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Mother-of-four Nuura Omar arrived in the Ali Hussein camp on the edge of Burao six weeks ago, after the drought left the family virtually destitute. 18 mars 2012
Épisode 3 :

Les migrations à l'échelle mondiale : logiques ordinaires et logiques de crise

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment les migrations sont-elles un facteur de peuplement tout en relevant de la circulation ? Demande le démographe-sociologue François Héran? Quel est le nombre de personnes qui migrent dans la même région? Comment la migration circule-t-elle selon les pays? s’interroge-t-il encore.

Mother-of-four Nuura Omar arrived in the Ali Hussein camp on the edge of Burao six weeks ago, after the drought left the family virtually destitute. 18 mars 2012
Mother-of-four Nuura Omar arrived in the Ali Hussein camp on the edge of Burao six weeks ago, after the drought left the family virtually destitute. 18 mars 2012 Crédits : Oxfam East Africa/Wikicommons

François Héran, titulaire de la nouvelle chaire « Migrations et sociétés », Directeur de l’Institut Convergences Migrations, poursuit sa grande Introduction à l’Etude des phénomènes migratoires. Il se demande comment « cartographier une certaine complexité des migrations à l’échelle mondiale? » Il réinvestit au moyen des grandes enquêtes et bases de données internationales, publiques ou privées, la question lancée dans sa leçon inaugurale,

"pourquoi si peu de migrants dans le monde?" (moins de 5% de la population totale).

Dans la présentation de son cours au Collège de France, où il évoque les enjeux de son approche pluridisciplinaire à l’ère de la post-vérité sur un sujet ultra-sensible, il explique: 

"Si le démographe doit impérativement maîtriser les techniques de description et de démonstration, il ne peut se replier sur une approche purement technicienne. En matière de migrations humaines, les données sont forcément mouvantes et imparfaites. Il faut savoir raisonner parfois sur des fourchettes et des ordres de grandeur. Or ces ordres de grandeur sont largement méconnus, y compris des politiques. Mes cours seront animés par un souci de pédagogie, qui commencera par transmettre le sens des proportions."

En juillet 2015, dans une interview donnée à L’Express, alors que se développait ce qu’on allait appeler sous peu la crise des migrants en Europe, François Héran défendait déjà cette idée de pédagogie : 

"La démo­graphie, c’est comme la musique  : il y a beaucoup d’ama­teurs, mais combien savent lire une partition ? Alors que le sujet des migrations leur tient à cœur, rares sont les politiques qui font l'effort de raisonner en proportion ou en distribution. On préfère impressionner l’électeur par des chiffres absolus. Pour suggérer la pression migratoire, Claude Guéant aimait dire que les 200 000 migrants non européens qui obtiennent chaque année un titre de séjour en France équivalaient à la population de la ville de Rennes. Mais à l ’échelle du pays, ces nouveaux venus représentent seulement un accroissement de 0,3 %, un taux si faible que les démographes disent «3 pour 1000»."

François Héran aime tordre le cou aux petites phrases médiatiques et aux représentations biaisées, comme celle sur la « misère du monde » qui ne migre pas là où le croit le plus souvent…

Réfugiés afghans sur l'île grecque de Kos. Automne 2015
Réfugiés afghans sur l'île grecque de Kos. Automne 2015 Crédits : Matthieu Chazal

Dans la présentation de son cours au Collège de France, il rappelle également : 

"L’étude des migrations internationales ne se résume pas au comptage, loin s’en faut ; elle doit saisir aussi la dynamique du changement, raccorder les vagues du moment aux lames de fond, étudier les ressorts des migrations, intégrer les préférences positives ou négatives des acteurs, passer de la description à l’explication."

Alors comment les 3/4 de la migration sub-saharienne se font-ils dans le Sud du Sahara? Pourquoi la France n’a-t-elle pas de registre de population? Et comment les courants migratoires ont-ils été plus nombreux que ce qu’on pensait au XIXe siècle? Comment se répartissent les émigrés de la planète en fonction du revenu du pays d’origine et de celui de destination? 

Et nous gagnons tout de suite le Collège de France, le 4 juin 2018, pour cours de  François Héran, aujourd’hui  "Les migrations à l'échelle mondiale : logiques ordinaires et logiques de crise"

Pour prolonger :

François Héran a publié  Le temps des immigrés. Essai sur le destin de la population française,au Seuil en 2007, et plus récemment à La Découverte, en 2017, l’essai intitulé Avec l’immigration, Mesurer, débattre, agir.

Références musicales par Laure-Hélène Planchet :

  • « Tin Blues », Desert Rebel, album « Ishumar, les rockers oubliés du désert ».
  • « Asco », Ali Farka Touré, album « Niafunké ».

Un grand merci au photographe Matthieu Chazal dont les prises de vue, sur la route des migrants dans la région méditerranéenne, accompagnent la présentation des cours de François Héran.

Intervenants
  • Sociologue, anthropologue et démographe. Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « Migrations et sociétés  », directeur de l’Institut Convergences Migrations. Directeur de recherches à l'INED et ancien directeur de l'INED.
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