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La Chapelle Rothko à Houston au Texas
Épisode 4 :

Annie Cohen-Solal : Artistes et déracinement : le cas de Mark Rothko. Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky : Temps du trauma, terre de l'asile

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment trouver la terre de l’asile ? Quelle expérience du déracinement pour le peintre Mark Rothko et pour les anonymes privés de parole ? Pourquoi la Chapelle œcuménique Rothko à Houston au Texas ?

La Chapelle Rothko à Houston au Texas
La Chapelle Rothko à Houston au Texas Crédits : Pat Sullivan/AP/SIPA - Sipa - Sipa

Quelle a été l’expérience de déracinement pour le peintre Rothko, né Markus Rothkowitz, à Dvinsk, en 1903, dans la Russie impériale et arrivant aux Etats-Unis en 1913 avec une pancarte portant la mention « I don't speak English » ? Pourquoi définit-il la peinture comme une forme d’action ? Pourquoi a-t-il ferraillé avec d’autres artistes contre « le local, le régionalisme, l’isolationnisme » ? Et pour les anonymes qui fuient les violences guerrières, étatiques, religieuses, quelle est l’expérience du déracinement quand la parole est détruite et qu’il n’y a "pas l’art pour sublimer toutes ces violences" ?

Nous poursuivons le questionnement des mouvements de population, volontaires ou contraints, dans le cadre du colloque du Collège de France « Migrations, réfugiés, Exil », avec depuis hier, les contributions consacrées aux notions d’exodes, d’asile et de refuge.

Annie Cohen-Solal, professeur à l'université de Caen-Normandie, chargée de cours à l'École normale supérieure, nous propose de suivre, aujourd’hui, Mark Rothko de son arrivée aux Etats-Unis à l’édification de la Chapelle Rothko, inaugurée après sa mort en 1971. Avec la chapelle, émerge une autre figure d’exilé, celle de la collectionneuse d’art d’origine française Dominique de Menil.

Dominique de Menil par Marc Riboud - 004-300x450
Dominique de Menil par Marc Riboud - 004-300x450 Crédits : Marc Riboud

Aujourd’hui, et sans doute encore plus dans l’Amérique de Donald Trump, cette chapelle, belle et abstraite, accueillante pour tous, devenue la Fondation Carter-Ménil des droits de l’homme, est devenue, selon la formule d’Annie Cohen-Solal :

« le carrefour politique de toutes les urgences ».

Elle ajoute :

« Ce n’est pas un hasard si, malgré les stigmatisations, les hostilités et les sacrifices, l’artiste déraciné joue dans l’évolution de nos sociétés un rôle crucial : vigie, détecteur de signaux faibles, sonneur d’alerte, il préfigure les formes culturelles cosmopolites d’aujourd’hui et, aux avant-postes, échappant aux déterminations imposées par le pouvoir, il propose, tout autant que des mutations esthétiques, de nouvelles dynamiques sociales et civiques ».

Rothko peut inviter le spectateur à entreprendre comme il l’écrit,

"un voyage dans le champ de la toile. Le spectateur doit se déplacer avec les formes de l’artiste (…) traverser des tunnels, descendre des plans inclinés » pour ne pas passer à côté de « l’expérience essentielle du tableau ».

Annie Cohen Solal cite également Alfred Schütz qui écrit :

"L'étranger ne considère pas du tout le modèle social qu'on lui propose comme un asile protecteur mais bien plutôt comme un labyrinthe dans lequel il a perdu tout sens de l'orientation"

Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, psychologue clinicienne à hôpital Avicenne et anthropologue à l’INALCO, aborde, en seconde partie, le « Temps du trauma, terre de l'asile » et nous met face à 3 dimensions de trauma dans son approche des réfugiés, migrants clandestins, victimes de graves violences, qu'elle reçoit en psycho traumatologie. Le sujet, nous dit-elle est "des-historicisé, dé-territorialisé et dé-socialisé".

Dans ces parcours d'exils forcés, où la langue maternelle a aussi été violentée, quelle langue utiliser ? Pour ces personnes désorientées, rejetées et qui ont tout perdu jusqu'à leur nom, comment la parole peut devenir le médium ? L'anthropologue à côté de la clinicienne interroge les enjeux de culture.

Elle nous met en présence d'un jeune patient tamoul Raj qui lui a précisé :

" que tu le veilles ou non toutes les familles tamoules sont engagées dans la guerre".

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France pour la matinée du 13 octobre avec en première partie, Annie Cohen-Solal avec : « Artistes et déracinement : le cas de Mark Rothko, le 13 octobre 2016 au Collège de France, suivie, en seconde partie de Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, avec : « Temps du trauma, terre de l'asile »

Pour prolonger :

De nombreuses ressources sur le site d'Annie Cohen-Solal autour de sa biographie de Mark Rothko.

"Exploring Mark Rothko", Contribution d'Annie Cohen Solal au Kanbar Hall. Conversation avec Peter Selz, chief curator of painting au MoMa, NY et le fondateur du Berkeley Art Museum et des Archives Pacific Film et aussi un ami proche de Mark Rothko.

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Sur le site de Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, Anthropologue et psychologue, spécialiste des questions d'exclusion en Inde et au Brésil, de très nombreuses entrées et ressources et toute l'actualité de ses recherches en cours.

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L'entretien de Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, « Temps du trauma, terre de l'asile » (vidéo) : https://www.college\-de\-france.fr/site/colloque\-2016/Interviews.htm

Dominique de Menil photographiée par Marc Riboud

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