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Main de Jacques Rouxel, créateur des Shadoks en décembre 1999 à Paris. Gérard Berry cite plusieurs aphorismes shadocks dans sa leçon de clôture et présente un extrait de sa thèse manuscrite quand il évoque ses travaux sur le lambda calcul typé (1979)
Épisode 8 :

Plaidoyer pour les trajectoires non-linéaires, leçon de clôture de Gerard Berry,

59 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi "l’important n’est pas de trouver quelque chose"? s'interroge Gérard Berry. Qu'est-ce qui entre en jeu entre la recherche et ses applications? Gérard Berry revient sur son parcours d'informaticien et d'enseignant chercheur passionné, alors que se développe la science informatique.

Main de Jacques Rouxel, créateur des Shadoks en décembre 1999 à Paris. Gérard Berry cite plusieurs aphorismes shadocks dans sa leçon de clôture et présente un extrait de sa thèse manuscrite quand il évoque ses travaux sur le lambda calcul typé (1979)
Main de Jacques Rouxel, créateur des Shadoks en décembre 1999 à Paris. Gérard Berry cite plusieurs aphorismes shadocks dans sa leçon de clôture et présente un extrait de sa thèse manuscrite quand il évoque ses travaux sur le lambda calcul typé (1979) Crédits : Photo by Gilles BASSIGNAC/Gamma-Rapho via Getty Images/G. Berry/Collège de Franc

Pourquoi inverser les calculs récursifs et comment bien inverser ? Se demandait Gérard Berry dans le années 1970? Comment est né langage de programmation Esterel? Combien y avait-il d’ordinateurs dans la recherche au moment du plan calcul ? Quel rôle ont joué Pierre Boulez et l’Ircam dans le développement de la science informatique? 

Nous voici au terme de la série de Gérard Berry, "Où va l’informatique ? et de son enseignement au Collège de France. Il nous propose une libre leçon de clôture où il revient sur son riche et joyeux parcours, de chercheur-enseignant, des années 1970 à 2019…

Ancien élève de l’École polytechnique, ingénieur général du corps des Mines, Gérard Berry a été chercheur à l’École des mines de Paris et à l’INRIA, de 1970 à 2000, directeur scientifique de la société Esterel Technologies de 2001 à 2009 (nous découvrirons aussi cet aspect de son parcours, aujourd'hui), puis directeur scientifique Inria (l'Institut national de recherche dédié aux sciences du numérique) et président de la commission d’évaluation de cet institut de 2009 à 2012. Il a tenu la chaire  "Algorithmes, machines et langages" au Collège de France de 2012 à 2019, après y avoir été titulaire de deux chaires annuelles, en 2007-2008 et 2009-2010. Nous rappelons que sa "contribution scientifique concerne quatre sujets principaux : le traitement formel des langages de programmation et leurs relations avec la logique mathématique, la programmation parallèle et temps réel, la conception assistée par ordinateur de circuits intégrés, et la vérification formelle des programmes et circuits. Il est le "créateur du langage de programmation Esterel."

Dans son discours lors de la remise de la médaille d'or du CNRS, en 2014, Gérard Berry revenait sur les particularités de son parcours et de son domaine  : 

« Ma carrière s’est inscrite dans le cadre collectif de la recherche française en informatique, qui est de très haut niveau et très reconnue internationalement. J’ai collaboré avec des chercheurs et des industriels remarquables’’ (…)

« A la fin du 20e siècle, l’informatique a réalisé une percée fulgurante, due aux progrès exponentiels de l’électronique bien sûr, mais aussi au fait que la science informatique est une science de construction qui ne rencontre pas les obstacles des sciences naturelles, dont les objets d’étude ne dépendent pas de nous. Mathématique dans sa théorie, mais avec un système de pensée qui lui est propre, l’informatique implémente sans délai ses découvertes dans les systèmes artificiels qu’elle construit. Un bon exemple est celui des premiers moteurs de recherche, développés en quelques mois, immédiatement mis en service, et qui ont changé le monde. »

Dans le cadre de la série de cette semaine, l’informaticien a rappelé la difficulté de la science informatique à se faire une place dans la recherche et surtout dans l’enseignement. Dans ce même discours, Gérard Berry notait :

"J’ai longtemps vu les scientifiques classiques considérer l’informatique comme un outil précieux mais pas comme une science à part entière. La matière et l’énergie ont effectivement dominé les siècles précédents, l’information restant vue comme une question secondaire. Mais les choses changent : de plus en plus de scientifiques comprennent que l’informatique est en train de bouleverser profondément leur propre discipline et même leur façon de penser. La simulation sur ordinateur est utilisée partout."

Elle devient fondamentale pour la compréhension profonde des phénomènes et pas seulement pour leur imitation. Les algorithmes deviennent aussi importants que les équations pour comprendre les lois de la nature. Les astronomes construisent leurs instruments et leurs algorithmes de façon coordonnée. De plus en plus de biologistes voient la cellule comme une machine à information, le code génétique fournissant le programme de la vie et la biochimie la machine de calcul. La médecine est révolutionnée par l’imagerie médicale et la modélisation des organes. Cependant, comparée par exemple à celle des Etats-Unis, la science française reste globalement méfiante par rapport à cette évolution mentale. Un de mes objectifs actuels est de contribuer à réduire cette méfiance. » 

Gérard Berry explique que "Les vrais clefs sont dans le fondamental »

« Le succès de nos travaux, dit-il, est d’abord dû au suivi opiniâtre de fils conducteurs sécrétés par des questions fondamentales, celles qui se définissent simplement, donnent du travail pour des dizaines d’années, et dont la solution conduit à des impacts imprévisibles au départ. Pour juger de la qualité de nos résultats et réalisations, j’ai toujours cherché l’avis d’interlocuteurs variés, chercheurs, ingénieurs, et même compositeurs de musique. La confrontation des points de vue rend toujours scientifiquement plus modeste. » 

L'informaticien revient aujourd'hui sur son expérience de Directeur technologique de la société Esterel Technologies. Au moment, où il évoque ce passage au monde de l'entreprise et les question de la relation client, il note :

"L’important n’est pas de trouver quelque chose, c’est de s’apercevoir que c’est vraiment important !"

Cette approche chorale, collective, interdisciplinaire, par des chemins de traverse, sans oublier un savoureux "esprit shadock", cher à notre informaticien "pataphysicien" revendiqué, revient tout au long de cette leçon de clôture, donnée avec un certain esprit de liberté, cher à l’ADN du Collège de France. 

Cette liberté est toujours inséparable du caractère imprévisible et d’ailleurs Gérard Berry le rappelait, en 2014, lors de sa remise de médaille d'or du CNRS : 

« Je tiens à dire qu’aucune de nos avancées décisives n’était réellement programmable, et que seule la recherche d’air frais et d’autres points de vue dans d’autres disciplines a été soigneusement organisée. »

Nous gagnons le Collège de France le 26 février 2019 pour la leçon de clôture de Gerard Berry, intitulée « Plaidoyer pour les trajectoires non-linéaires »

Pour prolonger

Les cours sont accompagnés de supports très didactiques disponibles sur la page du cours

Au cours de sa leçon de clôture, Gérard Berry rend hommage aux recherches autour de l'informatique et de la musique au sein de l'Ircam. Il évoque le logiciel Antescofo.

Arshia Cont présente le logiciel Antescofo :

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Intervenants
  • informaticien, Professeur au Collège de France, membre de l'Académie des sciences
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