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M. Bloch, "Les Rois Thaumaturges" et E. Kantorowicz, "Les deux corps du roi"
Épisode 4 :

Rompre le charme du théologico-politique

58 min
À retrouver dans l'émission

Comment rompre le charme du théologico-politique? Pourquoi Ernst Kantorowicz et Marc Bloch lisent-ils pour "se délier"? Faisait-on de la politique dans le jardin d’Eden? Patrick Boucheron analyse comment la double corporéité des rois peut être une fiction qui se retourne contre la royauté.

M. Bloch, "Les Rois Thaumaturges" et E. Kantorowicz, "Les deux corps du roi"
M. Bloch, "Les Rois Thaumaturges" et E. Kantorowicz, "Les deux corps du roi" Crédits : Aramand Colin / Princeton University Press

Dans le cadre de sa série, « Fictions politiques », Patrick Boucheron, titulaire de la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIᵉ-XVIᵉ siècle, poursuit aujourd’hui ce qu’il a appelé l’ "Archéologie des erreurs collectives".

Revenant sur sa vocation et son travail d’historien, pour Télérama en 2015, Patrick Boucheron, expliquait :

"Je suis devenu médiéviste en aimant non pas le Moyen Age, mais ceux qui en écrivaient l'histoire. Georges Duby, Jacques Le Goff, d'autres encore : j'aimais lire les livres de ces maîtres de ­liberté qui installaient leur art de pensée et permettaient de se faire tour à tour anthropologue, sociologue ou géographe de son sujet".

Nous retrouvons en Patrick Boucheron, ce grand lecteur pluridisciplinaire et curieux, des travaux d’hier et d’aujourd’hui. S’il se concentre sur les deux itinéraires de Marc Bloch et d’Ernst Kantorowicz pour "désapprendre", nous présentant notamment le travail de critique radicale d’ Ernst Kantorowicz, de son Frédéric II, publié en 1927 - livre culte des nazis, le « remord du savant fourvoyé en politique », avant d’écrire contre lui-même, Les Deux corps du roi en 1954. Il s’agit pour le Français et l’historien allemand de « rompre le charme du théologico-politique ». La plongée dans le Moyen Age, le questionnement de la légitimité surnaturelle du pouvoir, permettent-ils de déniaiser notre présent ?

A Gilles Heuré pour Télérama, Patrick Boucheron explique :

"sa génération, à la suite de Michel Foucault, cherchait d'abord à faire l'histoire des problématisations – à se demander, pour chaque époque, « où est le problème ? » –, et à s'interroger sur ce que nous sommes en train de devenir : si notre présent est du passé accumulé, et si ce que l'on nomme Moyen Age est sa couche la plus ancienne mais toujours active, en écrire l'histoire est une autre manière de dire l'aujourd'hui."

Pour sa leçon inaugurale, le 17 décembre 2015, Patrick Boucheron évoquant la période qu’il a choisie « XIIIe-XVIe siècle » indique que l’on peut « déborder » ce temps, « l’occuper à sa guise », « le déplacer. »

"L’histoire, dit-il, peut aussi être un art des discontinuités. En déjouant l’ordre imposé des chronologies, elle sait se faire proprement déconcertante. Elle trouble les généalogies, inquiète les identités et ouvre un espacement du temps où le devenir historique retrouve son droit à l’incertitude, se faisant accueillant à l’intelligibilité du présent". L’archéologie du passé accumulé "vise les couches toujours actives –utiles en somme, à une compréhension du fait politique aujourd’hui".

Le corps mortel du roi se trouve investi par le corps immortel de la royauté qui le transcende, rappelle le médiéviste et nous gagnons l’Angleterre élisabéthaine pour découvrir la fiction juridique qui culmine à ce moment-là tandis que le Richard II que cite avec passion Patrick Boucheron s’avère la tragédie shakespearienne des « deux corps du roi ». Qu’est-ce que perdre le nom de roi ?

Questionner la fiction théologico-politique, c’est aussi mettre en valeur l’influence de l’écriture des Evangiles. Aux vies parallèles antiques, s’oppose la biographie plurielle d’un individu chrétien. C’est la « révolution normative du christianisme » : qu’est-ce qu’une norme qui s’exprime par le récit plutôt que par le commandement et qu’est-ce qu’une narration lorsqu’elle est capturée par l’ordre normatif ?

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, les 24 et 31 janvier 2017.

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  • Historien, professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire d’histoire des pouvoirs en Europe occidentale (XIIIe-XVIe siècle)
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