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"Mai 68" extrait de "Nos humanités", illustrations de Caroline Souffir, / hélium/Actes Sud, 2016
Épisode 2 :

Entre histoire et itinéraire personnel, retour sur mai 68

58 min
À retrouver dans l'émission

Comment interpréter mai 68 et que désigne le mot "révolution"? Pierre Rosanvallon se demande pourquoi la problématique de l’avènement d’un 3e âge de l’émancipation se pose seulement en ce XXIe siècle, alors que les événements de 1968 ont créé la rupture et donné le signal d’un changement d’époque...

"Mai 68" extrait de "Nos humanités", illustrations de Caroline Souffir, / hélium/Actes Sud, 2016
"Mai 68" extrait de "Nos humanités", illustrations de Caroline Souffir, / hélium/Actes Sud, 2016 Crédits : Caroline Souffir / hélium/Actes Sud

Rediffusion du 21 février 2017

Pierre Rosanvallon, titulaire de la chaire Histoire Moderne et Contemporaine du politique propose, cette année, de revenir sur plus de 50 ans de recherches intellectuelles et politiques, de retrouver, selon sa formule « le chemin des enthousiasmes et des explorations de 1968 à nos jours ».

Pour cette nouvelle série de cours conçue sur 2 années, jusqu’en 2018, le grand chercheur du laboratoire démocratique, mêle l’analyse des événements et des acteurs à son itinéraire personnel, lui-même étant témoin et acteur de cette histoire. En 1966, il est étudiant à HEC et il milite à l’Union des Grandes Ecoles (UGE), liée à l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France) et comme beaucoup d’autres, il sera travaillé, sinon transformé par les événements de 1968 ainsi que par l’effervescence et les contradictions de cette période, ouverte et créative. Au lieu de gagner l’entreprise Pierre Rosanvallon deviendra un « intellectuel organique », selon ses propres mots, pour la CFDT, syndicat qui a su prendre le train des interrogations et des aspirations de ces années 1966-1970, où l’esprit de mai en 1968 « fait voir l’avenir en grand », à rebours des « années d’hiver » comme seront qualifiées, plus tard, les années 1980.

Ce matin, l’historien du politique revient sur le moment 68, un moment pas toujours bien évalué nous expliquera-t-il, tout en dessinant en amont ce qui a pu nourrir ce "temps d’extase de l’histoire" pour reprendre la formule d’Edgar Morin. Entre rencontres et lectures personnelles, Pierre Rosanvallon rappelle tout ce qui a pu faire socle. Ainsi le franco-tunisien, Albert Memmi qui est sa « lucarne » et qui enseigne à HEC en ces années-là et surtout la figure d’Henri Lefebvre, qui a joué, nous dit-il un « rôle central dans les mouvements de reformulation du nouvel idéal d’émancipation et qui résumera durablement l’esprit de mai ». Le philosophe-sociologue « épousera les dissidences les plus significatives de son époque et de son milieu », de son Que Sais-je ? sur le marxisme, vrai best-seller de la collection, à son attention pionnière à la question urbaine. Pierre Rosanvallon voit en Lefebvre une sorte de Marcuse français.

Les formules et le style flamboyant des situationnistes contribuent à fouetter les esprits tandis que les Cahiers de mai proposent de "passionnants reportages en usine", narre encore Pierre Rosanvallon. A côté des grands slogans et des interprétations affûtées, telles celles de Michel de Certeau, écrivant dans un article

"en mai on avait pris la parole, comme on avait pris la Bastille en 1789",

apparaissent des expressions nouvelles : « néocapitalisme » et « socialisme de marché ».

Pierre Rosanvallon marque son attachement à un de ses livres de jeunesse : Le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (Gallimard, 1967), nous lisant les citations "soulignées 3 fois" en leur temps…

"L’œuvre d’art à venir, c’est la construction d’une vie passionnante" ou "Etre riche se réduit aujourd’hui à posséder un grand nombre d’objets pauvres".

La contestation peut donc surgir de l’abondance. A côté de la libération du travail, il s’agit de subvertir le quotidien. Au-delà la théorie de l’exploitation, s’affirme celle de l’aliénation.

Nous regagnons le Collège de France pour la suite du cours du 11 janvier dernier. Pierre Rosanvallon avait achevé sa première heure de cours sur le constat de l’absence de tentative de formulation d’une nouvelle culture de l’émancipation alors que nous devons répondre aux enjeux de la 3e modernité.

Pour prolonger

Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations (1967)/Henri Lefebvre, La vie quotidienne dans le monde moderne (12-06-1968)/Cahiers de mai n°1, 15 juin 1968
Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations (1967)/Henri Lefebvre, La vie quotidienne dans le monde moderne (12-06-1968)/Cahiers de mai n°1, 15 juin 1968 Crédits : Gallimard / Archives autonomies
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Intervenants
  • historien, titulaire de la chaire d'Histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France
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