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Dent de Paranthropus robustus TMP 99 provenant probablement de Coopers (26°00'S 27°45'E), Gauteng, Afrique du Sud vers 1,8 millions d'années. Collection du Transvaal Museum, Northern Flagship Institute, Pretoria Afrique-du-Sud.
Épisode 3 :

Adaptation biologique à la prédation

59 min
À retrouver dans l'émission

Quel était le régime alimentaire des hominines et quelles sont les origines de la chasse? S’interroge le paléo-anthropologue Jean-Jacques Hublin. Comment passe-t-on d’une consommation de viande occasionnelle sans trace archéologique à une abondance de ressources?

Dent de Paranthropus robustus TMP 99 provenant probablement de Coopers (26°00'S 27°45'E), Gauteng, Afrique du Sud vers 1,8 millions d'années. Collection du Transvaal Museum, Northern Flagship Institute, Pretoria Afrique-du-Sud.
Dent de Paranthropus robustus TMP 99 provenant probablement de Coopers (26°00'S 27°45'E), Gauteng, Afrique du Sud vers 1,8 millions d'années. Collection du Transvaal Museum, Northern Flagship Institute, Pretoria Afrique-du-Sud. Crédits : Didier Descouens (Wikimedia Commons)

Quelle était l’utilisation des outillages de pierre chez Australopithécus? Que pouvons nous apprendre des outillages oldowayens en Ethiopie sur la consommation de viande vers 2,3 millions d’années av JC? Quelles étaient les pratiques de consommation de charognes par nos ancêtres préhistoriques? Quelle est la quantité de viande disponible sur une carcasse laissée par les lions et que les hommes peuvent manger ensuite? 

Jean-Jacques Hublin, professeur à l'Institut Max Planck d'Anthropologie Evolutionnaire (à Leipzig), en Allemagne, professeur invité, titulaire de la chaire internationale de paléoanthropologie au Collège de France, nous entraîne dans une grande exploration de la prédation chez les hominines, dans sa nouvelle série intitulée, « l’homme prédateur ».

Les cours précédents après avoir analysé différents comportements de prédation de nos lointains cousins les chimpanzés communs et les bonobos pour comparer avec les hommes et tenter d’appréhender la transition des singes non humains vers les hommes eux-mêmes, Jean-Jacques Hublin a ouvert le grand chapitre des origines de la chasse chez l’homme. Il nous a introduit aux changements climatiques et aux évolutions des hominines (ces différents ancêtres de l’homme, des formes les plus proches des grands singes au genre homo). Le cours d’hier s’était achevé sur les analyses des données isotopiques. Les isotopes stables du carbone et de l’azote que l’on peut retrouver sur l’émail dentaire ou les os, permettent d’élaborer des moyens du régime alimentaire des individus sur des nombreuses années. C’est grâce à ce type d’analyse que l’on peut dater certaines évolutions et voir l’impact de l’environnement.

Dans le passionnant ouvrage collectif, intitulé «  Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances » (éditions la Découverte/INRAP), publié récemment, Jean-Jacques Hublin qui a livré une belle contribution, explique : 

"Entre 3 et 2,6 millions d’années, l’Afrique connaît une de ces crises climatiques qui ont périodiquement accru l’aridité et réduit les surfaces arborées. C’est pendant cet épisode que l’on voit apparaître deux lignées nouvelles qui s’enracinent au sein des Australopithèques et qui correspondent à deux réponses adaptatives différentes à ces changements environnementaux. La première est apportée par le genre Paranthropus, parfois appelé « Australopithèque robuste », en raison de son système masticateur et non de sa taille. La seconde est celle des premiers représentants du genre Homo auquel appartient notre espèce." (...)

L’analyse des microstries d’usure dentaire montre que Paranthropus robustus consommait des aliments durs, comme le font aujourd’hui les babouins dans les savanes. (...) L’idée la plus communément admise est que l’apparition du genre Homo correspond à une réponse adaptative originale et différente de celle des Paranthropes face à une aridité croissante : un changement de régime alimentaire qui inclut de plus en plus de viande. À cette évolution, on associe les modifications de la denture qui caractérisent ses premiers représentants, l’accroissement du volume cérébral et la production d’un outillage en pierre primitif qui devient de plus en plus présent dans le registre archéologique à partir de 2,6 millions d’années. Il faut cependant souligner que, si les comportements de prédation sont bien établis à partir de 1,9-1,8 million d’années, ils ont laissé des traces très discrètes dans les sites africains plus anciens. 

Les données de la chimie isotopique montrent aussi que les premiers représentants du genre Homo exploitaient des environnements assez comparables à ceux où évoluaient les Australopithèques. Ce n’est que plus tard que l’on trouvera Homo erectus et Paranthropus boisei dans des milieux franchement ouverts."

Et nous gagnons le Collège de France, le 6 novembre 2018 pour le cours de Jean-Jacques Hublin, les origines de la chasse.

Pour prolonger :

Sa leçon inaugurale a été publiée chez Fayard en 2017 sous le titre, Biologie de la culture : paléoanthropologie du genre Homo

Plus récemment, il a contribué à « Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances », sous la direction de Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, aux éditions La Découverte/Inrap.

Intervenants
  • Paléoanthropologue, professeur au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology de Leipzig, titulaire de la chaire Paléoanthropologie au Collège de France.
L'équipe
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