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Calendrier positiviste dans la chapelle de l'Humanité, édifice religieux conçu par le philosophe Auguste Comte (1798-1857)
Épisode 5 :

Des bases juridiques médiévales de la démocratie aux bases dogmatiques de l’époque moderne et jusqu'à aujourd'hui

59 min
À retrouver dans l'émission

Que reste-t-il des expériences de la démocratie de la Grèce ancienne et des expériences médiévales de l’époque moderne à aujourd’hui ? S’interroge le juriste Alain Supiot. Quelle est l’actualité des bases dogmatiques de la démocratie ?

Calendrier positiviste dans la chapelle de l'Humanité, édifice religieux conçu par le philosophe Auguste Comte (1798-1857)
Calendrier positiviste dans la chapelle de l'Humanité, édifice religieux conçu par le philosophe Auguste Comte (1798-1857) Crédits : Jean-Pierre Dalbéra (Wikicommons)

Comment la Révolution française a-t-elle tentée d’ériger la Raison, en Référence suprême en la déifiant et en lui rendant un culte ? Enfin, comment la Référence à l’Humanité a-t-elle joué un rôle du XIXe au XXe siècle ? Pourquoi faut-il affronter la contradiction entre la science moderne et l’humanisme, quand on analyse le régime démocratique ? 

Alain Supiot, titulaire de la chaire État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités, membre de la Commission mondiale sur l'avenir du travail, nous entraîne dans une grande réflexion autour des Figures juridiques de la démocratie économique ». Afin de « comprendre la spécificité de la culture démocratique occidentale dans le contexte actuel de la globalisation », il interroge la généalogie de cette notion de démocratie économique.

Dans le cours précédent, le juriste a montré qu’« au Moyen Age comme dans l’Athènes du Vème siècle, la démocratie urbaine a été indissolublement politique et économique et adossée à la religion. » 

Il a pu ainsi présenter des travaux analysant les monastères, comme communauté religieuse et économique, comme des proto-entreprises, ayant élaboré, selon ses mots le 1er code de travail… Il avait cité l’adage : « ce qui concerne tous doit être discuté et approuvé par tous. »

Analysant les grands apport des médiévaux à notre conception de la démocratie, Alain Supiot avait rappelé et je le cite, que : 

Dans le christianisme des origines, l’ecclesia était donc appelée à délibérer selon des procédures qui universalisaient le modèle démocratique grec. Cette universalisation — dont le projet continue d’animer aujourd’hui les démocraties occidentales — se traduisait par une double extension, territoriale et personnelle, du champ d’application de la démocratie. Extension territoriale puisque le message de l’Eglise s’adressait au monde entier ; et extension personnelle puisque tous les chrétiens  en étaient membres à parts égales, indépendamment de leur nationalité, de leur condition sociale et de leur sexe. (…).

L’autre grand apport des institutions médiévales est le recours à l’élection au sein de l’Eglise. 

Pour les canonistes médiévistes, avait souligné le juriste, l’assemblée de paroles doit permettre, selon la maxime Vox populi vox Dei, d’identifier le bien commun. Ils sont en cela les continuateurs des Grecs. Mais le recours aux idées de consentement et de contrat portait aussi en germe une autre conception de la démocratie, dont l’objet serait moins d’identifier un bien commun s’imposant à tous que de trouver un compromis ménageant les intérêts de chacun. 

Après avoir analysé l’apport du droit canonique, Alain Supiot avait ouvert la question des cités marchandes et de la contribution du droit communal aux origines de la démocratie. Il avait notamment montré comment la mise en place des modes d’élection des magistrats d’une incroyable complexité, avait répondu au souci de « La plupart des cités italiennes, d’éviter l’accaparement du pouvoir par les plus riches ou sa captation par certaines factions ou familles. »

Alors comment le creuset de la démocratie communale a-t-il été de nature économique au Moyen Age ? Comment la croyance en Dieu et dans la force obligatoire de la parole donnée a-t-elle permis aux marchands médiévaux d’inventer la plupart des outils juridiques du capitalisme ? 

Nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 2 décembre  2016, pour le cours d’Alain Supiot.

Intervenants
  • Juriste, docteur honoris causae, professeur émérite au Collège de France
L'équipe
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