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"Lever de lune sur la mer", tableau de Caspar David Friedrich (1771-1840), peint en 1821, conservé au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg
Épisode 6 :

Solitude, récif, étoile

58 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi toute lecture est-elle un voyage? Comment chaque poète est-il un monde en soi? s’interroge William Marx. Quel serait l’éloge des passeurs & de la traduction pour le poète anglais John Keats? Qu’est-ce que le "nouveau inespéré" pour lui? Quelle a été l’influence de la découverte d'Uranus?

"Lever de lune sur la mer", tableau de Caspar David Friedrich (1771-1840), peint en 1821, conservé au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg
"Lever de lune sur la mer", tableau de Caspar David Friedrich (1771-1840), peint en 1821, conservé au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg Crédits : Caspar David Friedrich/Wikicommons

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de lettres classiques, titulaire de la chaire « Littératures comparées » du Collège de France, William Marx est spécialiste des traditions littéraires française, anglo-américaine, italienne et germanique comme des littératures grecques et latines.

Pour sa première série de cours au collège de France, le philologue historien de la littérature propose d’explorer ce qu’il appelle ““La bibliothèque des étoiles nouvelles" de l’Antiquité à aujourd’hui.

Dans sa leçon inaugurale, William Marx se demandait :

"Combien d’images dorment dans la mémoire de la littérature jusqu’à leur réactivation par l’événement futur ? Il s’agit pour notre historien de la littérature d’une « Réactivation du signifiant, mais aussi, d’une époque à l’autre, d’une culture à l’autre, d’une mutation du signifié, disait-il, si bien qu’il n’y a ici que l’apparence d’un stéréotype." 

"La littérature, souligne-t-il,  fonctionne comme un immense gisement d’images et de formes, en expansion constante, mais dont le sens est toujours susceptible d’être actualisé selon les circonstances. Le continuum entre le langage et notre expérience du monde, notre besoin ou notre désir d’un référent, confèrent à tout énoncé littéraire la capacité de se raccrocher à une portion de réalité. Nulle forme n’est dotée d’une signification ne varietur (sans rien changer) ou indépendante d’un contexte : là serait la limite de toute interprétation excessivement formaliste de la littérature."

William Marx rappelle en début de cours :

"Notre pérégrination à travers la "bibliothèque des étoiles nouvelles" nous a permis de rencontrer la dernière fois l'un des poèmes par excellence de la bibliothèque, - le poème qui rend justice aux vastes étendues dissimulées à l'intérieur de chaque volume composant la bibliothèque".

C'est le sonnet de John Keats,  « Après avoir ouvert pour la première fois l'Homère de Chapman », publié en décembre 1816.

William Marx a analysé de quelle façon l’arrivée de la traduction de l’Odyssée d’Homère par le poète élisabéthain George Chapman avait pu influencer la vision du monde de Keats et comment le jeune poète romantique avait tenté de rendre toute la magie qui lui appartient à la découverte du Nouveau Monde  par les Européens. 

Keats écrit : 

"[...]Souvent, j'avais eu vent d'une vaste étendue tenue en possession par Homère au grave front, mais jamais je n'avais respiré son air pur et serein, avant d'avoir entendu de Chapman, la voix haute et hardie. Je me sentis alors comme un guetteur des cieux quand une planète nouvelle traverse son champ de vision. Ou comme le vaillant Cortez, quand de ses yeux d'aigle, il contempla le Pacifique. Et que tous ses hommes échangeaient des regards pleins d'effarement, - en silence, sur un pic du Darien."

"Le Voyageur contemplant une mer de nuages" par Caspar David Friedrich, 1818, Kunsthalle Hamburg
"Le Voyageur contemplant une mer de nuages" par Caspar David Friedrich, 1818, Kunsthalle Hamburg Crédits : Caspar David Friedrich/ Wikicommons

William Marx explique à propos du sonnet de Keats : 

"L'Océan n'existe que lorsqu'il est pris en compte par un observateur. Et c'est cela que nous montre le poème. Il n'y a de monde qu'à travers le prisme d'une subjectivité, donc subjectivité de Chapman, de la voix de Chapman qui permet d'accéder à ce monde d'Homère, mais aussi subjectivités d'Homère lui même. Cet océan que découvre le navigateur, le lecteur ou le voyageur, c'est le texte, bien sûr, d'Homère. Mais par métonymie. Ce que découvre le lecteur ici, ce n'est pas l'Odyssée mais c'est Homère lui même. Ici la métonymie après la découverte de l'Homère de Chapman est  assez significative du fait que l'œuvre littéraire n'est que la manifestation d'un monde subjectif."

Le philologue-historien de la littérature poursuit son exploration du poème de Keats. Il analyse son allusion à la découverte de la planète Uranus en 1781 avant d'ouvrir une nouvelle question, qu’est-ce qui peut lier Keats à Mallarmé ?

Mais avant de replonger dans le sonnet de Keats, William Marx nous invite à visiter les bibliothèques de prestige dans le monde et à réfléchir sur l'espace qui abrite le livre.

Nous gagnons le Collège de France,  le 11 mars 2020 pour le cours de William Marx, aujourd’hui « Solitude, récif, étoile »

Bibliographie

Vivre dans la Bibliothèque du monde, Leçon inaugurale de William Marx

Vivre dans la bibliothèque du mondeWilliam MarxFayard / Collège de France, 2020

Intervenants
  • Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire "littératures comparées". Ecrivain français, essayiste, critique et historien de la littérature.
L'équipe
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