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"L'Adoubement" peint par Edmund Blair Leighton en 1901/Code vert de Matrix, décor mettant en scène le travail du code informatique. La gouvernance par les nombres favorise la résurgence du gouvernement par les hommes et de nouveaux liens d'allégeance
Épisode 10 :

Le recul de l’hétéronomie

58 min
À retrouver dans l'émission

Le gouvernement par les lois est-il en train de se retirer? Le juriste Alain Supiot, analyse comment se manifestent le renversement de la hiérarchie du public & du privé, l’effacement du système fondé sur des lois reçues de l'extérieur et le retour de nouvelles formes d’allégeance.

"L'Adoubement" peint par Edmund Blair Leighton en 1901/Code vert de Matrix, décor mettant en scène le travail du code informatique. La gouvernance par les nombres favorise la résurgence du gouvernement par les hommes et de nouveaux liens d'allégeance
"L'Adoubement" peint par Edmund Blair Leighton en 1901/Code vert de Matrix, décor mettant en scène le travail du code informatique. La gouvernance par les nombres favorise la résurgence du gouvernement par les hommes et de nouveaux liens d'allégeance Crédits : Leighton/Art Renewal Center/Simon Whiteley/Warner

Nouvelle diffusion du 29 octobre 2018

Début 2017, nous avons diffusé la stimulante série sur "La gouvernance par les nombres" d' Alain Supiot, titulaire de la chaire État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités, membre, depuis 2017, de la Commission mondiale sur l'avenir du travail. Le grand juriste s’y interrogeait "En quoi et sous quelles conditions, l’analyse juridique peut-elle contribuer à éclairer les transformations" de nos sociétés, travaillées par la globalisation, la révolution numérique et le passage, du "gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres", d’un imaginaire qui s’est donné comme "objet fétiche" l’horloge à "l’imaginaire cybernétique". Lors de cette première série, il avait démontré la soumission du juridique à l’ordre économique, au calcul d’utilité. Cette semaine, nous vous proposons la suite de ce cours, donné au printemps 2014, sous le titre Les Figures de l’allégeance.

« Il y a de nombreuses raisons de penser, dit-il que la période qui s’est ouverte, avec la montée en puissance des États souverains et du gouvernement par les lois, dans l’Europe des XIIè-XIIIème siècles,  arrive à échéance. Sapé par la gouvernance par les nombres, le rule of law est en crise et  le gouvernement par les hommes refait surface sous des formes inédites que nous allons essayer à présent d’identifier. ». 

Avec la résurgence des formes de gouvernement par les hommes, apparaissent de nouvelles figures de l’allégeance. Dans le cadre de ces liens, qui concernent les personnes mais aussi les entreprises, 

"chacun doit pouvoir compter sur la protection de ceux dont il dépend et sur le dévouement de ceux qui dépendent de lui."

Alain Supiot revient sur les différents exemples dans l’histoire et notamment la plus récente, où il s’est agi de poser les "bases économiques" de l’effacement, voire de "l’extinction de l’État". Il va notamment expliquer cette semaine que 

"La foi dans l’harmonie par le calcul a ressurgi avec la globalisation ultralibérale et les revendications libertariennes, qui sont les deux faces – économique et 'sociétale' – d’une même médaille. Leurs prophètes annoncent à leur tour l’avènement d’un monde d’abondance, où chacun sera gouverneur de lui-même et n’aura à subir de contrainte qu’il n’ait expressément consentie."

Cela posé, le libre consentement n’est pas sans chausse-trappe. Alain Supiot souligne également :

"Mais alors que la prophétie communiste annonçait le salut aux damnés de la terre, l’eschatologie libérale récuse toute idée de justice sociale. Au contraire, elle condamne à la misère et à la solitude la masse de ceux qui ne parviennent pas à s’affirmer en maîtres dans un univers de compétition généralisée. Le propre de l’ultralibéralisme consiste en effet à disqualifier la solidarité au profit de la compétitivité et de la sélection des plus aptes. Et cela non à l’échelle de communautés réduites, mais à celle du globe. À la différence de ce qu’annonce le message paulinien, l’individu ne peut donc espérer trouver dans une foi partagée le remède à l’effacement de la loi."

"Ceci nous conduit à une impasse, car aucune société ne peut durer sans foi ni loi. En s’attaquant à l’hétéronomie du droit, sans parvenir à faire partager sa croyance dans les bienfaits de la compétition généralisée et dans la justice des inégalités qui en résultent, la politique libérale-libertaire ne peut que disloquer ce qu’on appelle la 'société civile'."

Ici le droit s’avère un poste d’observation privilégié des mutations actuelles, et certaines sont vraiment glaçantes…

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 10 avril 2014, pour le cours d’Alain Supiot, « Les figures de l’allégeance », aujourd’hui "Le recul de l’hétéronomie" (partie 1)

Pour prolonger :

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  • Son cours sur la Gouvernance des nombres, suivi des Figures de l’Allégeance en partie 2 a été publié chez Fayard en 2015.
  • Le juriste a dirigé l’ouvrage collectif, Face à l'irresponsabilité : la dynamique de la solidarité, aux Editions du Collège de France en 2018 
  • Sa leçon inaugurale, Grandeur et misère de l’Etat social, est publiée chez Fayard en 2013. 
  • Dans le cadre des conférenciers invités, Alain Supiot a reçu le juriste, François Ost, en 2018 pour son livre A quoi sert le droit?

Présentation de l'Institut d'études avancées Nantes dont ALain Supiot est lefondateur en 2008 ; il en préside aujourd'hui le comité stratégique.

Intervenants
  • Juriste, docteur honoris causae, professeur émérite au Collège de France
L'équipe
Coordination
Réalisation
Avec la collaboration de
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