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Manifestation pour défendre l'hôpital public, le 14 novembre 2019 à Paris.

Grandeur et misère de l'Etat Social, leçon inaugurale d'Alain Supiot

58 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi l’organisation de la solidarité demeure-t-elle plus que jamais "une question d’avenir" ? s'interroge, inquiet, le grand juriste Alain Supiot. Comment repenser l'architecture de l'Etat social confronté à la crise sociale & écologique? Quelle clé de voûte demeure le statut accordé au travail?

Manifestation pour défendre l'hôpital public, le 14 novembre 2019 à Paris.
Manifestation pour défendre l'hôpital public, le 14 novembre 2019 à Paris. Crédits : AFP - STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Alain Supiot est désormais professeur émérite au Collège de France, titulaire de la chaire  État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités

Nous vous proposons de réentendre aujourd'hui, sa leçon inaugurale, intitulée, « Grandeur et misère de l’État social », prononcée en 2012, avant de revenir dans le cadre de la crise actuelle, à partir de mercredi, sur les "Figures juridiques de la démocratie économique" (partie I et partie II).

Dans sa très belle leçon de clôture au Collège de France, intitulée, Le Travail n'est pas une marchandise, Contenu et sens du travail au XXIe siècle, texte qui vient d'être publié aux Editions du Collège de France, Alain Supiot souligne l'aggravation de la crise sociale et écologique que nous vivons mondialement :

"Aucun déterminisme n’a présidé à cette grande invention juridique du XXe siècle que fut l’État social. Il fut la réponse démocratique à la paupérisation de masse, aux massacres déments et aux expériences totalitaires engendrées par la seconde révolution industrielle. C’est au cœur de ces désastres qu’en 1943-1944 des hommes et des femmes ont conçu le programme du Conseil national de la Résistance, d’où sont sorties les bases constitutionnelles de notre République sociale, que certains s’emploient aujourd’hui à « défaire méthodiquement ». "

"Mais cette déconstruction méthodique, qui est en marche depuis bien plus de deux ans, ne peut constituer un horizon politique mobilisateur, note-t-il. N’ayant d’autre perspective que le darwinisme social et la destruction des solidarités instituées démocratiquement, elle a pour seul effet l’aggravation des inégalités et la montée de ce que l’on nomme assez improprement les « populismes ». Ce n’est ni en défaisant l’État social ni en s’efforçant de le restaurer comme un monument historique que l’on trouvera une issue à la crise sociale et écologique. C’est en repensant son architecture à la lumière du monde tel qu’il est et tel que nous voudrions qu’il soit. Et, aujourd’hui comme hier, la clé de voûte de cette architecture sera le statut accordé au travail."   

En parallèle des mutations des figures juridiques, Alain Supiot s'est attaché à l’examen des bouleversements numériques ou du moins la critique de l’imaginaire cybernétique. Il se livre à une approche résolument interdisciplinaire,  qui mêle regard rétrospectif et actualité récente.

Dans sa Leçon inaugurale, Alain Supiot rappellait :

« L’invention de l’État social n’a pas été l’affaire des seuls juristes, mais a beaucoup emprunté aux sciences sociales naissantes, dont on pensait qu’elles étaient à même de donner une base solide à une juste organisation de la société. Le Collège de France a contribué à cette entreprise durant la première moitié du XXe siècle par la création de plusieurs chaires consacrées à l’histoire du travail, à la prévoyance et l’assistance sociales, ou à l’enseignement de la coopération. » 

Le juriste a rendu aussi hommage au précurseur Kafka qui s’est investi dans la « mise en œuvre de la loi sur les accidents du travail » dans les années 1880.

Aux rôles des autres disciplines s’est ajouté celui des pays pour répondre aux défis de la révolution industrielle : 

"Le droit du travail contemporain" a trouvé "ses racines doctrinales en Allemagne", rappelle-t-il, tandis que l’on doit au Royaume Uni "l’instauration d’un système universel de sécurité sociale" et à la France la "théorie des services publics". Avec la révolution industrielle, a poussé une "épaisse forêt de règles disparates", "dont certains annoncent aujourd’hui l’inexorable étiolement."

Spécialiste du droit social, fondateur à Nantes de l'Institut français d'études avancées, Alain Supiot défend la « valeur heuristique » du concept de « solidarité » pour étudier le sort de l’Etat Social à l’heure de la mondialisation. Il s’engage pour le droit du travail contre les diktats des « calculs économiques » ce qu’il appelle "la gouvernance par les nombres" pour reprendre le titre de son livre, paru chez Fayard en 2015, et de sa première série de cours au Collège de France.

Dans une interview donnée à Médiapart en mai 2016, autour de la loi El Khomri, il s’insurgeait :

« On parle aujourd’hui indifféremment de réforme du marché du travail ou du droit du travail, comme si le marché s’identifiait au droit ».

Alain Supiot l'affirme et le réaffirme de 2014, dans Le Monde Diplomatique à sa Leçon de clôture en 2019 : « l’organisation de la solidarité est une question d’avenir qui se pose en toute société et non un monument historique qu’on pourrait raser ou conserver en l’état. » 

Nous gagnons le Collège de France,  le 29 novembre 2012, pour la leçon inaugurale d'Alain Supiot, intitulée « Grandeur et misère de l’État social ».

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Présentation de l'Institut d'études avancées Nantes dont Alain Supiot est le fondateur en 2008 ; il en préside aujourd'hui le comité stratégique.

Intervenants
  • Juriste, docteur honoris causae, professeur émérite au Collège de France
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