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Les régions d’Afrique s’étirant du littoral méditerranéen jusqu’au Sahel, via l’Atlas catalan, par des cartographes juifs de Majorque (Baléares, 1375)
Épisode 3 :

Une Afrique contournée et méconnue

58 min
À retrouver dans l'émission

De quelle façon les récits de circumnavigation de l'Afrique sont-ils "bons à penser"? s’interroge François-Xavier Fauvelle. L'historien propose d'analyser ensemble les périples de contournement du continent africain, dans l’Antiquité et à la fin du Moyen-Age.

Carte marine dite de Christophe Colomb, après 1488, présentant les découvertes portugaises en Afrique jusqu’au golfe de Guinée. Manuscrit enluminé sur parchemin
Carte marine dite de Christophe Colomb, après 1488, présentant les découvertes portugaises en Afrique jusqu’au golfe de Guinée. Manuscrit enluminé sur parchemin Crédits : Gallica/BnF, département des Cartes et Plans, CPL GE AA-562 (RES)

Il explique la nécessité de décentrer les récits des grandes découvertes, quand on aborde les séquences d’aventures océaniques, alors que l’Europe cherche à échapper à son isolement et s’ouvrir au vaste monde à partir du XIVe siècle.

Directeur de recherche au CNRS, titulaire de la chaire "Histoire et archéologie des mondes africains", François-Xavier Fauvelle poursuit son examen de ce qu’il appelle la "méconnaissance de l’Afrique" ou comment de l’Antiquité au XIXe siècle, le continent africain n’a pas été découvert. Sa série, intitulée "Introduction aux mondes africains médiévaux" explore sur plusieurs cours, les termes et les enjeux de cette méconnaissance de l’Afrique. Nous découvrons une géographie du grand continent qui "n'est longtemps restée qu’une reconnaissance des côtes", souligne François-Xavier Fauvelle.

Le cours précédent s’est achevé sur deux récits de contournement de l’Afrique, chez l’historien grec Hérodote, dans la période antique. On parlait alors de la "circumnavigation de la Libye", ce nom pouvant désigner le continent africain. Le deuxième récit a présenté le voyage, soldé par un échec, de Sataspès, un membre de la famille royale perse, accusé de viol. D'abord condamné à mort par le roi Xerxès (qui a régné de 486-465 avant JC), le  "jeune homme" a dû partir en expédition autour du continent africain. 

Après avoir doublé "les Colonnes d’Héraclès", il "s’engagea au sud, et atteignit, nous relate Hérodote, un pays habité de petits hommes aux vêtements faits de feuilles de palmier qui s’enfuyaient chaque fois que les étrangers débarquaient pour piller leurs vivres". 

Contraint de faire demi-tour parce que, « son navire ne pouvait plus avancer plus avant mais était arrêté », Sataspès s’en revint auprès de Xerxès, qui le fit mettre à mort. Après avoir cité les deux récits, c’est surtout sur la première narration d’Hérodote que François-Xavier Fauvelle a concentré son analyse.

Ainsi l’historien grec raconte que : 

Le roi d’Egypte (…) fit partir sur des vaisseaux des hommes de Phénicie, avec ordre, pour leur retour, de pénétrer en passant les Colonnes d’Héraclès dans la mer Septentrionale [c’est-dire la Méditerranée], et de revenir par cette voie en Égypte. Ces Phéniciens donc, partis de la mer Érythrée [entendez « la mer Rouge »], naviguaient sur la mer Australe. Quand venait l’automne, ils abordaient et ensemençaient le sol, à l’endroit de la Libye où ils se trouvaient chaque année au cours de leur navigation, et ils attendaient l’époque de la moisson ; le blé récolté, ils prenaient la mer, si bien que, au bout de deux ans, ils doublèrent la troisième année les Colonnes d’Héraclès et arrivèrent en Égypte. Et ils racontaient – chose que, quant à moi, je ne crois pas, mais que d’autres peuvent croire – que, pendant qu’ils accomplissaient le périple de la Libye, ils avaient eu le soleil à leur droite. Voilà comment on sut d’abord ce qu’il en est de la Libye.

François-Xavier Fauvelle après nous avoir présenté cet extrait a tout de suite noté :

Hérodote ne doute pas un seul instant que cette circumnavigation entreprise par les marins phéniciens de Néchao (…) fut un succès, qui révéla ou prouva pour la première fois le caractère péninsulaire du continent africain. Ce qu’Hérodote ne peut croire, en revanche, c’est que les marins phéniciens « avaient eu le soleil à leur droite ». Des milliers de pages de commentaire ont été écrites depuis l’antiquité au sujet de ce périple pour l’authentifier ou le mettre en doute. 

C’est sur la question de la position du soleil, que nous retrouvons aujourd’hui l’analyse de l’historien-archéologue.

Nous gagnons le Collège de France, le 7 novembre 2019, pour le cours de François-Xavier Fauvelle, aujourd’hui, « Une Afrique contournée et méconnue ».

Pour prolonger :

François-Xavier Fauvelle a co-dirigé l'Atlas historique de l’Afrique. De la Préhistoire à nos jours. aux éditions, Autrement, en 2019.

Parmi les nombreux ouvrages, citons aussi À la recherche du Sauvage idéal, aux éditions du Seuil, en 2017

Sanjay Subrahmanyam, cité par François-Xavier Fauvelle, a publié Vasco de Gama. Légende et tribulations du vice-roi des Indes, en Point Seuil en 2014

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