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Gérard Berry au Collège de France

Gérard Berry : Pourquoi et comment le monde devient numérique

58 min
À retrouver dans l'émission

L'algorithme devient incontournable. Le numérique est partout. C'est une révolution avec ses clichés qu'il faut dépasser et une science informatique qu'il faut enseigner. Le passeur et informaticien, Gérard Berry nous dit "Pourquoi et comment le monde devient numérique" (leçon du 17 janvier 2008).

Gérard Berry au Collège de France
Gérard Berry au Collège de France Crédits : Patrick Imbert / Collège de France

Rediffusion du 16 juillet 2016.

Etat des lieux d’une recherche, la leçon inaugurale présentée au Collège de France est aussi le reflet des changements de notre monde et de nos cultures. Hier, nous nous sommes penchés sur l'Etat social et les enjeux liés à la mondialisation avec Alain Supiot. Le grand juriste notait

"Avec la révolution numérique, c’est un nouvel imaginaire qui domine nos sociétés. L’objet fétiche, sur le modèle duquel le monde est conçu, n’est plus l’horloge et son jeu de forces mécaniques, mais l’ordinateur et sa puissance de calcul." L'algorithme devient incontournable et Alain Supiot marquait ses réserves quant au "rêve cybernétique de mise en pilotage automatique des affaires humaines".

Aujourd'hui nous explorons cette révolution avec Gérard Berry pour sa leçon inaugurale, "Pourquoi et comment le monde devient numérique" (Chaire d'Innovation technologique Liliane Bettencourt) le 17 janvier 2008 au Collège de France (lien vers les supports powerpointillustrant cette leçon).Pour le présenter, citons ses collègues, Serge Abiteboul (Inria), Laurent Fribourg (CNRS) et Jean Goubault-Larrecq (École normale supérieure de Cachan) quand il a reçu la médaille d'or du CNRS en 2014 (Le Monde, 17 déc. 2014) :

"C’est un chercheur en informatique qui vient de recevoir la plus haute distinction scientifique française toutes disciplines confondues. Les informaticiens sont rares à avoir été ainsi honorés : ce n’est que la seconde fois, après Jacques Stern en 2006. Gérard Berry est un pionnier dans un nombre considérable de domaines informatiques : le lambda-calcul, la programmation temps réel, la conception de circuits intégrés synchrones, la vérification de programmes et circuits, l’orchestration de services Web. Il a été l’un des premiers informaticiens académiciens des sciences, le premier professeur d’informatique au Collège de France."

D'abord titulaire d'une chaire annuelle dans la vénérable institution, il anime aujourd'hui une chaire permanente "Algorithmes, machines et langages"Polytechnicien, il a été chercheur enseignant à l'Ecole des Mines, puis à l'INRIA (Instititut ) et Directeur technologique de la société Esterel Technologie.Pour la remise de cette médaille d'or du CNRS. Gérard Berry expliquait :

" A la fin du 20e siècle, l’informatique a réalisé une percée fulgurante, due aux progrès exponentiels de l’électronique bien sûr, mais aussi au fait que la science informatique est une science de construction qui ne rencontre pas les obstacles des sciences naturelles, dont les objets d’étude ne dépendent pas de nous. Mathématique dans sa théorie, mais avec un système de pensée qui lui est propre, l’informatique implémente sans délai ses découvertes dans les systèmes artificiels qu’elle construit. Un bon exemple est celui des premiers moteurs de recherche, développés en quelques mois, immédiatement mis en service, et qui ont changé le monde."

L'informatique est désormais ubiquitaire, les "pucerons", je cite Gérard Berry dans sa leçon, pour les puces électroniques, sont partout de la voiture aux prothèses médicales. Les avions sont beaucoup plus efficaces, "pilotés par des cerveaux moteurs". Il présente les différents domaines changés par le numérique.Au XXe siècle encore, le son, la photo, tout était "profondément disjoint", "la première chose du numérique, c'est de rejoindre". On enlève le fil, "la barrière de l'espace". On suit la révolution des algorithmes spécifiques, le numérique devient un grand foyer d'emplois, une "industrie lourde" qui coûte cher pour fabriquer les objets les plus petits et les plus légers, nous explique Gérard Berry. On entre dans les circuits, tout petits "mais aussi complexes" qu'un avion de ligne". Après la partie physique, en bon génie du logiciel, Gérard Berry nous fait marquer une étape sur ce qui fait marcher les machines et au passage il souligne combien l'interface homme-machine peut être un point de faiblesse.Et on se penche en particulier sur "l'un des grands problème de l'informatique", "l'invisibilité" et notamment ce qu'il appelle "la malencontreuse spécificité", le bug, cette infime erreur, glissée parfois dans une ligne de code d'un programme inutile et qui anéantit tout, comme pour la fusée Ariane 501 qui a explosé en vol, le bug est ce petit trou dans le logiciel que l'on ne voit pas, et Gérard Berry de conclure "A petits bugs grandes conséquences".Je reviens à l'hommage de ces collègues et je les cite :

"Comment éviter les bugs ? On peut bien sûr tester davantage les programmes. Cela permet de trouver beaucoup d’erreurs, mais combien d’autres passeront à travers les mailles du filet ? Une autre solution, c’est d’intervenir en amont dans le processus de création de programme, par exemple en fournissant aux informaticiens de meilleurs outils de conception, de meilleurs langages de programmation. C’est l’approche que prône Gérard Berry".

Ses collègues rappellent et cela non sans facétie qu'il est aussi régent de déformatique du Collège de Pataphysique." Et pour Gérard Berry, pataphysicien,

« L’informatique, c’est la science de l’information, la déformatique, c’est le contraire. »

Bibliographie

Pourquoi et comment le monde devient numérique

Pourquoi et comment le monde devient numériqueGérard BerryFayard - Collection Leçons inaugurales du Collège de France, 2008

Intervenants
  • informaticien, Professeur au Collège de France, membre de l'Académie des sciences
L'équipe
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