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 "Suffrage Universel", urne de vote en bronze, sur le socle du Monument à la République (1883), Place de la République, Paris, 2011
Épisode 10 :

La machine à conquérir le pouvoir : l'idéologie avant l'intelligible

59 min
À retrouver dans l'émission

Qui est la nation et qui représente l’intérêt général ? Comment se heurte-t-on au jeu cruel de la politique au sein des partis? demande Pierre Rosanvallon. Alors que la machine socialiste s'organise pour conquérir le pouvoir, il revient sur la différenciation caricaturale et le consensus dissolvant.

 "Suffrage Universel", urne de vote en bronze, sur le socle du Monument à la République (1883), Place de la République, Paris, 2011
"Suffrage Universel", urne de vote en bronze, sur le socle du Monument à la République (1883), Place de la République, Paris, 2011 Crédits : Wikicommons/Jebulon

Qu’est-ce que "républicaniser la propriété" et d’où vient l’idée des nationalisations?

Pierre Rosanvallon, titulaire de la chaire Histoire Moderne et Contemporaine du politique arrive presque au terme de sa première série de cours, qu'il consacre au laboratoire intellectuel et politique des années 1968-2018. Après l’examen des « explorations enthousiastes » de la période post-68, en première partie, il interroge, cette semaine, le désenchantement des années 1980, « l'hiver » des idées intellectuelles et politiques…

Le théoricien de la démocratie, qui aime mêler histoire et philosophie a esquissé, dans le cours précédent, le piège que peut représenter le prolongement politique des idées dans les années 1970. Ce n'est pas encore la deuxième gauche, c'est le moment où la CFDT cherche une expression politique et regarde du côté du PSU et de Michel Rocard, autour de la référence au socialisme autogestionnaire ; c'est le moment où Pierre Mauroy cherche à réunifier les socialistes, puis ce sont les élections présidentielles de 1974, le duel Giscard/Mitterrand. Tout s'accélère.

La machine socialiste pour conquérir le pouvoir s'organise. Les Rocardiens rejoignent les socialistes et affrontent les Chevènementistes. On perd dans la bataille, dans le jeu des alliances et des tractations, les confrontations intellectuelles. La CFDT et ses ambitions sont balayées, tandis que le dernier député ouvrier élu au Palais Bourbon renonce finalement…

Pierre Rosanvallon juge avec sévérité ce jeu cruel d’appareil et prend alors ses distances, sans omettre de nous livrer une douloureuse anecdote personnelle, où il a pris conscience de son « inaptitude à faire de la politique ».

Dans son cours, comme dans le recueil, La Démocratie à l’œuvre, au Seuil en 2015, Pierre Rosanvallon marque son attachement à une recherche qu’il souhaite toujours ouverte et connectée au laboratoire du temps présent et son refus d’imposer un modèle :

"Si je n'ai cessé de résister aux demandes qui m'ont continuellement été adressées de présenter un tel modèle, c'est ainsi au nom de la conception que je me fais du rapport entre le travail intellectuel et la vie politique. Mon but est en effet de donner des instruments d'analyse, d'accroître la capacité des citoyens de s'impliquer dans la cité et non de les faire adhérer à un système. Se limiter volontairement à esquisser « un esprit des institutions » est pour moi ce qui permet d'accorder une pensée tournée vers le présent avec le souci de faire vivre une démocratie activement délibérative".

Le chercheur rejette tout ce qui peut nuire à l’intelligibilité de la situation et défend une recherche en marche. En 2005, répondant à une interview d’Eric Le Boucher pour le quotidien, Le Monde, il notait :

"La société est ensevelie sous un épais vernis d'idéologies". "On a élaboré dans les années 1960 une sociologie des sociétés industrielles stables. Il nous faut inventer une sociologie et une économie des sociétés instables, des sociétés en mouvement rapide, des sociétés en différenciations rapides. A ce monde neuf, doivent correspondre des sciences sociales nouvelles. Ce n'est qu'à partir de là qu'une critique de notre temps sera possible. Or, la société française, faute de se connaître, vit aujourd'hui entre la nostalgie de modèles anciens et le constat désabusé de l'usure de ces modèles. La politique se contente de marteler du volontarisme. Mais cela ne marche pas. D'où le refuge dans des nostalgies républicaines ou des nostalgies radicales."

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 8 février 2017, pour le cours de Pierre Rosanvallon, aujourd’hui "les causes politiques de l’engourdissement des années 1980".

Intervenants
  • historien, titulaire de la chaire d'Histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France
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