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Jacques Réattu,  Le triomphe de la Liberté / Vector illustration of the poster made for strikes in Paris in 1968. Black and white drawing of a girl protesting on the street.
Épisode 1 :

Une histoire longue de la modernité et de l’émancipation

59 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi revenir sur la rupture de 1968? Comment redéfinir les termes de notre émancipation dans le monde d’aujourd’hui, tenté par les "régressions" et marqué par "l’effritement démocratique"? L'historien du politique, Pierre Rosanvallon questionne la nature du changement à l’œuvre.

Jacques Réattu,  Le triomphe de la Liberté / Vector illustration of the poster made for strikes in Paris in 1968. Black and white drawing of a girl protesting on the street.
Jacques Réattu, Le triomphe de la Liberté / Vector illustration of the poster made for strikes in Paris in 1968. Black and white drawing of a girl protesting on the street. Crédits : Wikicommons/Jacques Réattu/PublicDomainVectors

Comment dépasser notre difficulté à interpréter cette mutation, au-delà des concepts « trop massifs » et « flous », nous dit Pierre Rosanvallon, de « crise », de « mondialisation », de « néo-libéralisme » ?

A rebours d’un « fatalisme morose et désabusé », du sentiment d’impuissance, Pierre Rosanvallon, titulaire de la chaire Histoire Moderne et Contemporaine du politique propose de retrouver « le chemin des enthousiasmes et des explorations de 1968 à nos jours ».

Il y a urgence dans le contexte actuel et il nous expliquera, d’ailleurs, son rapport à l’urgence politique depuis la révolution de mai 68, qui a pu le guider vers la publication « d’essais d’intervention » dans les années 1970, tout en ayant le sentiment que ses ouvrages "arrivent trop tard".

Pierre Rosanvallon retrouve cette semaine, le ton de sa leçon inaugurale au Collège de France, quand il nous rappelle la formule de Pierre Naville (extraite de son livre, La Révolution et les intellectuels, en 1926) :

"Il faut organiser le pessimisme".

Pierre Rosanvallon rappelle aussi sa définition de l’histoire conçue comme « un laboratoire actif de notre présent ». Dans un ouvrage consacré à son travail, La Démocratie à l’œuvre, publié au Seuil en 2015, l’historien qui est passé d’HEC à la CFDT, puis à l’EHESS, explique :

"Je suis devenu universitaire pour apporter une réponse plus solide à mes questions matricielles" – autour de l’entropie démocratique et de l’égalité sociale.

"Un universitaire d'ailleurs atypique, puisque je n'ai jamais enseigné au sens de donner des cours. Mon élection en 1983 à l'école des hautes études en sciences sociales (EHESS), puis au collège de France en 2001, deux institutions particulières(Bourdieu parlait de la seconde comme d'un refuge pour « hérétiques consacrés ») m'a donné pendant plus de 30 ans la possibilité de concevoir mes enseignements comme une mise à l'épreuve publique des livres en cours".

En cette année 2017, bousculée par l’arrivée d’un Donald Trump, après le séisme du Brexit et, avant les grandes échéances électorales, en Europe, aux Pays Bas, en France, en Allemagne…, Pierre Rosanvallon nous propose de revenir sur les 50 dernières années, à partir de la riche et, finalement mal évaluée, rupture de 1968. Cette série de cours se prolongera jusqu’en 2018… Histoire à suivre!

Mais ce matin, le théoricien de la démocratie ouvre sur une "nécessaire" et "schématique" mise en perspective. Nous retrouvons les philosophes politiques et les économistes du XVIIIe et XIXe siècles.

S’il est inexact de considérer que c’est la modernité qui a inventé l’individu, la figure de ce dernier acquière néanmoins une centralité inédite avec l’entrée de la modernité. Après avoir présenté le « capitalisme utopique » selon sa formule, Pierre Rosanvallon rappelle un autre type de pouvoir dépersonnalisé, avec le « règne de la loi ». C’est le temps de la « première modernité » qui dessine « un libéralisme optimiste ». Face au libéralisme rétréci et à l’idéologie bourgeoise, l’émancipation est revitalisée par les approches de Marx et de Proudhon, le suffrage universel. Avec la première mondialisation et l’émergence sociologique, la société n’est plus posée en termes d’individus libres et indépendants mais en termes de corps, de classes. C’est le temps de Léon Bourgeois et de son ouvrage La Solidarité.

On s’attache à la « régulation de la condition salariale ». Pierre Rosanvallon évoque alors la révolution keynésienne et note :

elle « n’est pas seulement une intervention de l’Etat », il y voit surtout la reconnaissance « des données économiques » comme des « variables d’action et pas seulement des variables de résultats ».

La perspective « nationale productiviste » vient à nouveau nous hanter. A partir des années 1970, se joue "l’effritement progressif du deuxième âge de l’émancipation". L’historien politique nuance la critique de l’individualisme de singularité comme ennemi de la cohésion sociale. Il y voit plutôt un appel à une autre modalité enrichie de cette cohésion. Il dit son attachement à la formule de Marx, donnée deux fois ce matin, "chaque individu devant être artiste de sa propre existence ».

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 11 janvier dernier pour le cours de Pierre Rosanvallon, "Les années 1968-2018 : une histoire intellectuelle et politique", aujourd’hui « une histoire longue de la modernité et de l’émancipation »

Intervenants
  • historien, titulaire de la chaire d'Histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France
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