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Georges Clemenceau par Manet vers 1879-80 / Ahmed Urabi, 7 juillet 1882 / Léon  Gambetta by Léon Bonnat en 1875
Épisode 12 :

La question égyptienne et le débat français sur la colonisation

59 min
À retrouver dans l'émission

Que se passe-t-il en Egypte l’été 1882 ? Quels sont les enjeux du débat républicain autour de l’Egypte, du peuple et du Canal de Suez ? Que trament les Anglais ? Que prépare sir Garnet Wolseley, le chef du corps expéditionnaire anglais ?

Georges Clemenceau par Manet vers 1879-80 / Ahmed Urabi, 7 juillet 1882 / Léon  Gambetta by Léon Bonnat en 1875
Georges Clemenceau par Manet vers 1879-80 / Ahmed Urabi, 7 juillet 1882 / Léon Gambetta by Léon Bonnat en 1875 Crédits : Wikicommons/Manet/Bonnat

Nous voici presque au terme du récit-analyse du grand tournant de 1880 pour le Levant et l’Europe que l’orientaliste, Henry Laurens, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « Histoire contemporaine du monde arabe », a proposé dans le cadre de son cours pluriannuel consacré aux provinces arabes de l’Empire ottoman.

Nous sommes en pleine crise égyptienne, l’été 1882, en pleine révolution et en pleine guerre du fait de l’intervention musclée des Anglais. Depuis plusieurs cours nous suivons le Grand jeu des puissances, Françaises et Anglaises en particulier, autour des enjeux de pouvoirs entre le khédive, autorité liée à l’Empire Ottoman, et ralliée aux Britannique et les acteurs de la révolution urabiste, ce mouvement nationaliste et constitutionnaliste porté par un vrai héros populaire, le militaire Urabi Pacha. Dans son livre, Les crises d'Orient qu’il publie chez Fayard, Henry Laurens note :

"La propagande urabiste de défense du territoire de l’islam contre l’invasion des incroyants a aussi un grand impact à l’extérieur de l’Égypte". "La résistance égyptienne s’organise", alors que "les Britanniques ne contrôlent que la ville d’Alexandrie", "en ruine et vidée d’une grande partie de sa population".

Malgré les assurances de Lesseps sur la sécurité du canal de Suez, la protection de cet axe de circulation majeur va servir « de prétexte ». Hier nous avons vu que le gouvernement britannique avait déposé le 24 juillet, une demande de crédits auprès du Parlement, afin restaurer "l’ordre, la tranquillité publique et l’autorité du Khédive" en Egypte. Et ce matin, ce sont les Français que nous retrouvons en plein débat sur l’octroi de crédits pour intervenir. Henry Laurens nous installe au cœur de l’Assemblée où les fondements du colonialisme sont discutés. Ce "sommet de l’art oratoire" confronte "ceux qui ont une vision géopolitique fondée sur le danger panislamiste et ceux qui prônent la défense des nationalités opprimées".

L’historien nous présente Edouard Lockroy et Francis Charme qui mettent en avant la France comme puissance musulmane et arabe. Le frère de Gabriel Charmes proclame,

La France, Messieurs, est la plus grande puissance arabe du monde, après la Porte. Nous sommes la plus grande puissance musulmane en Afrique. Nous avons l'Algérie, nous avons le protectorat de la Tunisie".

Citant longuement Charmes, Henry Laurens fait remarquer que le tribun, avant le maréchal Lyautey, emploie pour la première fois l’expression "monde arabe" dans son sens actuel. Il s’attache ensuite au grand duel entre Gambetta et Clemenceau. Les deux champions se succèdent à la tribune. Le 20 juillet 1882, Clemenceau cite le discours de Gambetta :

"Ce n’est pas pour la nationalité égyptienne ni pour le parti national qu'il faut aller en Egypte, mais pour la nation française."

Mais il retourne tout de suite l’argument de Gambetta en avançant que « les Anglais, les Italiens », comme les Français « ont de puissants intérêts en Egypte » avant d’ajouter :

"Au risque de paraître soutenir un paradoxe, je voudrais dire qu'il me semble que les Égyptiens eux aussi, ont quelques intérêts en Egypte."

L’historien cite longuement sa défense de la politique démocratique où Clemenceau souligne aussi le malaise social des Égyptiens,

"l’usure, c’est la misère du peuple" proclame-t-il.

Et c’est sous le signe de cette ferveur que nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 11 janvier 2017, pour le cours d’Henry Laurens, « L’Egypte et le débat français sur la colonisation ».

Intervenants
  • Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'Histoire contemporaine du monde arabe.
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