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Gisant de François II, cathédrale de Nantes, le double visage de la Prudence, à gauche et la Justice à droite. Au centre, détail du tableau "Les Joueurs de cartes" de Theodoor Rombouts,
Épisode 8 :

Juger : le passage de la prudence au calcul

1h
À retrouver dans l'émission

Quel choix rationnel opérer en cas d’incertitude pour les juristes? Comment le pari pascalien nous fait-il comprendre la dimension religieuse de la gouvernance par les nombres? Qu’est-ce que la prudence du juge? Alain Supiot ouvre la longue histoire de l’idée de remplacer le jugement par le calcul.

Gisant de François II, cathédrale de Nantes, le double visage de la Prudence, à gauche et la Justice à droite. Au centre, détail du tableau "Les Joueurs de cartes" de Theodoor Rombouts,
Gisant de François II, cathédrale de Nantes, le double visage de la Prudence, à gauche et la Justice à droite. Au centre, détail du tableau "Les Joueurs de cartes" de Theodoor Rombouts, Crédits : Wikicommons, Jibi44 / Web Gallery of Art (WGA) Residenzgalerie

Rediffusion du 18 janvier 2017

Pourquoi la notion de "société assurantielle" ? Comment le calcul des probabilités peut-il être à la fois descriptif et normatif ? Comment passe-t-on de la prudence au calcul dans le jugement ? Comment Condorcet a-t-il pu penser les prémisses de la globalisation et d’un droit universel ?

Alain Supiot, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire «État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités», fondateur en 2008 de l'Institut d'études avancées de Nantes, ouvre un nouveau volet du passage du gouvernement des lois à la gouvernance par les nombres et débute, aujourd’hui, la longue histoire de l’idée de remplacer le jugement par le calcul.

Le juriste, spécialiste du droit du travail, rappelle la procédure qui permet de convertir un conflit en litige , comment le « rôle du juge » consiste notamment à « peser » les témoignages. Alors que le juge va déployer la prudence, les pères du calcul de probabilités cherchent à donner « une estimation chiffrée de la vérité du fait rapporté ». Dès lors l’utilité l’emporte sur la connaissance. Ainsi le calcul des probabilités sert à prescrire. C’est l’exemple des questions de santé publique avec le double caractère de la maladie, qui est à la fois, fait social quantifiable et événement singulier privé. Alain Supiot rappelle la controverse sur l’inoculation de la variole, suivie par celle, au XIXe siècle, qui prône la moyenne numérique, approche défendue par les médecins hygiénistes, face à ceux qui mettent en avant l’expérience clinique et la connaissance exacte. Les probabilités qui servent à prescrire, c’est aussi le passage du pari hasardeux sur la vie au système de prévoyance des assurances vie.

Le juriste oppose le temps long de la prévoyance, de la prudence face au temps court de la spéculation. Alain Supiot interroge l’Etat social ou l’avènement d’une « société assurantielle », le rapport Privé/public, les buts lucratifs et non lucratifs et il montre comment la « foi dans les nombres supplante progressivement la confiance dans les personnes ». Dès lors, il s’agit d’adosser les lois au calcul et de fonder un droit uniforme et universel. Condorcet critique Montesquieu dans cette perspective, tandis que l’application des calculs de probabilités aux faits sociaux ne fait pas l’unanimité. Pourtant les usages modernes des méthodes de quantification se dessinent. Alain Supiot anticipe sur le cours suivant et nous présente les chiffres-contrôles de la Chine du classement de Shanghai et ceux de l’URSS, période Gosplan.

Dans une interview donnée au European Trade Union Institute, en 2010, Alain Supiot rappelle :

"Le principal adversaire de la science, c’est le scientisme. La tragédie du XXe siècle, c’est la foi dans des lois objectives qui gouverneraient nos destinées, qu’on croie les trouver dans la biologie – la loi de la race – ou dans l’économie – le communisme réel. À la fin de la dernière guerre, il y a eu un sursaut qui s’est manifesté dans de grands textes comme la Déclaration des droits de l’homme, qui nous disent que l’homme n’est réductible ni à sa viande ni à sa base économique. Et puis nous voyons aujourd’hui de nouvelles formes de scientisme apparaître. Partout, cette insistance sur le déterminisme biologique : l’économie qui se dissoudrait dans les mécanismes neuronaux…"

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, pour le cours dAlain Supiot, le 21 mars 2013, « Juger : le passage de la prudence au calcul »

Pour prolonger :

Les ressources en ligne autour d'Alain Supiot : bibliographie, conférences et entretiens, les résumés annuels des cours…

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La leçon inaugurale d'Alain Supiot, "Grandeur et misère de l’État social" sur France Culture et au Collège de France (lien vers le fichier vidéo).

Présentation de l'Institut d'études avancées Nantes

Intervenants
  • Juriste, docteur honoris causae, professeur émérite au Collège de France
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