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Bonaparte devant le sphinx, Jean-Léon Gérome, 1867–1868, Hearst Castle
Épisode 4 :

Les premiers signes d'engagement

59 min
À retrouver dans l'émission

Quel tournant, quel choc, quelle "gifle", quel "traumatisme" a pu représenter l’expédition d’Egypte en 1798 pour l’Empire Ottoman? Demande Edhem Eldem. Quelle a été la crise Egyptienne qui a aussi donné naissance à l’orientalisme ?

Bonaparte devant le sphinx, Jean-Léon Gérome, 1867–1868, Hearst Castle
Bonaparte devant le sphinx, Jean-Léon Gérome, 1867–1868, Hearst Castle Crédits : Wikicommons

Titulaire de la chaire internationale d'Histoire turque et ottomane au Collège de France, professeur à l’université du Bosphore, Edehm Eldem revient dans ce cours sur le "traumatisme" qu'a représentée la campagne d'Egypte :

"Si l'on veut donner une date charnière du moment où les Ottomans ont vraiment été convaincus de leur faiblesse, et de la nécessité qu'ils avaient de revoir leurs relations internationales, la diplomatie européenne, afin de survivre dans un monde où ils n'avaient plus pied, je pense que 1798 est un bon tournant."

Comment, depuis le centre de l'Empire Ottoman, à Constantinople, réagit-on à ce "coup de maître" ?

Edhem Eldem s’attache à montrer, dans le cadre de sa série consacrée à "L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident", le "changement sensible du rapport de forces au XVIIIe siècle" :

"tandis que les Ottomans, depuis la fin du XVIIe siècle, ont commencé à perdre prise, leurs interlocuteurs occidentaux, eux, se font de plus en plus puissants et, souvent, arrogants".

Cette arrogance va de pair avec l'émergence, en Occident, d'un regard d'antropologue sur le monde. L'historien commente ainsi les 10 volumes de la "Description de l'Egypte", compilée par les savants qui ont pris part à l'expédition d'Egypte :

"Ce méli-mélo du passé et du présent oriental, un peu figé dans le temps, c'est quelque chose que l'on associe facilement aux points forts de l'Orientalisme. C'est au cours de ces volumes, et de ces planches, que l'on voit cette symbiose entre une vision extrêmement claire des ruines, du passé - un travail d'archéologue, si vous voulez -, avec un travail d'antropologue, ou d'orientaliste".

Droite : Page de titre de l'édition de l'ouvrage "Description de l'Egypte" de 1809 / gauche : Frontispice d'une planche
Droite : Page de titre de l'édition de l'ouvrage "Description de l'Egypte" de 1809 / gauche : Frontispice d'une planche Crédits : Wikicommons

Quel est le caractère formaliste des innovations, comme les traductions d’Atlas pour l’empire ottoman, qui cherche les voies plus ou moins superficielles de la modernité?

Dans sa présentation pour le Collège de France, l’historien turc souligne que :

"L’expédition d’Égypte de Bonaparte (1798) est un tournant décisif dans l’histoire de l’Empire ottoman, mais aussi dans celle de la région tout entière ainsi que dans celle des rapports entre Orient et Occident. Élément fondateur de l’orientalisme savant (description de l’Égypte), coup d’envoi d’une politique coloniale française et britannique en Méditerranée et au Moyen-Orient, début de la formation d’un État moderne en Égypte, cet événement constitue, pour les Ottomans, un traumatisme dont ils ne se remettront jamais entièrement. Incapable de répondre à ce coup de force par les armes, la Sublime Porte se retrouve à la merci d’alliances internationales pour assurer sa propre survie dans un environnement de plus en plus menaçant." 

Face au nouveau jeu des puissances européennes, notamment française et anglaise, comment les Ottomans vont-ils inventer un système de décorations – ordres et médailles – à l’occidentale, afin de récompenser Nelson et ses braves qui les ont aidés pour la reconquête de l’Egypte, joyau de l’empire ottoman?

L'amiral Horatio Nelson qui arbore la "çelenk", récompense ottomane, sur son chapeau, Lemuel Francis Abbott, 1799, Greenwich Hospital Collection
L'amiral Horatio Nelson qui arbore la "çelenk", récompense ottomane, sur son chapeau, Lemuel Francis Abbott, 1799, Greenwich Hospital Collection Crédits : Wikicommons

"Les Ottomans ont été en quelque sorte forcés, par les Britanniques, de s'inventer un ordre de chevalerie, l'ordre dit "du Croissant", qu'eux-mêmes n'ont jamais utilisé, si ce n'est pour le distribuer à des officiers britanniques. (...) Contrairement à ce que l'on pense (...), le croissant et l'étoile n'est pas un symbole profondément turc, ou Ottoman. C'est à la fin du XVIIIème siècle, pendant cette période de modernisation, que les Ottomans ont commencé à utiliser des symboles qui se rapprochaient de la tradition occidentale, notamment dans la marine".

Le cours précédent s’était achevé sur un exemple qui permet ‘’une lecture critique de la nature de cette nouvelle modernité" ; le Tableau des nouveaux règlements de l’Empire ottoman de Mahmud Raif Efendi (1798), publié au moment même où l’Empire se voyait confronté à un des événements les plus marquants et traumatisants de la période ; l’expédition d’Égypte (1798), menée par un jeune général français du nom de Bonaparte, rappelle Edhem Eldem

S’appuyant sur les sources alternatives et stimulantes offertes par les peintures , Edhem Eldem nous plonge dans les enjeux de le perte du joyau égyptien.

Nous gagnons tout de suite l’amphithéâtre du Collège de France, le 26 janvier 2018, pour le cours d’Edhem Eldem, "L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident", aujourd’hui "Les premiers signes d'engagement".

Intervenants
  • professeur d'histoire à l'Université de Bogaziçi à Istanbul.
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