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Fresque d'Ambrogio Lorenzetti, Palais communal de Sienne en Italie (1338), les "effets du bon gouvernement", mur est, partie gauche
Épisode 6 :

La tyrannie des rieurs

59 min
À retrouver dans l'émission

Qu'est-ce que la tyrannie des rieurs? Quel est le fonctionnement de la fiction politique, sa portée subversive? demande Patrick Boucheron. Qu'est-ce qui se joue dans la 25e des 'novelle' de Gentile Sermini, auteur siennois du début du XVe siècle qui met en scène Mattano, objet d'une cruelle 'beffa'?

Fresque d'Ambrogio Lorenzetti, Palais communal de Sienne en Italie (1338), les "effets du bon gouvernement", mur est, partie gauche
Fresque d'Ambrogio Lorenzetti, Palais communal de Sienne en Italie (1338), les "effets du bon gouvernement", mur est, partie gauche Crédits : A. Lorenzetti /Wikicommons

Mattano , "fils d'un riche vilain" pris dans "une mauvaise blague", une beffa, "travaille à sa propre mort sociale", souligne Patrick Boucheron, qui interroge "l'art politique de mettre les rieurs de son côté" et ce qu'il appelle la "tyrannie des rieurs" ? 

Qui était Giannino di Guccio, lainier siennois qui avait fabriqué des fausses lettres en 1358, l'affiliant au roi de France, Louis, et à la reine Clémence de Hongrie? Comment le faux roi par son stratagème dévoile-t-il d'un coup la nature de la royauté? 

Patrick Boucheron, titulaire de la chaire Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIᵉ-XVIᵉ siècle, renoue cette semaine avec la grande enquête autour des "Fictions politiques", initiée l’an passé. Il s’agit toujours, rappelle le médiéviste dans son texte de présentation, de les "envisager comme des formes narratives de la théorie politique, susceptibles de produire des effets de vérité sur le présent et d’en partager l’expérience à partir d’un passé historique". 

Mais il s’agit désormais de le faire à partir d’un corpus strictement limité : celui de la novellistica italienne qui, dans l’effet de souffle de la révolution narrative du Décameron de Boccace, constitue un genre littéraire propre aux sociétés urbaines de l’Italie communale et post-communale, en Toscane notamment".

"De Franco Sacchetti a Matteo Bandello, en passant par Giovanni Sercambi, le pseudo-Gentile Sermini et tant d’autres, souvent anonymes, cette littérature des novelle permet de saisir, notamment à l’épreuve de la beffa, c’est-à-dire du pouvoir subversif de la dérision, les mécanismes d’une société politique en crise. On tentera d’en dresser le portrait historique, en prenant la mesure des rapports entre expérience seigneuriale et tradition communale".

A la fin du cours précédent, l'historien annonçait qu'il fallait 

"aborder d’autres fictions politiques, en se plongeant dans cette littérature médiévale qui, lorsqu’elle ne s’élève pas à la hauteur de l’épopée ou de la poésie lyrique, hésite toujours entre contes à rire et contes à rêver. Et c’est sur la crête même de cette hésitation que se situe peut-être le genre de la novellistica."

Le cours précédent, sur l'engagement communal et la rivalité entre Boccace et Pétrarque, s'achevait sur le fait que 

"Nous butions sur l’impossibilité de définir un profil sociologique de l’auteur de nouvelles, permettant de saisir ce paradoxe sartrien de l’engagement littéraire — puisque l’on a vu que Pétrarque avait mis à l’épreuve la notion même d’engagement communal, préfigurant le grand dilemme du XVe siècle — entre déclassement social et aspiration esthétique à une aristocratie fictive de créateurs désintéressés. Je vous avais promis, pour sortir de cette difficulté, une petite ruse — elle consiste à étudier la manière dont, dans une nouvelle du XVe siècle, une compagnie de rieurs se met en travers d’une ascension sociale pour la châtier, corriger l’ambitieux qui veut s’arracher à sa condition, le remettre à sa place, et assurer, par le rire, la tyrannie des habitus — comme si la bonne blague était ici une remise en ordre par le bruit".

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 6 février 2018  pour le cours de Patrick Boucheron, aujourd’hui "La tyrannie des rieurs"

Fresque d'Ambrogio Lorenzetti, Palais communal de Sienne, (1338), les "effets du bon gouvernement à la campagne". Patrick Boucheron évoque cette scène de la fresque à propos de l'arrivée de Mattano, venu du "contado" dans la nouvelle de Sermini.
Fresque d'Ambrogio Lorenzetti, Palais communal de Sienne, (1338), les "effets du bon gouvernement à la campagne". Patrick Boucheron évoque cette scène de la fresque à propos de l'arrivée de Mattano, venu du "contado" dans la nouvelle de Sermini. Crédits : A. Lorenzetti /Wikicommons

Pour prolonger :

  • la page du cours du 6 férier  propose les références des oeuvres présentées et de nombreuses citations.
  • La nouvelle de Gentile Sermini a été "traduite en annexe d'un chapitre de la thèse d'Odile Redon, L'espace d'une cité. Sienne et le pays siennois (XIII-XIVe siècles), paru à Rome en 1994", précise Patrick Boucheron.
Intervenants
  • Historien, professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire d’histoire des pouvoirs en Europe occidentale (XIIIe-XVIe siècle) et producteur de l'émission "Matières à penser" sur France Culture
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