouvoir de l’imagination y est grand. Claude Bernard a pu proclamer qu’on y cherche la médecine de demain, qu’on y enseigne

« une science qui n’existe pas ».

Cette semaine, nous vous proposons de retrouver un ingénieur polytechnicien de formation, « converti » à la littérature, illustre spécialiste de Montaigne et de Proust, Antoine Compagnon, qui se partage entre New York et Paris, entre sa chaire principale de « Littérature française moderne et contemporaine » au Collège de France et ses étudiants de l’université de Columbia. Depuis 10 ans, son cours public et gratuit dans le grand amphithéâtre du Collège ne désemplit pas. On fait la queue pour y assister.

Dans sa leçon inaugurale, rediffusée récemment sur France Culture, Antoine Compagnon posait en 2006 la question de la littérature pour quoi faire ? Fin 2015, l’historien Patrick Boucheron, nouvel « entrant » au Collège de France se demandait « ce que peut l’Histoire ». La littérature et l’histoire ne donnent pas des recettes pour bien vivre, mais en disant les moments de vie, de conscience, tout comme les sciences peuvent nous faire changer de perspective en nous faisant entrer au cœur du vivant, de la matière, de l’infiniment grand ou petit, peut-être nous donnent-elles toutes ensemble cette distance critique, ce pouvoir d’émerveillement ou d’interrogation, qui peut garder de la folie, qui peut nous pousser plus loin… ? De Roland Barthes, dont il fut l’élève et l’ami, Antoine Compagnon retient la formule :

« la littérature ne permet pas de marcher, mais elle permet de respirer ».

Roland Barthes peu avant sa disparition s’attachait à trouver une issue « au conflit moderne, entre le monde et l’œuvre, entre la vie et la littérature ». Antoine Compagnon cite la solution entrevue :

« faire de sa vie une œuvre, son Œuvre ».

C’est l’entrée que j’ai choisie pour ouvrir notre année de cours au Collège de France : je vous propose un regard rétrospectif sur une décennie de cours sur la littérature, de Proust à Baudelaire en passant par Montaigne et l’année 1966, une année charnière, racontée et analysée par Antoine Compagnon.

Dans son Histoire d’un Allemand, Sebastian Haffner demandait de « lire les biographies, non pas celles des hommes d'Etat, mais celles, trop rares, de citoyens ordinaires inconnus » pour appréhender l’Histoire et l’impact des événements sur les vies, de la simple secousse à l’anéantissement. Après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, jour après jour, les portrait biographiques d’inconnus qui avaient laissé des traces sur le toile, photos, bouts d’existence, des victimes qu’on sortait de l’anonymat a jeté, je crois, une autre manière de voir nos vies. En 2009, quand Antoine Compagnon inscrit son cours « Ecrire la vie », il reprend pour partie le succès du genre littéraire anglo-saxon « life writing », pour lequel il propose le néologisme « Ecrire – la – vie ». Au genre noble des écrits biographiques et des mémoires s’opposeraient les écrits personnels plus modestes et communs. Au-delà, une fois levées les critiques de narcissisme, d’aporie liée à ce genre, il y aurait le projet d’un Proust qui transforme la vie, ce que Barthes a appelé, nous dit Antoine Compagnon, « l’écriture de vie ».

Et nous gagnons le grand amphithéâtre pour le cours d’Antoine Compagnon, « Ecrire la vie », le 6 janvier 2009.

Antoine Compagnon
Antoine Compagnon Crédits : Patrick Imbert / Collège de France

Pour prolonger :

Roland Barthes, Comment vivre ensemble. Cours et séminaires au Collège de France (1976-1977), Seuil, 2002

- Les ouvrages d'Antoine Compagnon publiés chez Gallimard

- Les livres d'Antoine Compagnon aux Editions des Equateurs

- Antoine Compagnon, cours du Collège de France diffusés dans le cadre de l’Éloge du Savoir de Christine Goémé.

Ecouter La nuit rêvée d'Antoine Compagnon, France Culture : une sélection d'archives radiophoniques par Antoine Compagnon et entretiens avec Christine Goémé.

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