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 Détail : le roi Mûsâ du Mâli, en majesté. L’Atlas catalan, manuscrit sur vélin produit par des cartographes juifs de Majorque aux Baléares en 1375, fait figurer les régions d’Afrique s’étirant du littoral méditerranéen jusqu’au Sahel.

Leçons de l'histoire de l'Afrique, conférence inaugurale de François-Xavier Fauvelle

58 min
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Pourquoi les historiens de l’Afrique affectionnent-ils les indices et l’enquête? Quelle est la puissance heuristique de l’archéologie et l’enjeu formidable de "tant de passés encore enfouis dans le sol du présent"? Que nous apprend à faire l’histoire de l’Afrique? demande François-Xavier Fauvelle.

 Détail : le roi Mûsâ du Mâli, en majesté. L’Atlas catalan, manuscrit sur vélin produit par des cartographes juifs de Majorque aux Baléares en 1375, fait figurer les régions d’Afrique s’étirant du littoral méditerranéen jusqu’au Sahel.
Détail : le roi Mûsâ du Mâli, en majesté. L’Atlas catalan, manuscrit sur vélin produit par des cartographes juifs de Majorque aux Baléares en 1375, fait figurer les régions d’Afrique s’étirant du littoral méditerranéen jusqu’au Sahel. Crédits : Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Espagnol 30,

De quel "déni de l’historicité des sociétés africaines souffrent nos sociétés contemporaines" et pourquoi "la coprésence au monde" de l’Afrique, est-elle depuis longtemps méconnue?

Directeur de recherche au CNRS, titulaire depuis 2019 de la chaire « Histoire et archéologie des mondes africains », ancien directeur du laboratoire Traces à Toulouse, François-Xavier Fauvelle nous entraîne aujourd’hui, du Maroc à l’Afrique du Sud, mais aussi au Mali, et en Ethiopie, (où il a dirigé le Centre français d’études éthiopiennes à Addis Abeba, de 2006 à 2009), jusqu’aux cités swahilies au Kenya et en Tanzanie.

« Homme des carrefours », nous dit l’historien Patrick Boucheron, lorsqu’il l’accueille au Collège de France pour sa leçon inaugurale, il est « un découvreur, un narrateur », mais aussi, un « travailleur infatigable » et « un combattant de l’universalité des savoirs ». Patrick Boucheron poursuit: 

"Au-delà de la critique de l’afrocentrisme, qui risque de mettre la mémoire aux enchères [pour reprendre le titre d’un de ses livres], ses combats pour l’histoire consistent à rappeler qu’aucune discipline scientifique ne saurait tolérer un épistémé clivé. Si l’histoire est possible, alors elle est possible pour tous, partout, sur tous les continents, et j’ajouterai : du même ton".

Juliette Rigondet rappelle en ouverture du beau portrait qu’elle consacre à François-Xavier Fauvelle, pour le magazine l’Histoire, en 2017, qu’il use souvent de l’expression « Traverser le voile », « pour chercher la vérité et pour aller à la rencontre de l’Autre : un autre univers et de tout autres hommes ». 

Son mémoire de maîtrise, en philo, à la Sorbonne (Paris I), portait sur les utopies et les voyages. C'est finalement l'histoire [...] et le continent africain qui incarneront le mieux son désir d’altérité. 

Quand il présente sa chaire, François-Xavier Fauvelle souligne :

"La formidable diversité sociale de l’Afrique se laisse observer dans la variété des langues parlées à travers le continent, les systèmes d’organisation politique, les types d’économies, les formes religieuses, les techniques, les arts. Or, que nous dit cette diversité sinon qu’elle est le fruit d’une pluralité de trajectoires historiques, qui ont fait cohabiter les solides royaumes centralisés et les peuples pastoraux, les sociétés hautement urbaines et les communautés paysannes, transhumantes ou caravanières ? Les mondes africains – au pluriel – obligent à renoncer aux trop commodes catégories culturelles dont on aime à scander la chronologie (« Préhistoire », « Néolithique », « âge des Métaux », « sociétés à État »…). C’est l’une des leçons qu’offre l’histoire de l’Afrique à toute personne curieuse de l’histoire tout court". 

Dans un bel article pour le magazine l’Histoire, en mai 2018, François-Xavier Fauvelle s’attache à montrer que « l’Afrique est notre histoire ».

Vu d’Europe, le continent est parfois encore empreint d’images héritées de l’esclavage et de la colonisation.

Mais pour notre spécialiste de l’Afrique ancienne et médiévale, il s’agit de montrer le formidable apport de « l’étude méthodique des sources orales », de la lecture des textes (car l’écrit n’est pas absent), de la pluridisciplinarité, des fouilles archéologiques, en quête des pièces manquantes du passé ou à la recherche de villes et de peuples disparus. 

« Partout où elle passe, l’archéologie dérange les récits du passé » nous dit aujourd’hui François-Xavier Fauvelle.  

Le chercheur nous invite aujourd’hui à convoquer les ancêtres dans le présent, à les faire « converser les uns avec les autres ». 

Nous suivons dès l'ouverture de la leçon inaugurale les pas du grand voyageur Ibn Battûta parti de Fès, la capitale des sultans Mérinides, la dynastie berbère qui domine alors une partie du Maghreb, pour un long périple au « Pays des Noirs ». En 1352, notre grand voyageur a entamé un séjour de huit mois dans la capitale du Mali ». 

Or cette capitale décrite par Ibn Battûta résiste à l’historien-enquêteur. Pourquoi? 

Réponse au Collège de France, avec la leçon inaugurale de François-Xavier Fauvelle, le 3 octobre 2019, intitulée « Leçons de l’histoire de l’Afrique ».

Pour prolonger :

Sa leçon inaugurale a été publiée chez Fayard avec le Collège de France et elle est disponible en édition électronique.

Parmi ses nombreux ouvrages, 

- Le rhinocéros d'or : histoires du Moyen Age africain (chez Alma, puis en Folio en 2014) 

- Il a dirigé L'Afrique ancienne : 20.000 avant notre ère-XVIIe siècle chez Belin en 2018

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