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"Retour de la cérémonie du sabre du sultan Abdülmecid, le 12 juillet 1839", tableau de Paolo Verona (1839), présenté par Edhem Eldem au Collège de France, dans son cours.
Épisode 2 :

le moment clé des Tanzimat (suite)

58 min
À retrouver dans l'émission

Quel est le contexte politique et géopolitique des années 1830-1839, précédant le moment-clé des Tanzimat, temps de réorganisation pour l’Empire ottoman ? Comment ce vieil empire s'est-il régénéré pour survivre, face à l'Europe moderne et menaçante et l'Egypte, nouvelle puissance du Moyen-Orient?

"Retour de la cérémonie du sabre du sultan Abdülmecid, le 12 juillet 1839", tableau de Paolo Verona (1839), présenté par Edhem Eldem au Collège de France, dans son cours.
"Retour de la cérémonie du sabre du sultan Abdülmecid, le 12 juillet 1839", tableau de Paolo Verona (1839), présenté par Edhem Eldem au Collège de France, dans son cours. Crédits : Paolo Verona/Collège de France

L’historien Edhem Eldem analyse le défi de la modernisation pour l’Empire ottoman de 1839 à 1856.

Titulaire de la chaire internationale d'Histoire turque et ottomane au Collège de France, Professeur à l’université anglophone de Boğaziçi, Edhem Eldem nous entraîne dans une grande série pluriannuelle intitulée, "L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident". 

Pour sa 3 année de cours, comme il l'indique dans la présentation de sa série, il s’attache à la période dite des "Tanzimat (réorganisation), inaugurée par la proclamation, le 3 novembre 1839 d’un firman (décret) portant ce nom et posant les jalons d’un programme radical de réformes, visant à moderniser l’empire". 

"La période étudiée s’achèvera avec le décret des réformes de 1856", dont "l’objectif avoué était de parachever l’entreprise des Tanzimat", explique l’historien.

Avant de nous introduire à une sorte d’archéologie des textes des Tanzimat, Edhem Eldem fait un grand rappel du contexte géopolitique des années 1830 à 1839 et de la question d’Orient. Il revient aussi sur les réformes du sultan Mahmoud, qui a régné de 1808 à 1839 sur la Sublime Porte. L’historien analyse les différentes tentatives de l’Empire ottoman pour se régénérer.

Dans sa leçon inaugurale, Edhem Eldem indiquait à propos de la rébellion grecque des années 1820 (dont il a rappelé les grands traits dans le cours précédent) que :

« la manière dont [ce] soulèvement avait acquis les proportions d’une guerre d’indépendance et, surtout, la capacité des puissances européennes et de leur opinion publique à peser sur le destin de l’Empire et de ses territoires, amenèrent les élites ottomanes à prendre la mesure de leur faiblesse face à des phénomènes d’une nature tout à fait nouvelle ».

Aujourd’hui, il va rappeler comment la rivalité turco-égyptienne, bouscule un Empire ottoman, jugé « voué à une perte certaine » par les grandes puissances occidentales qui ménagent cependant ce vieil empire à l’ancienne, face aux ambitions du jeune empire russe, en quête de l’accès aux mers chaudes. 

« La fulgurante montée en puissance de l’Égypte, note Edhem Eldem, au point de mettre en péril l’existence même de l’Empire, donnait à réfléchir sur la fragilité de l’édifice impérial face à une province vassale dont la modernisation et l’intégration avec l’Europe semblaient la préparer à supplanter son État suzerain dans la reconfiguration politique de la région » 

Edhem Eldem analyse la rivalité turco-égyptienne, entre 1831 et 1833, tandis que Mohamed Ali Pacha défie l'autorité de l'Empire ottoman et que les Russes cherchent un accès aux mers chaudes.
Edhem Eldem analyse la rivalité turco-égyptienne, entre 1831 et 1833, tandis que Mohamed Ali Pacha défie l'autorité de l'Empire ottoman et que les Russes cherchent un accès aux mers chaudes. Crédits : E. Eldem/Collège de France

De fait « la course vers l’occidentalisation », touche aussi bien le Caire qu’Istanbul. C’est dans ce contexte que se situent les tentatives de « main mise sur la modernité » par le sultan Mahmoud II.

Le sultan Mahmoud II (1785-1839) par Henri Guillaume Schlesinger. "Les représentations de Mahmoud s'inspirent de plus en plus de représentations occidentales", commente Edhem Eldem, dans son cours au Collège de France.
Le sultan Mahmoud II (1785-1839) par Henri Guillaume Schlesinger. "Les représentations de Mahmoud s'inspirent de plus en plus de représentations occidentales", commente Edhem Eldem, dans son cours au Collège de France. Crédits : Wikicommons/Château de Versailles

L’indépendance grecque et la crise égyptienne des années 1830, s’avèrent une « série de douches froides ». Pour Edhem Eldem, cela pousse les Ottomans, vers la fin des années 1830 à s’engager dans un programme de transformation bien plus radical que "les demi-mesures dont ils s’étaient contentés jusque-là".

Le remplacement des célèbres janissaires par une armée vêtue et équipée à l’occidentale – un euphémisme, si l’on considère la violence de l’événement, note l’historien –, l’apparition des premières institutions étatiques inspirées de modèles occidentaux, sont autant de changements et d’innovations qui firent date, sans pour autant s’attaquer à l’essence du système. 

Ce sont ces enjeux et ce contexte qu’analyse Edhem Eldem aujourd’hui avant de s’attacher au tournant de 1839, quand Mahmud II disparaît et que s’ouvre la période dite des Tanzimat.

Nous gagnons le Collège de France le 24 janvier 2020, pour le cours d’Edhem Eldem, aujourd’hui « le moment clé des Tanzimat (suite) ». 

Intervenants
  • professeur d'histoire à l'Université de Bogaziçi à Istanbul.
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