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Vasque de Lucène remettant sa traduction à Charles le Téméraire (in Faits et gestes d'Alexandre, c. 1468-70)
Épisode 11 :

Les possibles du politique

59 min
À retrouver dans l'émission

Quelle est "l’impossible sérénité des cités face à leurs origines", dans l’Italie communale? Pourquoi l’historiographie travaille-t-elle à "défataliser" l’histoire de la confrontation entre les Etats du duc de Bourgogne et le royaume de France, en y voyant deux possibles du devenir historique?

Vasque de Lucène remettant sa traduction à Charles le Téméraire (in Faits et gestes d'Alexandre, c. 1468-70)
Vasque de Lucène remettant sa traduction à Charles le Téméraire (in Faits et gestes d'Alexandre, c. 1468-70) Crédits : Bibliothèque nationale de France

Les Mémoires du transfuge Philippe de Commynes, qui est passé du Duc de bourgogne, Charles le Téméraire au rusé Louis XI, sont-elles des « Mémoires d’État »? Comment transgresse-t-il l’ordre historique? s'interroge Patrick Boucheron. 

Comment la bibliothèque des ducs de Bourgogne pourrait-elle se donner comme l’archive historique des futurs possibles? 

Patrick Boucheron,  titulaire de la chaire Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIᵉ-XVIᵉ siècle, a ouvert, cette année, une nouvelle grande enquête, où il cherche à délimiter "l'invention du politique dans les expérimentations médiévales", enquête que nous suivons depuis deux semaines et qui arrive presque à son terme. 

La semaine passée, l’historien a analysé « l’épopée viking, en termes de dispersion diasporique et de dislocation politique ». Il a donc mené « conjointement l’analyse de l’invention politique des formes de la délibération et de la puissance narrative des sagas en Islande, en y reconnaissant une manière de projeter ses origines dans le récit d’une dispute plutôt que dans le roman de fondation ». Pour Patrick Boucheron, il s’agissait de faire "prendre le large à une histoire des pouvoirs désormais envisagée comme histoire corsaire, c’est-à-dire lui faire prendre le parti de l’archipel contre le territoire, de l’hétérotopie contre l’utopie ». 

Dans le cours précédent, Patrick Boucheron a ouvert le dossier des « possibles du politique ». Il a montré comment les Romains pensaient différemment leur origine. Il  a introduit la figure d'Enée, le Troyen, l’étranger, et sa réapproriation par la Rome antique. 

"Selon les traditions et les auteurs, le héros fondateur de Rome est donc tantôt troyen — Romulus, fils d’Enée —, tantôt grec — Romos, fils d’Ulysse —, quand il ne réunit pas les deux lignages — Romos, petit-fils d’Enée et d’Ulysse. Il demeure fondamentalement un étranger", rappelait l'historien. 

Rome s'appuie donc sur une fiction juridique, autour de la notion latine de l'origo, "qui n'est pas  conçue comme le point de départ d’un discours généalogique qui serait propre à ancrer une quelconque légitimité politique". 

"C’est une fiction juridique, un point d’ancrage pour tous les nouveaux romains, transmissible de père en fils, indique Patrick Boucheron. "Tout Romain, poursuit-il, était à la fois citoyen de Rome et citoyen de la ville qui était son origo — la petite patrie chère à Cicéron".  

Aujourd’hui, nous retrouvons cette notion de l’origo des Romains, « signifiant flottant », comme le sera par la suite la « chose publique » des Bourguignons, leur res-publica… 

L'historien a aussi introduit le lien cultuel entre Rome et la proche cité de Lavinium, fondée par Enée, dans sa province. Reprenant les stimulantes analyses de Florence Dupont, dans son livre, Rome, la ville sans origine, publié en 2011, Patrick Boucheron indique :  

"Tout se passe comme si les Romains ne pouvaient acquérir leur citoyenneté sans être aussi des étrangers, rattachés à une ville latine fondée par un Troyen. En somme, l’identité romaine intègre l’altérité au sein même de sa définition."

"Cette dialectique entre identité et altérité, Florence Dupont la repère également dans l’Enéide de Virgile", lue aujourd'hui comme un "poème sur l’identité métissée". 

Pour Florence Dupont, « Ce qu’apporte la figure d’Enée le Troyen n’est pas une altérité ethnique, mais une altérité formelle ; ce qui importe n’est pas qu’Enée soit grec ou troyen, mais qu’il ne soit jamais arrivé à Rome ». 

Pour Patrick Boucheron l’Eneide apparait comme « un antiroman de fondation, prenant le parti de l’impur contre celui de l’autochtonie ». Il a alors introduit la légende des origines troyennes des Francs, chez le pseudo-Frédégaire en 660.

Pour l’historien, « le fait que tant de pouvoirs (en Europe) aient cherché à capturer le mythe troyen au Moyen Âge fonde moins les généalogies qu’il ne les inquiète. »

Nous gagnons le Collège de France pour le cours de Patrick Boucheron le 26 mars 2019.

Intervenants
  • Historien, professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire d’histoire des pouvoirs en Europe occidentale (XIIIe-XVIe siècle)
L'équipe
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Avec la collaboration de
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