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Fronton ouest égéen du Temple d'Aphaïa (Grèce) 500-490 av. JC, dieux (Athéna, au centre) combattant parmi les soldats grecs (Ajax, à droite) et troyens
Épisode 8 :

Eudaimôn : mot-clé pour comprendre daimôn

58 min
À retrouver dans l'émission

Comment les dieux grecs sont-ils ceux qui vivent facilement, toujours bienheureux ? Comment ces dieux sont-ils à l'origine des biens et des maux de la Terre et comment peuvent-ils faire des hommes des êtres bons ou mauvais ? s'interroge l'historienne Vinciane Pirenne-Delforge.

Fronton ouest égéen du Temple d'Aphaïa (Grèce) 500-490 av. JC, dieux (Athéna, au centre) combattant parmi les soldats grecs (Ajax, à droite) et troyens
Fronton ouest égéen du Temple d'Aphaïa (Grèce) 500-490 av. JC, dieux (Athéna, au centre) combattant parmi les soldats grecs (Ajax, à droite) et troyens Crédits : PHAS/Universal Images Group via Getty Images - Getty

Nouvelle diffusion du 22 novembre 2019

Comment un humain eudaimôn est-il « aimé des dieux immortels » ? En quoi ce terme d’eudaimôn est-il clé pour comprendre justement le daimôn ? S’interroge l’historienne Vinciane Pirenne-Delforge

Après avoir mené longtemps sa carrière en Belgique, Vinciane Pirenne-Delforge est professeure au Collège de France, depuis octobre 2017, Titulaire de la chaire "Religion, histoire et société dans le monde grec antique". Docteure en philosophie et lettres, de ses premiers travaux sur Aphrodite à son livre sur la déesse, Héra, Vinciane Pirenne-Delforge s’attache, depuis 30 ans à "comprendre les mécanismes de fonctionnement du polythéisme dans le monde grec ancien." Elle interroge les entités des "Dieux, des daimones et des héros" dans le cadre d’une série pluri-annuelle. La première partie de cette série s’attache notamment à la notion complexe et polyvalente du daimôn.L'historienne et anthropologue rappelle la formule du poète Theognis 

Un humain eudaimōn est 'aimé des dieux immortels' (Théognis, Élégies, vers 653, trad. J. Carrère)

Elle ajoute :

"Dans ses Élégies qui font se succéder des sentences gnomiques et moralisantes où le terme daimōn a sa place, on perçoit clairement la valeur distributive des actions de daimones à qui est rapportée la répartition des biens et des maux dans la vie humaine."

L'historienne cite les vers de Théognis  :

"Bien des gens sans noblesse d’âme ont la faveur d’un daimôn bienveillant, qui fait tourner à leur profit ce qui semblait devoir leur nuire ; il en est d’autres que, malgré leurs sages desseins, un mauvais daimôn met à dure épreuve, et dont les entreprises restent sans succès.

Aucun homme n’est prospère, indigent, mauvais ou bon, sans un daimôn ( Théognis, Élégies, 161-172, trad. modifiée)

Mais les dieux ne sont pas en reste. Vinciane Pirenne-Delforge indique :

"Cependant, quand il s’agit de prier pour obtenir un sort favorable, c’est à un dieu spécifique que le poète s’adresse, quitte à solliciter l’envoi d’un daimōn." 

Ainsi Théognis écrit :

"Du moins exauce, ô Zeus Olympien, ma prière qui vient à son heure et accorde-moi, après tant de maux, quelque bien [...] Car enfin, tel est mon sort : je ne vois point venir le châtiment de ceux qui m’ont dépossédé [...] Puissé-je boire leur sang noir ! Qu’un daimôn favorable veille, qui accomplisse ce que je médite." (Théognis, Élégies, 341-350, trad. d’après J. Carrère)

Vinciane Pirenne-Delforge note :

"Cette hiérarchisation crée les conditions de la cristallisation de la puissance d’un dieu sous forme d’un agent spécifique telle qu’elle apparaît dans "l’Odyssée" et chez Sappho (« Le poème des frères », v. 27-20)."

Poursuivant son analyse au plus près des mots et des textes, elle compare :

"Les affirmations élégiaques et gnomiques avec l’expression de la condition humaine telle que la mettent en scène la "Théogonie" et "Les Travaux et les Jours" afin de voir à l’œuvre les glissements entre statut divin et action démonique rapportée à un dieu."

Son analyse s'ouvre enfin à l'oeuvre du poète Pindare qui écrit dans Néméennes (IX, 1-7) :

"Il y a la race des hommes, il y a la race des dieux. À la même mère nous devons de respirer, les uns comme les autres ; mais nous sommes séparés par toute la distance du pouvoir qui nous est attribué. L’humanité n’est que néant, et le ciel d’airain, résidence des dieux, demeure immuable. Cependant, nous avons quelque rapport avec les Immortels par la sublimité de l’esprit et aussi par la phusis, quoique nous ignorions quelle voie le destin a tracée pour notre course, de jour comme de nuit." (trad. d’après A. Puech)

Enfin, l'historienne souligne :

Les Épinicies de Pindare élargissent encore le champ de vision en plaçant la distinction entre dieux et mortels dans le registre de la puissance et de l’action des premiers sur le cours de la vie des seconds (Pythiques XII, 28-31 ; III, 31-35 ; V, 116-124). Cette action, qu’elle soit positive ou négative, passe à nouveau par le biais de l’action démonique. Et quand cette dernière est positive, l’humain est bel et bien eudaimōn. »

Mais tout de suite Vinciane Pirenne-Delforge rend hommage à Marcel Detienne, philologue et grand helléniste, un anthropologue comparatiste…

Nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 28 février 2019 pour "Eudaimôn : mot-clé pour comprendre daimôn".

Intervenants
  • Historienne, professeur au Collège de France. Elle est titulaire de la Chaire Religion, Histoire et Société dans le Monde Grec Antique.
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