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Épisode 4 :

Thèses conspirationnistes

58 min
À retrouver dans l'émission

Réelles ou imaginaires, que nous disent du monde les conspirations et les théories du complot? Didier Fassin analyse ce qui se joue entre les conspirations avérées (celle du lobby du plomb) et les théories du complot, (le vaccin contre la polio étant accusé d'être à l'origine de l'épidémie du sida).

Durban, 9 juil. 2000, manifestation, lors de la 13e conférence internationale sur le sida. L’industrie pharmaceutique est accusée de pratiquer des prix rédhibitoires pour les pays pauvres et de se servir des malades du tiers monde comme cobayes.
Durban, 9 juil. 2000, manifestation, lors de la 13e conférence internationale sur le sida. L’industrie pharmaceutique est accusée de pratiquer des prix rédhibitoires pour les pays pauvres et de se servir des malades du tiers monde comme cobayes. Crédits : Louise Gubb/CORBIS SABA/Corbis via Getty Images - Getty

Comment parfois peut se mêler un vrai complot avec des histoires effrayantes, comme en Afrique du Sud, en 1998-2000, entre « ombre génocidaire » et « rumeurs autour du virus du sida »?

Titulaire de la chaire annuelle de Santé publique, en 2020-2021 au Collège de France, Didier Fassin nous propose des « excursions anthropologiques dans les mondes de la santé publique ». Cours après cours, avant d’aborder la pandémie du SARS-CoV-2, à la fin de la série, il a pris comme fil rouge, le cas saturnisme infantile, dû au plomb dans les logements vétustes, épidémie silencieuse, tardivement reconnue en France. L’exploration des enjeux liés aux mondes de la santé publique est riche du parcours interdisciplinaire de Didier Fassin et de ses nombreux terrains. 

Au moment de sa leçon inaugurale, le journal Le Monde rappelait ainsi son parcours : 

"Cet anthropologue et sociologue qui enseigne depuis dix ans les sciences sociales au prestigieux Institut d’Etude avancée de Princeton, aux Etats-Unis, a, dans sa jeunesse, été médecin en Inde, en Tunisie et en France. Cette expérience lui avait cependant laissé un goût d’inachevé. Didier Fassin décide donc de se tourner vers les sciences sociales. Après une thèse, sous la direction de Georges Balandier, consacrée, en 1988, aux « thérapeutes et aux malades » de la banlieue de Dakar, il choisit l’anthropologie". 

Dans sa leçon inaugurale, Didier Fassin rappelle : 

"Mes enquêtes ont eu pour cadre une ville du Sénégal, des communautés amérindiennes d’Equateur et des townships noirs d’Afrique du Sud, mais aussi une brigade anti-criminalité, une maison d’arrêt et deux zones frontalières en France. Elles ont porté sur des rituels de fécondité et des thérapeutes traditionnels, mais également sur des programmes d’assistance aux personnes démunies et des opérations humanitaires dans des zones de conflit. [...] Comprendre, c’est ce qui fait la matière du travail scientifique, quelle que soit notre discipline". 

Ce qui intéresse Didier Fassin, avant tout, dans l’anthropologie, ce sont « les fenêtres qu’elle ouvre sur le monde ». Cours après cours, il nous invite à « voir autrement ».  Il explique :

L’anthropologue, sait, parce qu’il l’a vu ailleurs, ou simplement parce qu’il l’a lu, que ce que nous tenons pour acquis n’est que l’une des formes possibles du réel. Il peut donc poser un regard différent sur le monde. On peut appeler cette différence de regard une attitude critique. 

Dans le cours d’aujourd’hui, quand il aborde la question des vraies conspirations et celle de la théorie des complots, il souligne la « pernicieuse confusion entre théorie critique et thèses conspirationnistes ». Il s'intéresse à la manière dont le terme complot a changé d'usage, pour être associé péjorativement au mot théorie qui « lui ôte toute véracité et même toute vraisemblance ». 

Il est donc important d’opérer, une clarification. Le fait que la pensée conspirationniste intègre souvent une dimension critique n'implique pas qu'à l'inverse, la pensée critique puisse être vue comme conspirationniste. Brouiller la frontière entre les deux, c'est vouloir disqualifier toute tentative de questionnement de l'ordre des choses.

Pour le sociologue et l’anthropologue, il s’agit de comprendre ce que signifient les conspirations, qu’elles soient réelles ou imaginaires de les étudier comme « des objets sociaux à prendre au sérieux ».

Il note que la santé publique est riche de théories du complot, à l'occasion des épidémies et sur la question des vaccins, en particulier. 

Cela posé, Didier Fassin analyse comment les thèses complotistes peuvent dévoiler les blessures profondes d’une société, — telles les tensions raciales et postcoloniales autour du sida en Afrique du Sud.

Dénonciation de la pauvreté endémique, du passé violent de la ségrégation et du racisme, et thèses conspirationnistes se mêlent au tournant des années 2000.  Didier Fassin rappelle :

"Furent ainsi mis en cause avec une rare violence l’industrie pharmaceutique, accusée dans un premier temps de pratiquer des prix rédhibitoires pour les pays pauvres et dans un second temps de se servir des malades du tiers monde comme cobayes, puis les opposants blancs, incriminés pour leur hostilité à l’encontre du gouvernement démocratique et leur racisme stigmatisant les populations noires, enfin la santé publique, les experts internationaux, le monde occidental". 

Nous gagnons le Collège de France, le 19 mai 2021, pour le cours de Didier Fassin, Aujourd’hui « Thèses conspirationnistes ». 

Bibliographie

Intervenants
  • Anthropologue, sociologue et médecin, professeur à l’Institute for Advanced Study de Princeton et titutlaire de la chaire de santé publique du Collège de France
L'équipe
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