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 Solon (638-559 av.JC), homme d'État, législateur et poète. Auteur de réformes constitutionnelles majeures (Le Tribunal du peuple ou Héliée, par ex.), il est considéré comme le père de la démocratie athénienne.
Épisode 3 :

La généalogie de la démocratie économique

59 min
À retrouver dans l'émission

Quels sont les antécédents historiques et juridiques de la démocratie économique ? S’interroge le juriste Alain Supiot, qui analyse les liens étroits et anciens entre la face politique et la face économique de la démocratie.

 Solon (638-559 av.JC), homme d'État, législateur et poète. Auteur de réformes constitutionnelles majeures (Le Tribunal du peuple ou Héliée, par ex.), il est considéré comme le père de la démocratie athénienne.
Solon (638-559 av.JC), homme d'État, législateur et poète. Auteur de réformes constitutionnelles majeures (Le Tribunal du peuple ou Héliée, par ex.), il est considéré comme le père de la démocratie athénienne. Crédits : Buste antique de la collection Farnese, aujourd'hui à Naples (Wikicommons)

Alain Supiot, titulaire de la chaire État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités, membre de la Commission mondiale sur l'avenir du travail, nous entraîne dans une grande réflexion autour des "Figures juridiques de la démocratie économique", dans le cadre de sa série de cours donnés en 2016. Depuis le cours précédent, il analyse la généalogie de cette notion de "démocratie économique".

Il a rappelé que :

La démocratie est l’une des réponses inventées par l’humanité à la question de l’imposition dans une société donnée de règles de vie devant être respectées par tous ses membres. C’est une question vitale pour l’espèce humaine et qui ne se pose qu’à elle. 

Il a notamment montré comment « la démocratie désigne un type particulier d’assemblée de paroles » et pourquoi « les sociétés humaines ne sont pas réductibles à des troupeaux et les communautés politiques à un « vivre ensemble ». 

Comme le montre l’expérience des enfants sauvages, avait-il souligné, les hommes ne peuvent accéder à la raison sans la société, et ils ne peuvent faire société sans se soumettre à une Référence commune, c’est-à-dire sans obéir à une logique de l’interdit qui leur permet d’échanger des paroles plutôt que des coups. 

Reprendre la question de la démocratie à ce niveau élémentaire permet de comprendre ce qui la rapproche et ce qui la distingue des autres formes d’organisation politique. Ce qui la rapproche, c’est la nécessité d’une référence commune et la logique de l’interdit. Ce qui la distingue, c’est la façon de poser ces interdits. 

Enfin Alain Supiot achevait son analyse sur ce stimulant rappel : 

La démocratie naît d’une pratique plutôt rare, mais dont la Grèce ancienne n’a pas eu le monopole, qui consiste pour les hommes libres d’une société donnée, à s’assembler pour décider ensemble et sur un pied d’égalité des affaires communes. D’où le droit pour chaque membre de cette assemblée de contribuer à l’édiction de la norme en contredisant le cas échéant le point de vue de ses pairs. Ce point aussi est à garder en mémoire. Il y a dans la démocratie ce que Chantal Mouffe nomme une dimension agonistique, qui n’a – au plan juridique - nulle part été autant prise en compte qu’en droit du travail.

De la passionnante société traditionnelle des Ochollo en Afrique, à l’Inde qui s’est créée une tradition démocratique, et à la Grèce du sage réformateur et poète, Solon, confronté à une cité d’Athènes déchirée par les inégalités économiques, nous plongeons dans les multiples racines et formes de la démocratie. 

Alors quel rôle a pu jouer l’effacement des dettes des pauvres et comment la démocratie exige-t-elle des citoyens vertueux et une éducation qui ait pour modèle le service de l’interêt général et non l’enrichissement personnel ? 

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 18 novembre  2016, pour le cours d’Alain Supiot.

Intervenants
  • Juriste, docteur honoris causae, professeur émérite au Collège de France
L'équipe
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