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Planche extraite de la BD "Anent - Nouvelles des Indiens jivaros", par Alessandro Pignocchi reparti sur ses traces de Philippe Descola chez les Achuars...
Épisode 1 :

Pourquoi des cosmopolitiques de la territorialité ?

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment aborder les cosmopolitiques de la terre sans tomber dans un biais eurocentrique? Pourquoi employer la notion d'ontologie et revenir à des niveaux plus élémentaires d'analyses des collectifs humains et non humains, demande l'anthropologue Philippe Descola?

Planche extraite de la BD "Anent - Nouvelles des Indiens jivaros", par Alessandro Pignocchi reparti sur ses traces de Philippe Descola chez les Achuars...
Planche extraite de la BD "Anent - Nouvelles des Indiens jivaros", par Alessandro Pignocchi reparti sur ses traces de Philippe Descola chez les Achuars... Crédits : Alessandro Pignocchi/Steinkis

Quels rapports ont noués les collectifs analogistes et animistes avec la terre? Qu’est-ce qu’un "cosmocrate", un maître des pluies ? Des Moundang du Tchad aux Indiens Jivaros, des Shiluks du Sud Soudan au monde des Andes, Philippe Descola, titulaire de la chaire « Anthropologie de la nature », interroge les modalités et les institutions du vivre ensemble chez les non modernes, où les rapports entre humains et non humains sont très différents de notre approche européenne. Il analyse les différentes figures de rois sacrés et de chefs sans pouvoirs dans les différents collectifs, en mettant l'accent sur les sociétés analogistes.

Il questionne encore et encore les modalités et les institutions du vivre ensemble chez les non modernes, où les rapports entre humains et non humains sont très différents de notre approche européenne. Il interroge les différentes figures de rois sacrés et de chefs sans pouvoirs, d'un cours à l'autre.

Ce grand successeur de Claude Lévi-Strauss et de Françoise Héritier, médaille d’or du CNRS, s’est engagé dans une entreprise de « reconceptualisation de sa discipline ». Il nous propose cette année un 2e cycle de réflexion dans le cadre de sa série pluriannuelle sur "Les usages de la terre, Cosmopolitiques de la territorialité", un premier cycle initié en 2016 au Collège de France et diffusé ce printemps sur France Culture.

En ce mois de septembre agité par les catastrophes climatiques et les interrogations sur les grandes mutations civilisationnelles que nous vivons et avant le grand colloque que dirige Philippe Descola au Collège de France, les 18-19 et 20 octobre prochain, sous le titre, « Les natures en questions », nous proposons de replonger dans ses travaux et de suivre sa perspective iconoclaste et stimulante.

Dans son livre d'entretiens avec Pierre Charbonnier, intitulé La Composition des modes, Philippe Descola revient sur son itinéraire et les questions qu'il pose dans le cadre de ses recherches, de son enquête auprès des Indiens Jivaros de Haute Amazonie à son enseignement au Collège de France. La notion de collectif et son emploi jouent un rôle central dans son entreprise de reconceptualisation.

« Lorsque l'on regarde, écrit-il, en quoi consiste en réalité ce que les anthropologues appellent un clan, ou tout autre groupe de filiation de même nature, on s'aperçoit que ce n'est pas seulement un ensemble d'humains issue d'un ancêtre commun comme le veut la définition classique. Car dans le clan, ou lignage, ou le calpulli, ou le groupe totémique, ou même la gens romaine, il y a beaucoup plus que des hommes, des femmes et des enfants ; il y a aussi des animaux, des plantes, des territoires, des divinités, des esprits, des sanctuaires, des agents pathogènes, des savoirs et des savoir-faire, et mille autre chose encore nécessaires à la vie. Et ces choses sont là dès le début, et de plein droit, et non comme un simple décor pour le théâtre des actions humaines ». (p.348)

C’est cette diversité sans tomber dans le « reproche d’hyper-relativisme » que Philippe Descola cherche à mettre en lumière et en questions.

« L'idée selon laquelle l'unité d'analyse de l'anthropologie est fournie par les humains est donc selon moi un blocage, écrit-il encore, qui a obscurci l'analyse des dimensions proprement politiques de la vie collective – et cela même si cette configuration intellectuelle plonge ses racines dans la lutte contre l'Ancien régime, et dans la redéfinition des institutions qui fut nécessaire pour s'émanciper des formes sociales prérévolutionnaires. Et cette redéfinition a consisté pour l'essentiel en une épuration : on a fait sortir les non-humains de la cité pour n’y laisser que les humains, seuls sujets de droit. La représentation que les Modernes se sont donnée de leur forme d'agrégation politique a ainsi été longtemps transposée à l'analyse des sociétés non modernes, en même temps qu'une kyrielle de spécificités, comme le partage entre nature et culture ou notre propre régime d'historicité ; et c'est avec cela que je voudrais rompre. (pp.348-349)

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 1er février 2017, pour le Cours de Philippe Descola, « Les usages de la terre. Cosmopolitiques de la territorialité » (suite)

Planche extraite de la BD "Anent - Nouvelles des Indiens jivaros", par Alessandro Pignocchi reparti sur ses traces de Philippe Descola chez les Achuars..
Planche extraite de la BD "Anent - Nouvelles des Indiens jivaros", par Alessandro Pignocchi reparti sur ses traces de Philippe Descola chez les Achuars.. Crédits : Alessandro Pignocchi/Steinkis

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