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Extrait du film "Metropolis" de Fritz Lang, la séquence dans l'usine, associée à un gros plan d'une main analysant les données boursières sur un écran. A. Supiot analyse la mise en place d'un « ordre normatif entièrement régi par le calcul ».
Épisode 1 :

Du gouvernement des hommes : de l'imaginaire horloger à l'ordinateur

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment l’analyse juridique peut-elle contribuer à éclairer les transformations de nos sociétés, travaillées par la globalisation, la révolution numérique et le passage, selon sa formule du "gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres" ? s'interroge le juriste Alain Supiot.

Extrait du film "Metropolis" de Fritz Lang, la séquence dans l'usine, associée à un gros plan d'une main analysant les données boursières sur un écran. A. Supiot analyse la mise en place d'un « ordre normatif entièrement régi par le calcul ».
Extrait du film "Metropolis" de Fritz Lang, la séquence dans l'usine, associée à un gros plan d'une main analysant les données boursières sur un écran. A. Supiot analyse la mise en place d'un « ordre normatif entièrement régi par le calcul ». Crédits : UFA/Jesada Wongsa/EyeEm/Getty/Moneghetti

Dans l'actualité de la profonde remise en question de l'économie de marché et de l'approche budgétaire des domaines sensibles que sont la santé, la culture, et les services publics..., nous vous proposons  la rediffusion de la série d'Alain Supiot "Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres (1re diffusion en janvier 2017).

Les années 2015-2020 sont marquées par des sanglants attentats et les ondes de choc du terrible conflit syrien, par l’ébranlement du Brexit et les secousses de l’élection de Donald Trump, à la tête des Etats-Unis, et plus récemment le mouvement des gilets jaunes et les grandes grèves en France et aujourd'hui par une terrible pandémie qui nécessite le confinement de la plus grande partie de la population et le ralentissement, voire la mise à l'arrêt de pans entiers de l'économie mondiale. La « gouvernance par les nombres », cet l’idéal des « objectifs mesurables », de la statistique, de l’algorithme qui numérise tout et pourrait tout maîtriser… cet idéal serait-il bousculé par un retour de bâton de l’imprévisible ?

Alain Supiot, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire «État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités», fondateur en 2008 de l'Institut d'études avancées de Nantes, dont il préside aujourd'hui le comité stratégique, s’attache dans son approche transdiciplinaire et transnationale à rendre sa juste place  à cet imprévisible qui fait notre monde. Il montre quel parti nous pouvons tirer de l’analyse juridique dans la longue durée et dans une approche comparative. 

La série de cours que vous allez pouvoir suivre a fait l’objet d’un stimulant ouvrage, intitulé « La gouvernance par les nombres » chez Fayard, en 2015 (la publication en poche est prévue pour le printemps 2020). Cet ouvrage essentiel est publié dans la collection, joliment nommée « Poids et mesures du monde ». Alain Supiot la définit comme

"ouverte à des auteurs de tous les continents, qui ont en commun de considérer la diversité des systèmes de pensée, non pas comme un reste d’irrationalité dans un monde destiné à devenir uniforme, transparent et gérable, mais comme un support indispensable à l’institution de la raison, dans un monde destiné à demeurer divers et imprévisible".

Et c’est dans cet esprit qu’il ouvre ce matin sur la part indémontrable des sociétés, son « armature dogmatique », les systèmes de croyances, le fameux imaginaire collectif.

D'élections en élections,  marquées ces dernières années par les populistes qui battent campagne, la mondialisation  se trouve fortement questionnée, tandis que "l’ubérisation" et l’influence plus ou moins réfléchie des réseaux sociaux, voire les dérives numériques (les craintes de piratages, l'épineux enjeu de la protection des données personnelles…) sont redoutées.

Alain Supiot remet bien des questions en perspective et retourne quelques idées reçues. 

En 2008, dans une note pour le think tank, Notre Europe, il avertissait déjà :

"On aurait tort de ne pas prendre au sérieux ce que les dirigeants chinois appellent aujourd’hui « l’économie communiste de marché », car elle éclaire le cours pris par la globalisation. Nos notions de communisme, d’économie de marché ou de démocratie ne nous permettent en effet ni de comprendre la singularité des voies empruntées aujourd’hui par la Russie ou la Chine, ni de voir en quoi ces pays sont à l’avant-garde de tendances plus générales du nouveau capitalisme mondial. Elles ne sont pas davantage en mesure d’éclairer le "déficit démocratique" de l’Europe, ni l’effacement dans les pays occidentaux du politique au profit de la "gouvernance" à base d’indicateurs chiffrés et autres techniques de benchmarking."

Nous voici au cœur des enjeux. 

Alors comment est-on passé d’un imaginaire qui s’est donné comme "objet fétiche" l’horloge à "l’imaginaire cybernétique" ?

Nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 31 janvier 2013,  pour le cours d’introduction d’Alain Supiot àsa série intitulée « Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres ».

Alain Supiot, "La Gouvernance par les nombres", extraits de l'Introduction,  pp. 11 & 12
Alain Supiot, "La Gouvernance par les nombres", extraits de l'Introduction, pp. 11 & 12 Crédits : A. Supiot / S. Demirel (couverture) / Fayard

Pour prolonger :

Tribune d'Alain Supiot : «Aux Etats-Unis comme en Europe, le grand délitement de la démocratie», Le Figaro, 7 novembre 2016

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- La Fondation Hugo du Collège de France : présentation du séminaire : Les politiques publiques face à la crise des dettes souveraines, le 24 novembre 2015.

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Les Matins avec Daniel Cohen (partie 1) et Monique Canto-Sperber (partie 2).

Intervenants
  • Juriste, docteur honoris causae, professeur émérite au Collège de France
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