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Reproduction de la tête de singe en bronze de l'ancien palais d'été (Pékin, Chine) photo de P. Potrowl/statue de Cicéron sur la parvis du Palais de Justice d'Amiens par S. Lourdel-Iglesias/Extrait d'un plan du film russe "Cinq jours, Cinq nuits"
Épisode 1 :

Introduction

59 min
À retrouver dans l'émission

A qui appartient la beauté? Quels regards posent les cinémas chinois, américains et russes sur les œuvres d’art déplacées ou spoliées? "Que dire à ceux qui, hors de la maison, ont été privés de leurs biens par les violences ou les asymétries de l’histoire ?" Demande Bénédicte Savoy.

Reproduction de la tête de singe en bronze de l'ancien palais d'été (Pékin, Chine) photo de P. Potrowl/statue de Cicéron sur la parvis du Palais de Justice d'Amiens par S. Lourdel-Iglesias/Extrait d'un plan du film russe "Cinq jours, Cinq nuits"
Reproduction de la tête de singe en bronze de l'ancien palais d'été (Pékin, Chine) photo de P. Potrowl/statue de Cicéron sur la parvis du Palais de Justice d'Amiens par S. Lourdel-Iglesias/Extrait d'un plan du film russe "Cinq jours, Cinq nuits" Crédits : Wikicommons/Blog Five Nights, Five days

« Comment supporter que le capital symbolique et réel que génèrent les musées ne fasse l’objet d’un partage ? » S’interroge-t-elle encore. Quelles sont nos émotions individuelles, collectives face aux œuvres d’art? Quelles « germinations », « fécondations esthétiques ? », « cristallisations inattendues » suscitent-elles?

Titulaire au Collège de France de la chaire internationale « Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, XVIIIe-XXesiècle » et Professeur à la Technische Universität de Berlin, Bénédicte Savoy, nous entraîne depuis sa leçon inaugurale, dans une vaste et complexe enquête autour du destin et des déplacements des biens culturels, ces « objets du désir » qui peuvent être ôtés de leur lieu de création en toute légalité ou spoliés sinon volés en période de guerre, dans le cadre de sa série de cours donnés en 2017, sous le titre "A qui appartient la beauté, Arts et cultures du monde dans nos musées". Cette simple question en apparence, « A qui appartient la beauté? » revient sans cesse comme l’obsédant refrain d’une fable tout au long de sa série… Et comme dans les fables, sous l’abord facile, se nichent bien des situations complexes. Et les questions posées par Bénédicte Savoy restent bien souvent ouvertes. 

Aujourd’hui et comme dans la suite de sa série, elle nous fait épouser tour à tour le regard de celui qui est ébloui, de la juste fascination jusqu’à la convoitise, qui mène au ravissement et au vol, et elle nous montre le point de vue des « dépossédés », leur tristesse et leur indignation. 

Entre les extraits en VO des films de propagandes qui rendent compte des opinions et des débats passionnels, elle livre les belles pages de l’avocat Cicéron engagé par les Siciliens pour plaider contre le vil magistrat spoliateur, Verrès. Ici nous dit-elle, nous sommes face « au premier grand texte sur les translocations » des œuvres en 70 avant JC (Le Monde, août 2017).

Concernant le tournant de l’époque moderne et la période contemporaine, l’historienne souligne que « L’accumulation primitive de capital culturel dans l’Europe du XVIIIe au XXe siècle » offre sa face sombre et sa face lumineuse. Dans sa leçon inaugurale, elle  en a donné de beaux exemples. Exceptionnellement, j’en ai gardé 3 en réserve que je vous propose comme un lien entre les interrogations de la leçon inaugurale sur les « objets du désir et le désir d’objets » et son grand cours d’introduction aujourd’hui où elle confronte les différents regards. Les oeuvres qui traversent les siècles, telles des immortels  et des universels croisent les « temporalités » et les « préoccupations » des mortels, nous les spectateurs. Même singulières et sans âge, ces oeuvres peuvent nous ressembler, nous pouvons nous identifier ou rêver sur elles… Ainsi Apollinaire face à l’autel de Pergame reconstitué à Berlin, d’un côté et les avants-gardes et la presse populaire allemande face à Néfertiti et les têtes égyptiennes d'Amarna, en 1913, qui ressemblent tant à aux hommes et au femmes modernes.

En 1901, rappelle Benédicte Savoy c'est à Berlin que Guillaume Apollinaire écrit l'un de ses premiers essais littéraires. Il a 20 ans (...). A Berlin, le musée de Pergame vient d'ouvrir au public. On y voit une reconstruction grandeur nature de l'autel de Zeus découvert par des archéologues prussiens vingt ans plus tôt dans la province d'Izmir de l'actuelle Turquie. L'autel est orné d'une frise monumentale: la gigantomachie, qui représente la victoire des Dieux sur les géants, de l'ordre sur le désordre. La frise est faite de 120 plaques de marbre hautes de 2,30m. Apollinaire écrit dans un mélange d'enthousiasme face à la beauté sauvage de l'oeuvre et de férocité caustique à l'égard des Allemands": 

"Mais que cela est beau! Quel magnifique poème de pierre! Les dieux olympiens terrestres, marins et infernaux, les animaux, les géants, les monstres entremêlent furieux leurs membres parfois mutilés, les torses des déesses se cabrent sur les bras des héros, des faces se crispent, des bouches mordent. Cette œuvre, que des artisans sculptèrent dans de la pierre de grain très gros, sent tellement sa divinité que le voyageur, oubliant la foule des visiteurs à moustaches en croc et des femmes laides, espère l'heure où mugiront les taureaux des hécatombe." (extrait de la Leçon inaugurale pages 63-65.)

Dans cette même leçon inaugurale, où les Français depuis la Révolution de 1789, au nom d’un idéal démocratique d’accessibilité des oeuvres et d’affirmation de la puissance républicaine, apparaissent comme les champions des translocations, des déplacements des biens culturels, pour nourrir leurs musées, quand la puissance américaine se déploie un siècle plus tard et que l’appétit des Etats-Unis pour les oeuvres européennes s’affirme, Bénédicte Savoy nous livre l’indignation d’un avocat français qui voit sa région, son pays dépossédés.

A l'issue de ce texte, Bénédicte Savoy notait qu’il ne fallait pas tout confondre, des spoliations de guerres ou des fouilles archéologiques ou des acheteurs en quête de bonnes affaires. Mais elle en appelait néanmoins à "poser les questions qui fâchent", à un "travail d’introspection patrimoniale en Europe". Dans sa leçon inaugurale, elle notait encore : 

« Depuis l’Antiquité, les dépossédés ont une parole. Elle est sans doute moins facile à saisir, pour l’historien européen, que le discours des vainqueurs. Mais cette parole existe et forme en matière de biens culturels déplacés le terreau des revendications contemporaines » 

Nous y voici, du sac du palais d’été en Chine aux spoliations russes de la seconde guerre mondiale vus par le cinéma.  Et nous gagnons le Collège de France, le 19 avril 2017 pour le cours de Bénédicte Savoy, « A qui appartient la beauté, introduction »

Pour prolonger :

Sa Leçon inaugurale vient d’être publiée chez Fayard, sous le titre, « Objets du désir, désir d’objets ». Elle a aussi publié Patrimoine annexé. Les biens culturels saisis par la France en Allemagne autour de 1800, aux Éd.de la maison des sciences de l’homme, en 2003.

- blog consacré au film russe "Five days, five nights"

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