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A Moken boat at Surin Island, Thailand Photographer
Épisode 3 :

Les nomades et la mer, les Mokens

58 min
À retrouver dans l'émission

Quel nomadisme pratiquent les peuples de la mer de l'Insulinde, ces collectifs libres et mobiles? En quoi consiste le collectif auquel les Mokens ont donné leur nom et quel rapport singulier ou ténu ont-ils à la terre?

A Moken boat at Surin Island, Thailand Photographer
A Moken boat at Surin Island, Thailand Photographer Crédits : Wikicommons / Ronnakorn Potisuwan

Philippe Descola, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Anthropologie de la nature, s’est engagé dans une entreprise de reconceptualisation de sa discipline, dans le cadre de sa série pluriannuelle, intitulée « Les usages de la terre. Cosmopolitiques de la territorialité ». La notion de collectif y joue un rôle central et il réinvestit dans ce cadre les modalités et les institutions du vivre ensemble dans les collectifs non modernes. Après avoir posé les cadres de cette refondation, il nous propose ce matin d'analyser le rapport à la terre qu'ont les collectifs non modernes libres, ceux qu'il appelle "a territoriaux".

Nous découvrons en particulier les Mokens, peuple nomade des mers qui se déplace au large des côtes thaïlandaises et birmanes. Leur collectif occupe un espace intermédiaire, ni tout à fait la terre, ni tout à fait la mer. Il n’y a ni appropriation de la mer, ni de la terre…

Depuis le cours d’introduction, nous redécouvrons les relations entre humains et non humains chez les non modernes (ces non humains qui peuvent être divinités, animaux, plantes, ancêtres, météores…).

Dans une interview donnée aux Inrockuptibles en 2014, sous le titre "Recomposer le monde avec les non-humains", Philippe Descola explique les enjeux de ses nouvelles approches dans le contexte actuel :

Je pense que le modèle du territoire national est en voie de péremption. Fonder la souveraineté, notamment juridique, sur des assemblées d’individus délégant leur souveraineté à des États est un modèle qui va se dissoudre. La base la plus efficace pour concevoir des assemblages d’humains et de non-humains serait de donner des droits à des écosystèmes, plutôt qu’à des individus. A des écosystèmes dont les humains seraient un prolongement, des garants. Cela exige de nous une vraie révolution mentale. Je pense qu’on est encore trop dépendants de modèles intellectuels qui sont ceux de la révolution industrielle. Les modèles pour penser le vivre ensemble aujourd’hui doivent être très différents, cela prendra du temps. Quand on parle de donner des droits à la nature ou à certaines espèces animales, on reste dans une posture contractualiste européenne ; on ouvre simplement le club à des voisins, à des acteurs proches. Il faut aller beaucoup plus loin que cela. Je vais consacrer mes dernières années de cours au Collège de France à cette question-là.

Le cours de Philippe Descola cherche à ouvrir d’autres perspectives mais avant de découvrir le rapport ténu des Mokens à la terre, l'anthropologue achève sa présentation de "quelques formes structurelles de collectifs". Il avait rappelé les 4 modes d’identification qu’il a ainsi définis : « l’animisme (intériorité analogue à la mienne, mais physicalité différente) et son inverse, le naturalisme (discontinuité des intériorités mais continuité des physicalités) qui correspond à notre propre cosmologie moderne ; le totémisme (continuité des intériorités et des physicalités) et son inverse, l’analogisme ». Il ouvre ce nouveau cours avec ce dernier mode : les collectifs analogistes.

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 16 mars 2016, pour le Cours de Philippe Descola, « Les usages de la terre. Cosmopolitiques de la territorialité » « aujourdhui « collectifs humains libres et mobiles ».

Pour prolonger :

Bibliographie liée à la série de Philippe Descola.

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