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Cavaliers moundangs (Album de la Mission Moll, 1905-1907), photographies de Eugène Brussaux et d'Etienne Muston
Épisode 3 :

Rois sacrés et faiseurs de pluie

59 min
À retrouver dans l'émission

Le roi sacré est-il à l’origine de l’Etat moderne? Qu’est-ce qu’un cosmocrate? Philippe Descola interroge le modèle du roi sacré, du maître du climat dans les collectifs analogistes. Pourquoi ce besoin de monarchie et pourquoi la reine peut-elle recevoir des épouses?

Cavaliers moundangs (Album de la Mission Moll, 1905-1907), photographies de Eugène Brussaux et d'Etienne Muston
Cavaliers moundangs (Album de la Mission Moll, 1905-1907), photographies de Eugène Brussaux et d'Etienne Muston Crédits : wikipedia/Gallica/BNF

Philippe Descola, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Anthropologie de la nature, poursuit sa grande enquête autour des usages de la terre en régime ontologique analogiste. Sur plusieurs cours et en interrogeant les thèses d’illustres anthropologues autour de la royauté sacrée, comme James Frazer et son célèbre ouvrage Le Rameau d’Or, les travaux d’Alfred Adler, de Maurice Hocart et de Pierre Clastres, il demande comment ont « émergé des principes de totalisation » dans ces collectifs analogistes,– « et notamment des rois, des divinités, des prophètes, des chefs faiseur de pluie ».

Philippe Descola souligne à propos des collectifs analogistes :

« le rapport à la terre prend un aspect singulier du fait qu’il est caractérisé par une souveraineté distribuée : le terroir agricole, les lieux de pêche, les territoires de chasse, bref, la terre utile est sous le contrôle des segments composant le collectif (les clans, les lignages…), tandis que le cosmos, sa reproduction et sa fertilité dépendent d’un seul individu, un roi en général, qui ne rend de comptes à personne ».

En revanche, et nous le verrons au travers de différents exemples, son règne est limité dans le temps.

Ce dispositif peut ainsi « empêcher que le pouvoir politique et les moyens de production soient monopolisés par un individu ou un groupe ».

Avant de nous présenter les thèses de Maurice Hocart, Philippe Descola s’attache en particulier à deux exemples tirés du continent africain, où « la royauté sacrée a été bien étudiée » : nous découvrons les spécificités de l’ordre royal et de l’ordre clanique chez les Moundang du Tchad, où le roi « faiseur de pluie » s’inscrit dans un dispositif magico-religieux singulier et éphémère, puis l’anthropologue nous présente une autre figure classique du roi sacré en Afrique, la reine de la pluie des Lovedu du Transvaal. Il souligne les paradoxes de ces rois sacrés : ainsi ils sont à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des collectifs ; enfin, en tant que « garant de l’équilibre du monde » le roi sacré n’est pas en soi constitutif de l’État : en Afrique en particulier, des personnages analogues remplissent la même fonction dans des collectifs acéphales.

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 15 février 2017, pour le Cours de Philippe Descola, « Les usages de la terre. Cosmopolitiques de la territorialité », « aujourd’hui, rois sacrés et faiseurs de pluie »

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