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Dessin détaillé d'un fragment de marbre antique, présenté par le gouverneur de Jérusalem, Zarif Mustafa Pacha, dans une lettre d'août 1846. Document présenté par Edhem Eldem quand il présente une campagne ottomane de fouilles archéologiques vers 1847
Épisode 7 :

Modernité, progrès, civilisation (partie 2) : les enjeux de l'archéologie

58 min
À retrouver dans l'émission

Comment l’archéologie est-elle devenue un enjeu politique et de modernité entre les Ottomans et les Européens au milieu du XIXe siècle ? S’interroge l’historien Edhem Eldem. Qu’est-ce qui a amorcé la création d’un musée d’antiquités en 1846 à Istanbul ?

Dessin détaillé d'un fragment de marbre antique, présenté par le gouverneur de Jérusalem, Zarif Mustafa Pacha, dans une lettre d'août 1846. Document présenté par Edhem Eldem quand il présente une campagne ottomane de fouilles archéologiques vers 1847
Dessin détaillé d'un fragment de marbre antique, présenté par le gouverneur de Jérusalem, Zarif Mustafa Pacha, dans une lettre d'août 1846. Document présenté par Edhem Eldem quand il présente une campagne ottomane de fouilles archéologiques vers 1847 Crédits : E. Eldem / Collège de France

Qu’es-ce qui se joue autour de la traduction du mot « civilisation » en turc ? 

Professeur à l’université de Boğaziçi, titulaire de la chaire internationale d'Histoire turque et ottomane au Collège de France, Edhem Eldem analyse depuis la semaine passée, les rapports complexes entre l’Empire ottoman et l’Occident, dans la période-clé des années 1839-1856. Dans le cours précédent, l’historien a présenté les modalités des Tanzimat, ce temps de réformes, à partir de 1839, où l’Empire ottoman a tenté de se moderniser en s’inspirant des modèles occidentaux. Edhem Eldem a montré comment les innovations mises en place par la Sublime Porte dans les différents domaines de la vie de l’Empire, s’avéraient, nous dit-il, 

"des vœux pieux qui n'ont pas vraiment forcément de correspondances dans la réalité du système. Toutes ces faiblesses, nous font dire que le problème des Tanzimat, c'est ce déséquilibre entre des réformes qui sont annoncées, un peu à la hâte, et dont la substance ne suit pas forcément". 

Dans sa leçon inaugurale, Eldem Eldem expliquait déjà comment la traduction littérale du mot « civilisation » a pu devenir 

"le nouveau mot magique qui viendrait définir et légitimer bon nombre d’innovations institutionnelles et culturelles inspirées du modèle européen. L’usage qui en était fait révélait souvent une naïveté, une candeur qui frisait un aveu de barbarie : il n’est pas rare de trouver dans la documentation officielle des années 1840 ou 1850, voire plus tard, des nouveautés dont la nécessité était justifiée par l’argument qu’elles avaient cours « dans les pays civilisés » ou « parmi les nations civilisées »". 

"Cette notion de civilisation et son application systématique à l’Occident, note l’historien, constitue l’une des faiblesses majeures et intrinsèques du processus de transformation envisagé par les élites du xixe siècle, puisqu’elle les mettait à la merci d’une vision tributaire, presque défaitiste, du monde occidental, éliminant de fait toute vision de modernité en dehors des normes et du modèle qu’il proposait". 

Edhem Eldem y voit un « aveuglement ou, plutôt, un fort strabisme culturel » de la part des Ottomans et à terme une source d’impasse. Aussi note-t-il encore :

"Dès lors que l’élite des Tanzimat reconnaissait l’occidentalisation comme seul remède possible aux maux supposés d’une nature orientale, elle ne pouvait que se soumettre à la logique même de l’orientalisme et de sa vision d’un Orient immuable, incapable de changer sans la poussée de l’Occident. Plus concrètement, cette soumission presque inconditionnelle à une notion occidentale de la modernité se traduisit par une tendance marquée à traiter le processus comme une sorte de liste de conditions formelles à remplir, sans vraiment s’inquiéter de leur contenu ou de la manière dont elles étaient appliquées. Le développement de l’archéologie et de la muséographie dans l’Empire, sujet intarissable d’une grande partie de mes recherches en cours, m’en fournit un des exemples les plus flagrants".

Le cours précédent s’est achevé sur la façon dont l’archéologie a vu le jour dans l’Empire ottoman. Pour Edhem Eldem, l’archéologie est "un cas typique de la combinaison de succès et d'échecs dans l'Empire ottoman pendant les Tanzimat". 

Brouillon d'un projet de contrat de collaboration entre le British Museum et le gouvernement ottoman, en 1847, présenté par Edhem Eldem quand il analyse le revirement inexplicable de la politique archéologique ottomane au milieu du XIXe siècle.
Brouillon d'un projet de contrat de collaboration entre le British Museum et le gouvernement ottoman, en 1847, présenté par Edhem Eldem quand il analyse le revirement inexplicable de la politique archéologique ottomane au milieu du XIXe siècle. Crédits : E. Eldem / Collège de France

Alors que révèle l’archéologie en matière de modernité, de civilisation et de perception de cette modernité par les ottomans?

Réponse tout de suite au Collège de France le 7 et le 14 février 2020, pour le cours d’Edhem Eldem, aujourd’hui « Modernité, progrès, civilisation » (partie 2)

Intervenants
  • professeur d'histoire à l'Université de Bogaziçi à Istanbul.
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