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Hubert Robert - Projet d'aménagement de la Grande Galerie du Louvre (1796), département des peintures du musée du Louvre
Épisode 3 :

Patrimoine annexé (1794-1815)

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment le Musée central des Arts a-t-il été créé en 1793, le futur musée du Louvre, avec la volonté d’en faire le plus grand musée d’Europe et du monde? Qu’est-ce qui se joue en Europe, quand la Révolution française cherche à impressionner et met en avant l'universalisme? demande Bénédicte Savoy.

Hubert Robert - Projet d'aménagement de la Grande Galerie du Louvre (1796), département des peintures du musée du Louvre
Hubert Robert - Projet d'aménagement de la Grande Galerie du Louvre (1796), département des peintures du musée du Louvre Crédits : Wikicommons

Pourtant les débuts de ce nouveau musée ont été bien modestes, si on compare avec Dresde ou les Offices... 

Quelles sont les oeuvres d’art et les collections qui font leur entrée entre 1794 et 1813 au Louvre? Comment la théorie des prises de guerre a-t-elle été réactivée? Quelle est l’idée, sinon le discours officiel qui met en avant un "patrimoine libéré" des despotes? Comment des commissaires ont-ils été envoyés partout en Europe à la recherche d’oeuvres pour « nourrir » le musée Napoléon? Comment l’Europe entière s’est-elle beaucoup interrogée sur ces prises, ces spoliations, ces translocations d’oeuvres? 

Entrée triomphale des monuments des sciences et Arts en France ; fête à ce sujet : les 9 et 10 thermidor an 6.me de la République
Entrée triomphale des monuments des sciences et Arts en France ; fête à ce sujet : les 9 et 10 thermidor an 6.me de la République Crédits : Girardet et Berthault

Bénédicte Savoy, titulaire de la chaire internationale "Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, XVIIIe-XXesiècle", au Collège de France et Professeur à la Technische Universität de Berlin, nous entraîne, dans une grande enquête sur l’histoire du patrimoine européen et autour du déplacement des oeuvres d’art pour sa série, "Histoire transnationale des musées en Europe". 

Dans le cours précédent, elle a mis en avant, dans une Europe des Lumière qui prône le Bien commun, un bel espace de musées publics, à partir des collections princières, qui sont désormais ouvertes et exposées en libre accès, gratuitement, notamment en Italie et dans le Saint-Empire Germanique pour les habitants éclairés ou les voyageurs venus d’autres contrées. C’est aussi la création du British Museum, lui aussi public. 

Le départ d'Apollon et des Muses ou Adieu Paris
Le départ d'Apollon et des Muses ou Adieu Paris Crédits : British Museum

Il faut organiser des bibliothèques. […] Des bibliothèques et des musées formés avec choix sont en quelque sorte les ateliers de l’esprit. Il faut révolutionner les arts, rassembler tous les matériaux, tous les moyens, et transmettre cet héritage aux générations futures.l'Abbé Grégoire

Faire de Paris le grand cerveau de l’Europe.

Alors que les hommes et les oeuvres circulent partout en Europe et qu’un Montesquieu admire la galerie de Düsseldorf, comment l’année 1793, la Révolution et les guerres napoléoniennes vont-elles bouleverser cette géographie des musées en Europe? Quelle est la doctrine qui voit dans l’art, un produit de la liberté et pourquoi cet art devrait-il être rapatrié en France? 

Boissy d’Anglas proclame  :

"Que Paris donc soit la capitale des arts [...], l’asile de toutes les connaissances humaines et le dépôt de tous les trésors d’esprit. […] Il doit être l’école de l’univers, la métropole de la science humaine et exercer sur le reste du monde cet empire irrésistible de l’instruction et du savoir."

A ce Paris révolutionnaire et conquérant, l'historienne confronte, aujourd'hui et demain, le point de vue de ceux qui ont été privés de leurs chefs d'oeuvre. Avant de nous introduire aux débats qui ont agité toute l'Europe autour de ces saisies, elle revient sur la question centrale "Qui écrit l'histoire? " au travers de l'analyse engagée de Walter Benjamin :

"On se demande à qui précisément l’historien traditionnel s’identifie par empathie. On devra inévitablement répondre : au vainqueur. Or ceux qui règnent à un moment donné sont les héritiers de tous les vainqueurs du passé. L’identification au vainqueur bénéficie donc toujours aux maîtres du moment […]. Tous ceux qui à ce jour ont obtenu la victoire, participent à ce cortège triomphal où les maîtres d’aujourd’hui marchent sur les corps de ceux qui aujourd’hui gisent à terre. Le butin, selon l’usage de toujours, est porté par le cortège. C’est ce qu’on appelle les biens culturels. Ceux-ci trouveront dans l’historien un spectateur réservé. Car tout ce qu’il aperçoit en fait des biens culturels révèle une origine à laquelle il ne peut songer sans effroi […]. Car il n’est pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps un témoignage de barbarie. Cette barbarie inhérente aux biens culturels affecte également le processus par lequel ils ont été transmis de main en main."

Et nous gagnons le Collège de France, le 28 février 2018,  pour le cours de Bénédicte Savoy, "Patrimoine annexé (1794-1815)"

La Transfiguration, parmi les saisies du Louvre
La Transfiguration, parmi les saisies du Louvre Crédits : Raphaël

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Objets du désir, désir d'objets.

Objets du désir, désir d'objets Bénédicte SavoyCollège de France / Fayard, 2017

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