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Amazonia maina headdress 1925-1936, Oriente Region, Ecuador.
Épisode 7 :

Collectifs monospécifiques en Amazonie péruvienne

58 min
À retrouver dans l'émission

Comment les mythes amazoniens exploitent-ils les distorsions de points de vue dans l’archipel animiste ? Quelle est la métaphysique des relations des Matsiguenga ?

Amazonia maina headdress 1925-1936, Oriente Region, Ecuador.
Amazonia maina headdress 1925-1936, Oriente Region, Ecuador. Crédits : Wikicommons / Uyvsdi

Philippe Descola, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Anthropologie de la nature, s’est engagé dans une entreprise de reconceptualisation de sa discipline, dans le cadre de sa série pluriannuelle, intitulée « Les usages de la terre. Cosmopolitiques de la territorialité ». Il réinterroge dans ce cadre les modalités et les institutions du vivre ensemble dans les collectifs non modernes.

A partir de ce cours et dans les suivants, il nous inscrit dans les régimes animistes pour analyser ce qu’il appelle les collectifs monospécifiques :

"les membres des collectifs animistes, explique l’anthropologue, se voient tous eux-mêmes comme des humains, quelles que soient par ailleurs leurs formes génériques, tandis que chacun de ces collectifs n’apparaît avec ses caractéristiques qu’aux yeux des autres collectifs". "L’identité d’un collectif n’est visible que par les autres : les gens-vautours qui vivent comme des humains voient la charogne qu’ils mangent comme du gibier bouilli et c’est seulement lorsque d’autres tribus-espèces les visitent que leurs particularités de comportement peuvent être appréhendées comme des indices de leur identité".

Philippe Descola se penche sur les « rapports à la terre développés par des collectifs d’humains et des collectifs de non-humains composés chacun des mêmes types d’être et régis par les mêmes types d’institution, des collectifs monospécifiques, donc, qui coexistent au sein d’un même espace et entretiennent entre eux toute une gamme de relations qui vont du partage à l’hostilité ».

Dans cette partie du cours, il rappelle, son approche dans son livre Par-delà nature et culture, les tribus-espèces dans l’animisme et les 3 formules qui vont aider à comprendre les mouvements : l’échange, qui définit une relation symétrique, quand la prédation et le don définissent une relation asymétrique.

Dans une interview que Philippe Descola a donnée à Télérama, il définit ainsi l’animisme des Achuars :

"L'animisme est la propension à détecter chez les non-humains – animés ou non animés, c'est-à-dire les oiseaux comme les arbres – une présence, une « âme » si vous voulez, qui permet dans certaines circonstances de communiquer avec eux. Pour les Achuar, les plantes, les animaux partagent avec nous une « intériorité ». Il est donc possible de communiquer avec eux dans nos rêves ou par des incantations magiques qu'ils chantent mentalement toute la journée. A ceci s'ajoute que chaque catégorie d'être, dans l'animisme, compose son monde en fonction de ses dispositions corporelles : un poisson n'aura pas le même genre de vie qu'un oiseau, un insecte ou un humain. C'est l'association de ces deux caractéristiques, « intériorité » et « dispositions naturelles », qui fondent l'animisme."

Il explique encore :

"Les femmes Achuar traitent les plantes comme si c'étaient des enfants. Et les chasseurs traitent les animaux comme si c'étaient leurs beaux-frères. Voir les Achuar traiter les plantes et les animaux comme des personnes m'a bouleversé, se souvient-il : ce que j'ai d'abord considéré comme une croyance était en réalité une manière d'être au monde, qui se combinait avec des savoir-faire techniques, agronomique, botanique, éthologique très élaborés."

Nous retrouvons ce matin, l’Amazonie péruvienne, nous allons à la rencontre des mythes Matsiguenga, dont les récits traduisent la situation inconfortable de ce peuple et nous retrouvons le grand « terrain » de Philippe Descola : les Achuars.

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, les 6 et 13 avril 2016, pour le Cours de Philippe Descola, « Les usages de la terre. Cosmopolitiques de la territorialité » aujourd’hui les "Collectifs monospécifiques".

Pour prolonger :

Bibliographie liée à la série de Philippe Descola.

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