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La nébuleuse du Crabe observée en optique par le télescope spatial Hubble
Épisode 7 :

Quand partent les hommes et viennent les dieux

58 min
À retrouver dans l'émission

Par temps tragique, quel serait la tentation moderne de l’exil pour La Boétie, en quête d’étoiles qui ne sont pas les siennes? Qu’est-ce qui peut relier les étoiles nouvelles américaines aux étoiles antiques? William Marx achève d'analyser la longue histoire de la formule "les étoiles nouvelles".

La nébuleuse du Crabe observée en optique par le télescope spatial Hubble
La nébuleuse du Crabe observée en optique par le télescope spatial Hubble Crédits : NASA, ESA, J. Hester and A. Loll (Arizona State University)/Wikicommons

William Marx, titulaire de la nouvelle chaire « Littératures comparées », spécialiste des traditions littéraires française, anglo-américaine, italienne et germanique comme des littératures grecques et latines achève aujourd'hui son exploration de la "Bibliothèque des étoiles nouvelles", dans le cadre de sa première série de cours.

En fin de cours, William Marx indique :

"Nous voici donc parvenus au terme de ce parcours au sein de la "bibliothèque des étoiles nouvelles", à savoir l'ensemble des textes qui mentionnent cette image, quelle que soit leur langue, quelle que soit leur époque. Ce que démontre un tel parcours, c'est que les images ont beau, en apparence, être les mêmes, avec le même lexique ou presque, dans chaque texte, en réalité, la signification est différente. Les étoiles nouvelles sont en réalité très anciennes dans la culture des hommes. Ces étoiles nouvelles traîne derrière elles une très longue histoire et la littérature fonctionne comme un immense gisement d'images et de formes. Un gisement en expansion constante, mais dont le sens est toujours susceptible d'être actualisé selon les circonstances. Alors, il va de soi qu'on pourrait étendre cette bibliothèque de façon presque infinie, dans bien d'autres langues, dans bien d'autres époques que celles que j'ai évoquée".

Dans sa leçon inaugurale, l'historien de la littérature rappelait : 

"la bibliothèque mondiale rassemble une myriade de bibliothèques hétérogènes, chacune à envisager selon ses propres critères, ses propres hiérarchies et classifications. De même que les bibliothèques antiques étaient composées de deux sections, une grecque et une latine, la bibliothèque totale réunit virtuellement toutes les bibliothèques du monde, de chaque culture, de chaque pays, de chaque langue et de tous les temps. Nous n’en connaîtrons jamais qu’une partie infime, soulignait-il : la bibliothèque mondiale n’est pas une institution réelle, mais un concept opératoire, un instrument scientifique, un protocole de lecture, une façon particulière d’aborder les œuvres, une éthique de la connaissance. C’est une expérience de vie, en somme: celle d’un lettré".

Aujourd'hui, William Marx nous introduit dans la bibliothèque de Mallarmé, avant de se demander comment "la généalogie antique de l'image de l'étoile nouvelle rencontre l'expérience maritime et l'expérience historique de la découverte du Nouveau Monde." 

"Etienne de La Boétie, l'ami de Montaigne, fut peut être le premier à avoir utilisé le lieu commun antique de 'l'étoile autre' ou de 'l'étoile nouvelle' en tant que lieu commun pour désigner l'Amérique, pour désigner le Nouveau monde."

William Marx cite un poème très sombre de La Boétie, écrit en latin et marqué par la tentation de l'exil, tandis qu'il évoque une guerre civile, entre 1562 et 1563. Etienne de la Boétie écrit :

"Les divinités, elles mêmes, bien plus favorables, me conseillaient déjà la fuite, en désignant, au loin, les étendues inconnues de la terre australe. Alors, des marins embarqués sur la vaste mer virent des demeures vides et des royaumes déserts. Un autre soleil et des terres nouvelles. Ils virent briller dans un autre ciel des étoiles qui n'étaient pas les nôtres. (...) Alors que les dieux d'en haut s'apprêtaient d'un fer cruel à largement détruire l'Europe et à souiller, honteusement abandonnées, des terres veuves de paysans, une nouvelle contrée, semble-t-il, fut donnée aux peuples en fuite."

"En travaillant à une histoire et à une géographie différentielles du concept de littérature",  William Marx s'est donné pour but dans sa leçon inaugurale : 

"de provoquer chez le lecteur contemporain un sentiment d’étrangeté par rapport à lui-même, à déstabiliser ses systèmes de valeurs et sa vision du monde : non pas le simple dépaysement pour le dépaysement, mais un dépaysement visant à la défamiliarisation."

A la fin du cours précédent, notre philologue-historien de la littérature a rapproché "le pic Darien", dans le sonnet de Keats, On First Looking into Chapman's Homer, du "rien" de Mallarmé, dans le poème Salut Et c’est ce lien que nous retrouvons aujourd’hui.

"En réalité, explique William Marx, ce rapprochement de Keats et de Mallarmé ne doit rien au hasard. Mallarmé était professeur d'anglais et lecteur des romantiques et de Coleridge en particulier. (...) Comme quoi l'écho du rien que nous avons entendu, comme lecteur francophone, souligne en réalité un flux continu dans la poésie du dix neuvième siècle. Chez Keats aussi, comme chez Mallarmé, le poème, à savoir Homère est le continent. Le poème est l'infini du monde. C'est le poème qui suscite l'effarement premier et le mot 'd'effarement' vous l'avez dans le poème de Keats. Les deux poèmes, en effet, de Keats et de Mallarmé, possèdent une sorte d'absolu de la nouveauté poétique. Homère est pour Keats à la fois l'auteur le plus ancien et le continent le plus neuf, redécouvert à travers la traduction de Chapman. Quant à la nouveauté absolue de la poésie, elle se proclame presque avec arrogance dans le caractère ouvertement avant gardiste du poème de Mallarmé. Salut!"

Alors comment l’événement fait-il apparaitre un sens de vie, un idéal? Pourquoi l’étoile des rois mages est-elle solitaire ? Et quelles sont ces nouvelles étoiles invitées aux "palais du ciel", peut-être du côté de l’Asie ? Enfin quelles seraient les bibliothèques absentes ou fantômes ?

Nous gagnons le Collège de France,  le 19 mai 2020 pour le cours de William Marx, aujourd’hui « Quand partent les hommes et viennent les dieux »

Pour prolonger :

Salut, Stéphane Mallarmé

Rien, cette écume, vierge vers      
À ne désigner que la coupe;      
Telle loin se noie une troupe      
De sirènes mainte à l’envers.

Nous naviguons, ô mes divers      
Amis, moi déjà sur la poupe      
Vous l’avant fastueux qui coupe      
Le flot de foudres et d’hivers;

Une ivresse belle m’engage      
Sans craindre même son tangage      
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile      
À n’importe ce qui valut      
Le blanc souci de notre toile.

"1054 : le mystère de l’étoile invitée", par le groupe astronomique Spa : 

"le chant du cygne d’une étoile massive peut, dans un coin jusque là vide du ciel, faire apparaître une nouvelle étoile, une « étoile invitée » comme les avaient appelées les astronomes asiatiques. Nous allons nous pencher ici sur l’une de ces invitées exceptionnelles, SN 1054, qui a été la vedette de l’événement historico-astronomique le plus étudié, et est à ce jour la seule supernova de type II à avoir été observée dans notre Galaxie."

Bibliographie

Vivre dans la Bibliothèque du monde, Leçon inaugurale de William Marx

Vivre dans la bibliothèque du mondeWilliam MarxFayard / Collège de France, 2020

Intervenants
  • Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire "littératures comparées". Ecrivain français, essayiste, critique et historien de la littérature.
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